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Expo’ : Abbès Saladi, aux frontières du visible et du mystique
L’une des particularités de l’œuvre de Abbès Saladi réside dans sa capacité à susciter autant de fascination que d’interrogations. Dans son ouvrage Je vous parle des temps (presque) heureux (édition Quid), dont la première partie est consacrée à Une certaine histoire de la peinture et L’Ailleurs de nos peintre, Abdeljlil Lahjomri souligné la difficulté de réduire ses créations à une lecture rationnelle ou strictement esthétique.
Présentée jusqu’au 25 juin au Comptoir des Mines Galerie de Marrakech, l’exposition « Abbès Saladi, L’Odyssée Mystique » propose une relecture de l’œuvre de l’un des peintres les plus singuliers de l’art marocain contemporain. Entre rétrospective artistique et exploration de l’univers spirituel qui traverse ses créations, l’événement met en lumière un héritage dont les résonances dépassent largement le champ de la peinture.
Un créateur à part dans l’histoire de l’art marocain
Né à Marrakech en 1950, Abbès Saladi demeure une figure difficile à classer dans les catégories habituelles de l’histoire de l’art. Autodidacte, il a construit au fil des années un langage visuel immédiatement identifiable, peuplé de créatures hybrides, de formes fantastiques et de symboles puisés dans l’imaginaire populaire marocain.
L’exposition présentée à Marrakech rassemble des œuvres provenant de collections privées ainsi que de fonds conservés par des collectionneurs et galeristes qui ont accompagné son parcours. Ce choix permet de retracer les principales étapes de sa carrière et d’observer l’évolution d’un univers pictural qui n’a cessé de fasciner critiques, chercheurs et amateurs d’art.
Dans ses tableaux, l’humain, l’animal et le végétal se rencontrent dans des compositions foisonnantes où la frontière entre rêve et réalité semble constamment se déplacer. Les zelliges, les minarets, les oiseaux imaginaires et les architectures symboliques deviennent les éléments d’un récit visuel qui échappe aux interprétations immédiates.
Le mystère d’une œuvre qui résiste aux explications
L’une des particularités de l’œuvre de Saladi réside dans sa capacité à susciter autant de fascination que d’interrogations. Dans son ouvrage Je vous parle des temps (presque) heureux (édition Quid), dont la première partie est consacrée à Une certaine histoire de la peinture et L’Ailleurs de nos peintre, Abdeljlil Lahjomri souligné la difficulté de réduire ses créations à une lecture rationnelle ou strictement esthétique.
Tout au long du texte consacré à Abbès Saladi, le secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume, analyse et explique cette résistance à l’interprétation qui nourrit depuis longtemps les débats autour de son travail. Son univers apparaît souvent comme un territoire autonome, régi par ses propres codes et ses propres symboles. Chaque tentative d’explication semble ouvrir de nouvelles questions plutôt que fournir des réponses définitives.
Cette singularité explique en partie la place particulière qu’occupe Saladi dans le paysage artistique marocain. Son œuvre continue d’intriguer parce qu’elle semble renvoyer à des dimensions invisibles, spirituelles ou symboliques qui dépassent le simple regard porté sur la toile.
L’exposition actuelle invite précisément à cette immersion dans un monde où les certitudes s’effacent au profit de l’expérience sensible et de la contemplation.
Entre soufisme, ésotérisme et héritage spirituel
Parmi les nombreuses pistes explorées pour comprendre l’univers du peintre, Abdeljlil Lahjomri retient la tradition mystique du monde arabo-musulman relevant les correspondances entre l’imaginaire de Saladi et les œuvres de grandes figures du soufisme, notamment Ibn Arabi.
Des références à l’alchimie, à la symbolique des lettres et aux traditions ésotériques ont également été évoquées pour éclairer certaines dimensions de son travail. Sans constituer des clés d’interprétation définitives, ces rapprochements témoignent de la profondeur spirituelle qui traverse ses compositions.
La figure de Sidi Bel Abbès, l’un des saints les plus vénérés de Marrakech, occupe également une place importante dans ce récit entourant l’artiste. Saladi lui-même associait son prénom à ce saint dont le sanctuaire se trouvait à proximité de son quartier natal. Le célèbre dôme représenté à maintes reprises dans ses œuvres renverrait d’ailleurs à ce lieu emblématique de la mémoire spirituelle marrakchie.
Ces éléments contribuent à inscrire son œuvre dans un dialogue permanent entre création artistique, spiritualité populaire et héritage culturel.
Un héritage toujours vivant
Au-delà de l’hommage rendu à l’artiste, « L’Odyssée Mystique » rappelle le rôle essentiel joué par les collectionneurs, galeristes et institutions qui ont permis la préservation et la transmission de son œuvre. Grâce à leurs efforts, les tableaux de Saladi continuent de circuler, d’être étudiés et de nourrir la réflexion sur les multiples expressions de l’art marocain contemporain.
Plusieurs décennies après ses débuts, son univers demeure d’une étonnante actualité. Les nouvelles générations d’artistes y puisent des sources d’inspiration tandis que les chercheurs poursuivent l’exploration de ses références symboliques et spirituelles.
L’exposition de Marrakech offre ainsi l’occasion de redécouvrir une œuvre qui ne cesse d’interroger le regard. Entre imaginaire populaire, mémoire de la ville ocre et quête mystique, Abbès Saladi continue d’occuper une place singulière dans l’histoire culturelle du Maroc, celle d’un créateur dont les toiles semblent toujours garder une part de secret.