Congrès international de l’Arganier : la science et l’innovation pour renforcer la résilience hydrique

Congrès international de l’Arganier : la science et l’innovation pour renforcer la résilience hydrique

Le secrétaire général de l’INRA, Rachid Moussadek, a détaillé les programmes de recherche développés depuis plusieurs décennies autour de l’arganier.Ces recherches portent sur l’identification de génotypes résistants au stress hydrique, la multiplication de variétés performantes, la régénération des sols fragiles et le développement d’itinéraires techniques adaptés aux zones arides.

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Réunis à Essaouira dans le cadre de la 8e édition du Congrès international de l’Arganier, chercheurs, responsables institutionnels et experts nationaux et internationaux ont appelé à renforcer les stratégies scientifiques et territoriales destinées à préserver l’arganeraie face au stress hydrique et aux effets du changement climatique. Les débats ont porté sur les avancées de la recherche agronomique, les biotechnologies, la génomique, l’amélioration génétique ainsi que les nouveaux modèles d’arganiculture durable. Les participants ont également mis en avant le rôle stratégique de l’arganier dans la transition écologique, la préservation des équilibres environnementaux et le développement des territoires arides.

L’arganier au cœur des stratégies climatiques et territoriales

La question de la résilience hydrique de l’arganeraie a occupé une place centrale lors des travaux de la 8e édition du Congrès international de l’Arganier organisé à Essaouira sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI.

Lors d’un panel consacré aux leviers stratégiques de transition « de l’arganeraie à l’arganiculture », experts et chercheurs ont insisté sur la nécessité d’adopter une approche intégrée associant recherche scientifique, innovation, gouvernance territoriale et participation des communautés locales.

Les intervenants ont souligné que l’arganier représente aujourd’hui bien plus qu’une ressource agricole. Il constitue un élément central des équilibres écologiques des régions arides, un facteur de régulation hydrique et un levier de développement socio-économique pour les territoires concernés.

Dans ce contexte, la représentante de l’UNESCO à Rabat chargée des sciences exactes et naturelles, Elsa Sattout, a rappelé que les réserves de biosphère sont devenues de véritables laboratoires vivants permettant d’expérimenter des solutions innovantes face au stress hydrique.

Elle a indiqué que la Réserve de Biosphère de l’Arganeraie, reconnue par l’UNESCO depuis 1998 dans le cadre du programme « Homme et Biosphère », couvre près de 2,5 millions d’hectares dans les régions de Souss-Massa et Marrakech-Safi et abrite environ 830.000 hectares d’arganiers, soit près de 21 millions d’arbres.

Elsa Sattout a mis en avant les programmes développés autour de l’écohydrologie, de la gestion participative et des plans de gestion adaptatifs, insistant sur la nécessité d’associer les populations locales aux stratégies d’adaptation climatique.

Le représentant de la FAO au Maroc, Abdelhak Laiti, a pour sa part qualifié l’arganier de « symbole d’adaptation et de résilience ».

Il a rappelé que le système agro-sylvo-pastoral de l’arganier d’Aït Souab-Aït Mansour a été reconnu par la FAO comme Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM), mettant en avant son rôle dans la lutte contre la désertification, la protection des sols, la régulation hydrologique et l’autonomisation économique des femmes rurales.

Selon lui, les défis climatiques imposent désormais une approche « Nexus » articulant eau, agriculture et écosystèmes.

Le Maroc veut accélérer la transition vers une arganiculture moderne

À l’ouverture du Congrès, la directrice générale de l’Agence nationale pour le développement des Zones oasiennes et de l’Arganier, Latifa Yaakoubi, a affirmé que le Maroc est engagé dans une nouvelle dynamique visant à faire de l’arganier un levier stratégique de résilience hydrique et de transition écologique.

Elle a expliqué que le thème de cette édition traduit l’urgence d’agir face au stress hydrique, aux mutations socio-économiques et aux menaces pesant sur la biodiversité.

Selon elle, le Royaume opère aujourd’hui un « virage stratégique » dans le cadre de la stratégie Génération Green 2020-2030. L’arganier n’est plus considéré uniquement comme une ressource de cueillette mais comme le moteur d’une agroforesterie moderne, résiliente et technologiquement avancée.

Latifa Yaakoubi a mis en avant les contributions scientifiques de plusieurs institutions marocaines, notamment l’Institut National de la Recherche Agronomique, l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II et le Centre de Recherche Forestière.

