Aphorisme sur un virus (Par Driss Ajbali)

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Ainsi donc, le Coronavirus a damé le pion au Sida, à Ebola, a la Vache folle, au H1N1. Plus redoutable que son grand frère, le SRAS, il se répand, équivalence de forme, avec la même viralité que les réseaux sociaux.

Le Coronavirus n’a ni idéologie ni religion. Il n’est ni raciste ni misanthrope. Il aime tout le monde, le riche comme le pauvre, et traite chacun avec un esprit démocratique et égalitaire.

Le Coronavirus est darwinien. Il réhabilite la sélection naturelle. Il conforte le plus fort et terrasse le plus faible. Il n’est pas malthusien.  Magnanime, il épargne les enfants.

Le Coronavirus est entrain de démondialiser la mondialisation de l’argent et des signes, arrogante et hautaine, pour mieux mondialiser la fragilité et la peur humaine. 

En rodant, le Coronavirus se révèle comme un puissant fossoyeur de nos certitudes. Il les ébranle et nous incite à une introspection pour poser, chaque chose à sa place, sur la fragile étagère de notre existence : l’essentiel d’hier devient puéril. L’accessoire d’avant-hier retrouve son lustre.

Le Coronavirus provoque la même panique que le terrorisme. Tous deux sont adeptes de la guerre asymétrique. Le terroriste se dissimule dans la population. Le Coronavirus se dissimule dans nos corps, ses chevaux de Troie.

Le Coronavirus ne connaît pas de frontières. Il ne craint que l’hygiène, seule barrière capable de sanctuariser les corps. Il somme chacun de nous à se hygiéniser et à s’isoler. Le frôlement est son acolyte.

Le Coronavirus s’accommode mal de l’adverbe « pas ». Il ne s’arrange qu’avec l’interstice et la séparation qui lui intime l’adverbe « plus » : plus de contact, plus bises, plus de poignée de main. Un salamalec distancié devient salvateur.

Le Coronavirus réveille les plus ténébreux et enfouis instincts, dont l’égoïsme n’est pas la moindre des manifestations. Il fissure notre fragile vernis civilisationnel. En ce sens, le spéculateur est le plus immoral de tous, y compris du virus lui-même.

Le Coronavirus a un complice, un collabo en somme. C’est celui qui ne veut pas le prendre au sérieux. Trump l’a fait aux dépens de son peuple. Boris Johnson au détriment du sien. L’inculte marocain qui continue à distribuer ces indécrottables embrassades. Le non moins inculte religieux qui y voit un châtiment divin. Dieu ne nous a jamais dit de manger des chauves-souris.

Le Coronavirus est venu faire un pied de nez aux libéraux populistes de tous poils et reféconder l’idée que l’Etat-nation et sa centralité demeurent une impérieuse nécessité.

Le philosophe nous a enseigné que les épreuves qui ne tuent pas fortifient.  De celle que nous vivons, le Maroc, désormais plus insularisé qu’ailleurs, sortira, à ne pas en douter, plus fort. A la condition que la discipline de chacun devienne l’ultime expression de la vraie solidarité. 

 

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