Mais ou est passée la science economique ?

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Quels facteurs ont poussé dans ce sens ? La science économique c'est à la fois un ensemble d'activités humaines à appréhender (production, emploi, échange, consommation,) et une science tournée précisément sur l'évaluation de celles-ci. Elle commande l'analyse des faits, des réalités - ce qui n'est pas le plus abrupt - pour aider à proposer des pistes sur des prévisions futures. Le phénomène qui est intervenu, pas seulement au Maroc, c'est que l'économie n'est plus vraiment enseignée. Elle a éclaté de manière proliférante entre des dizaines et des dizaines de matières et de modules dits "spécialisés" couvrant une palette interminable : économétrie, gestion, crédit, monnaie, économie d'entreprise, innovation technologique, croissance, organisation industrielle, économie politique, santé, travail, démographie...). Le corps enseignant, soit permanent soit vacataire, s'est démultiplié suivant ces mêmes spécialités. Si bien que le contenu classique des cours et des recherches de sciences économiques s'est fragmenté et même effiloché entre les multiples structures de formation et d'enseignement. 

La connaissance du réel, dans sa globalité, a pâti de ce phénomène, les réalités n'étant pas toujours accessibles à ces formateurs exception faite de leurs créneaux respectifs. La difficulté ? Les enseignants ne pouvaient pas dispenser un savoir théorique conjugué à une fine connaissance des réalités. De plus, par le passé, le monde universitaire n'était pas vraiment associé par les départements ministériels ni par les organisations professionnelles pour apporter son expertise et ses capacités d'intelligibilité des processus socioéconomiques. Des structures ont cependant tenu bon ; elles ont ainsi réalisé un travail didactique méritoire pour aller au-delà de l'évaluation des conjonctures et s'attacher à des problématiques interpellatives : quel programme alternatif ? Quelle inflexion des politiques publiques ? Quel modèle de développement ? 

La difficulté de construire une grille d’analyse et de 

Même mâtinés de paramètres partisans voire idéologiques, certaines associations tels celle des Economistes ou du Centre Aziz Belal creusaient ainsi le silprévisionlon. Aujourd'hui, avec la pluridisciplinarité, la science économique a débordé autour de revues, de publications et de cercles. Pour autant, la connaissance économique a-t-elle enregistré une grande avancée ? Le phénomène de sophistication mathématique avec des batteries d'algorithmes n'a pas favorisé l'épanouissement de la science économique en tant que science aidant à une meilleure connaissance du fonctionnement des lois de la production, des échanges et de la consommation des biens et des services. 

Aujourd'hui, le contexte économique national et mondial est extrêmement difficile. Tout le monde convient de la nécessité d'un nouveau paradigme économique. Mais lequel ? Le sentiment général qui se dégage de la crise actuelle est celui-ci : la remise en cause d'une vision uniquement économique, suivant une logique marchande. Référence est de plus en plus faite à d'autres modèles économiques, éligibles à la réciprocité, à la redistribution et à l'échange. Pour le premier, l'idée est de considérer autrement les relations sociales ; elles ne sauraient être réduites à l'échange intéressé en ce sens qu'elles couvrent également de la réciprocité (don/ contre-don). L'homo economicus n'est pas toujours désintéressé sans doute, pas plus qu'il n'est toujours maximisateur et rationnel. Pour ce qui est maintenant de la redistribution, le fait de la création de richesses est souvent une œuvre collective et rarement un acte individuel ; s'y associent les propriétaires des moyens de production ainsi que d'autres parties prenantes. Des communautés humaines se forment sur la base de l'économique. 

Un autre débat intéresse, lui, le retour en force de la théorie de la justice sociale. Les inégalités se sont accentuées à l'intérieur des pays mais aussi à l'international entre des régions voire des continents. Des auteurs comme John Rawls et l'indien Amartya Sen se distinguent avec de nouvelles théories. Le premier, philosophe américain dans son ouvrage "La Théorie de la justice" (1971, réédité en 1999) traite de la justice redistributive qui nécessite une égale liberté pour tous et n'autorise que les inégalités socioéconomiques qui sont dans l'intérêt de chacun. Quant à Amartya Sen ("L'Idée de justice, 2010), il amende la théorie de Rawls en y ajoutant le concept de "capabilités", autrement dit l'accès à un ensemble d'états et d'aptitudes (santé, logement, éducation, ...) permettant à chaque personne de réaliser son projet de vie. 

Du donc pain sur la planche de la science économique. Celle-ci est confrontée à la difficulté de construire une grille d'analyse et de prévision ne rejetant pas les leçons de l’histoire de la pensée économique mais à la hauteur des défis d'aujourd’hui. Et de demain,