Ces travaux ont notamment permis le développement de génotypes thermorésistants, l’amélioration des itinéraires techniques et la modélisation bioclimatique appliquée à l’arganiculture.

La responsable a également annoncé qu’à partir de l’été prochain, les premières productions d’huile d’argan issues de l’arganiculture moderne seront extraites, une étape présentée comme un tournant majeur pour la filière.

Elle a enfin insisté sur le rôle du Maroc dans les initiatives internationales liées à la diplomatie environnementale, évoquant notamment la présidence marocaine du Conseil international de coordination du programme MAB de l’UNESCO ainsi que l’élection du Royaume au Conseil exécutif de l’organisation pour le mandat 2025-2029.

Des recherches scientifiques face au stress hydrique

Les travaux scientifiques présentés lors du Congrès ont mis en évidence l’impact croissant de la sécheresse sur l’écosystème arganier.

Le professeur Lhoussaine Bouchaou de l’Université Ibn Zohr a alerté sur les effets du stress hydrique dans plusieurs zones de l’arganeraie.

Présentant les résultats d’une étude menée par drone dans la région de Souss-Massa, il a indiqué que certains secteurs de Chtouka Aït Baha enregistrent des taux de mortalité de 50 à 60 % des arganiers en raison des vagues de chaleur répétées et de la baisse des ressources hydriques souterraines.

Le chercheur a toutefois relevé que les microclimats locaux et les systèmes agroforestiers permettent parfois d’améliorer la résilience des arbres, notamment dans les zones proches de petits barrages ou bénéficiant d’une humidité plus élevée.

Le secrétaire général de l’INRA, Rachid Moussadek, a détaillé les programmes de recherche développés depuis plusieurs décennies autour de l’arganier.

Ces recherches portent sur l’identification de génotypes résistants au stress hydrique, la multiplication de variétés performantes, la régénération des sols fragiles et le développement d’itinéraires techniques adaptés aux zones arides.

Rachid Moussadek a insisté sur la nécessité de réussir une « intensification écologique » de l’arganiculture afin d’augmenter durablement la production tout en préservant les services écosystémiques de l’arganier.

Génomique, biotechnologies et nouvelles variétés

Les avancées liées à la génomique et à l’amélioration génétique ont également occupé une place importante lors d’un panel consacré aux biotechnologies appliquées à l’arganier.

Les chercheurs marocains et étrangers y ont présenté plusieurs travaux portant sur le séquençage du génome de l’arganier, la diversité variétale, les biomarqueurs de tolérance à la sécheresse et les interactions entre l’arbre et les microorganismes du sol.

La directrice de l’INRA, Lamiae Ghaouti, a affirmé que l’arganier est désormais appelé à devenir un pilier de la transition écologique et hydrique dans les territoires arides.

Selon elle, cette espèce constitue un véritable laboratoire naturel grâce à sa résistance aux stress thermiques et hydriques ainsi qu’à ses mécanismes physiologiques spécifiques.

Lamiae Ghaouti a annoncé qu’en 2025, le Maroc a franchi une étape scientifique importante avec le séquençage complet du génome de l’arganier et l’identification de 35.000 gènes, une référence génomique publiée dans la revue scientifique « Nature ».

Elle a également insisté sur la nécessité de préserver la diversité biologique de l’arganeraie et de renforcer l’inclusion des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur liées à cette filière.

Dans le même cadre, le chef du département de l’amélioration génétique et de la conservation des ressources génétiques à l’INRA, Moha Ferrahi, a indiqué que les chercheurs marocains ont réussi à enregistrer 13 variétés d’arganiers adaptées aux conditions climatiques marquées par la hausse des températures et la rareté des précipitations.

Certaines de ces variétés affichent des rendements pouvant atteindre 50 kilogrammes par an, contre moins de 10 kilogrammes pour les variétés classiques.

Les recherches portent également sur les techniques de multiplication des variétés, la densité de plantation, l’irrigation raisonnée, la fertilisation et la lutte contre les maladies.

Pour les organisateurs du Congrès, ces rencontres scientifiques doivent permettre d’accélérer le transfert technologique vers les professionnels de la filière et les acteurs de terrain afin de faire de l’arganier un levier stratégique de résilience hydrique, de développement durable et de transition écologique dans les régions arides.

Cette 8e édition du Congrès international de l’Arganier réunit près de 500 congressistes marocains et étrangers autour des enjeux liés à la recherche, à l’innovation et à la valorisation durable de l’arganeraie marocaine.

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