Le jour où le Marocain a appris à faire la queue...

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Les relances à travers le monde adopteront sans doute les mêmes recettes mais, elles n’auront pas toutes la même fortune. Comment occulter la fonction du capital humain comme socle du développement ? Sans l’once d’un doute une idéologie gagnante avec des objectifs communément partagés réconciliera chaque individu avec l’image qu’il a de lui-même. Un tel résultat accrédite donc l’hypothèse que le développement sera cette fusée a trois étages qui conjuguera sociologie, idéologie et programmes économiques. 

A toute chose malheur est bon  

Le volet sanitaire du virus a noirci de quoi remplir des bibliothèques entières de s et de contre expertises sur la vitesse de propagation, le taux de contamination et le taux de létalité et le RO : Toute une série de concepts ésotériques qui il y a seulement trois mois garnissait avec orgueil   le vocabulaire du monde médical.  Si aujourd’hui, la majorité des gens moyennement cultivés peuvent parler d’un ton docte de ces nuisances dont chacun aurait déjà mesuré les impasses et les menaces, nul n’évalue les évolutions sociologiques qu’il a apportées. 

La valorisation de l’individu  

Dès le début de la crise un sentiment de solidarité s’est emparé du pays. La vue de l’ennemi a renforcé la cohésion des troupes. Sous l’impulsion royale, plus de 33 milliards de dhs sont venus rappeler que nous vivions dans une altérité interdépendante. Si l’on devait se poser des questions sur la mutation de cette tendance grégaire du marocain, la recherche serait condamnée à être prise au dépourvue : Comment se fait-il que le marocain qui est en nous, apte à vous envoyer une volée de bois vert dès que vous égratignez sa susceptibilité ou marchiez sur ses plates-bandes, puisse se raccommoder avec l’altruisme et adopter avec fierté cette obligation morale d’assistance mutuelle ? La raison est simple : Nous avons éprouvé le besoin de nous réconcilier avec nous même à travers des gestes qui flattent notre bonne conscience. Du coup, le regard des autres, si important par ailleurs, devient le miroir de nos bonnes actions.

Dans la banalité de notre quotidien, pourtant si révélateur, le plus frappant était de retrouver devant les commerces autorisés toutes ces files indiennes que rallonge dans le calme l’impératif de distanciation sociale. Une question s’impose : comment se fait-il que cette course contre le temps qui a fait de nous des impatients impénitents s’est transformé en attente stoïque de personnes rivés sur leur portable tout en intériorisant leur appréhension à dévoiler leur peur du contact social ? Même les râleurs invétérés, que l’on retrouve habituellement dans les queues dépassant trois personnes, s’accommodent de la situation en silence   tout en rongeant leur frein. Certes, la compréhension n’empêche pas l’agacement mais on se garde de le montrer : Comme l’expliquent si bien les psys : « on est là sans être là ».  « La présence physique de l’autre représente une menace » c’est un processus de défense psychique. La clef de compréhension de ce changement s’invite d’elle-même : l’autre n’est plus cette altérité insignifiante qu’il a été mais il devient coacteur d’une santé mondialisée. Sa prise en compte pour notre santé imposera sa présence physique autant que son respect.

Promotion d’une fierté nationale et d’une équité sociale. 

Dans presque tous les pays cette crise a amplifié un sentiment d’injustice élargissant le fossé séparant les riches des pauvres. Si le virus a démocratisé le traitement appliqué par les autorités vis-à-vis des récalcitrants, le confinement et ses conditions a mis en évidence l’inégalité entre les classes sociales : ce n’est pas pareil d’être confiné a six dans une chambre que d’être confiné les doigts de pied dans la piscine. Malgré cette injustice sociale, le virus a mis en exergue des métiers dont la valeur ajoutée est inversement proportionnelle à leur rémunération. Comment oublier ces scènes ou un simple représentant de l’autorité, micro dans la main et tremolos dans la voix a pu susciter un océan d’émotion par des injonctions aussi fermes que convaincantes. Cette forme d’obéissance nouvelle viendrait donc moins de la crainte de la sanction que de l’adhésion à un projet collectif. Le mot est lâché avec son lot d’explications subliminales car il peut être le socle de la fameuse idéologie dont un pays se sert comme escabeau du développement. C’est précisément ce qui se joue aujourd’hui : La fierté que nous ressentons à écouter les louanges d’autres pays sur nos diverses victoires sur le virus, ou la statue que nous élevons à l’effigie de Moncef Slaoui tire sa grille de compréhension de ce « Mythe fondateur » économique qu’ont connu des pays comme Singapour ou la Corée du sud pourtant dénués de toutes richesses naturelles. Cette clef de lecture explique à sa manière que les pays qui ont tenté de calquer les recettes Coréennes ou japonaises ont appris à leur dépens que le développement n’est pas que le fruit d’un simple déterminisme économique. Pour s’imposer, il devra s’appuyer sur une idéologie armée du viatique de l’éducation des gens et de l’équité sociale. 

Ce moment est unique, capitalisons dessus. Si, sur le plan politique, l’héritage historique de la dynastie Alaouite nous sert de boussole, avec cette fierté retrouvée grâce à la pandémie, nos émotions seront le combustible de notre développement économique : Si nous avons gagné la guerre du virus, nous pouvons en gagner d’autres.  Profitons-en car c’est toujours le cœur qui dicte les premiers choix.

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