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Emigration des médecins, l’Espagne aussi
L'année dernière, le le Conseil général des associations médicales officielles a délivré des visas à 1.827 médecins qui souhaitaient travailler à l'étranger après l'interruption de la pandémie de 2020
Par Omar El Mrabet (Bureau de la MAP à Madrid)
Madrid - Au cours des dix dernières années, des milliers de médecins formés en Espagne sont partis tenter leur chance à l'étranger, attirés par des salaires beaucoup plus élevés et des conditions de travail difficilement concurrentielles. Une situation qui met à mal le système de santé.
L'exode fait surtout des ravages dans le domaine des soins primaires : 6.000 médecins de famille manquent dans le secteur public, surtout dans les zones rurales, selon le Forum des soins primaires.
Un déficit qui menace de s'étendre à d'autres spécialités si les 80.000 professionnels qui prendront leur retraite au cours de la prochaine décennie ne sont pas remplacés, selon un rapport du Centre d'études de l'Union médicale de Grenade. Dans ce contexte, le budget général de l'État pour 2023 prévoit une dépense de 50 millions d'euros pour lancer 1.000 places. Pour les doyens et les étudiants des facultés de médecine, ce n'est pas la solution.
Lors d'une récente réunion du secteur de la santé, le secrétaire général des universités, José Manuel Pingarrón, a livré un secret de polichinelle : "La mobilité internationale de nos diplômés est très élevée. Cela montre que la formation que nous leur donnons dans les universités publiques et privées est bonne et qu'elle leur permet de travailler où ils veulent sans aucun problème".
Avec une population de plus en plus vieillissante, l'Espagne ne peut pas se permettre de perdre des médecins qui sont nécessaires et dont les études sont très coûteuses. En moyenne, 90.000 euros sont dépensés pour la formation d'un étudiant, bien que dans certaines facultés, ce chiffre soit beaucoup plus élevé. Le problème n'est pas le nombre de diplômés, mais le nombre de ceux qui restent. L'hémorragie, alimentée par de mauvaises conditions de travail, se poursuit sans relâche.
Au cours de la dernière décennie (2011-2021), le Conseil général des associations médicales officielles (CGCOM) a délivré des certificats d'aptitude à 18.000 médecins espagnols pour exercer à l'étranger.
L'année dernière, le CGCOM a délivré des visas à 1.827 médecins qui souhaitaient travailler à l'étranger après l'interruption de la pandémie de 2020. Les destinations les plus populaires étaient la France, le Royaume-Uni, l'Irlande, la Suisse et l'Allemagne en Europe, et l'Argentine et les Émirats arabes unis hors d'Europe.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement a annoncé son intention d'augmenter jusqu'à 15% le nombre de places consacrés aux médecins pour remédier au manque de 4.700 médecins de famille et 1.300 pédiatres.
Pablo Lara, président de la Conférence des doyens, se réfère aux données : au cours des 15 dernières années, le nombre de places en médecine est passé de 4.343 à 7.591, soit une augmentation de 75% après être passé de 28 à 46 facultés.
Lui, doyen de Malaga, parle d'un problème multifactoriel qui invite à l'émigration. "Nous devons rendre dignes les conditions de travail des médecins, pas seulement en termes de rémunération. Ils devraient avoir plus de temps pour voir les patients, se former. Il faut offrir des incitations pour les postes difficiles à pourvoir, pour mettre fin à la précarité...Et il faut noter que de nombreux efforts sont faits en ce sens : les offres d'emplois publics augmentent, tout comme la durée des contrats", dit-il.
Un médecin sur trois exerçant en Espagne, selon l'enquête sur la situation de la profession médicale - à laquelle ont répondu près de 20.000 professionnels et qui a été publiée par la CGCOM et les syndicats - se dit insatisfait : à cause de la charge de travail (65,2%), du niveau d'exigence (32,9%) et de la fatigue émotionnelle (55,7%).
En outre, un tiers d'entre eux ont des contrats temporaires. En revanche, de nombreux pays européens offrent la stabilité de l'emploi, des salaires de loin supérieurs et des conditions imbattables en matière d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Un médecin résident à Madrid gagne 1.200 euros par mois la première année, soit deux fois moins que dans les autres pays européens. En moyenne, les médecins en France gagnent 95.000 euros par an. C'est presque le double du salaire des Espagnols, qui gagnent 53.000 euros, selon une enquête menée auprès des médecins par la revue scientifique Medscape. Moins de la moitié de la rémunération de leurs collègues du Royaume-Uni (129.500) et d'Allemagne (125.000).