Mineurs non accompagnés à Sebta : Rabat réaffirme son engagement, les ONG alertent sur l’urgence humanitaire

Mineurs non accompagnés à Sebta : Rabat réaffirme son engagement, les ONG alertent sur l’urgence humanitaire

Le Maroc s’est engagé à identifier les mineurs non accompagnés – non expulsables selon la réglementation espagnole, en vue de leur retour au pays

1
Partager :

Le Maroc réaffirme son engagement à œuvrer au retour des mineurs non accompagnés, non expulsables selon la réglementation espagnole, conformément aux instructions royales, et rejette les accusations mettant en cause sa coopération avec l’Espagne et l’Europe. Dans le même temps, plusieurs ONG alertent sur la situation de centaines d’enfants encore présents à Ceuta, exposés à la violence, à l’exploitation et aux trafics dans un contexte de saturation des structures d’accueil.

Rabat rappelle un engagement de principe

Le Maroc s’est engagé à identifier les mineurs non accompagnés – non expulsables selon la réglementation espagnole, en vue de leur retour au pays, conformément aux Hautes Instructions Royales adressées aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, indique une source diplomatique marocaine, rapporte l’agence MAP.

Le Royaume se dit prêt à travailler avec les autorités espagnoles et les partenaires européens pour faciliter ces retours.

La source diplomatique déplore toutefois que, chaque fois que le débat migratoire revient sur le devant de la scène, certaines voix accusent le Maroc de ne pas coopérer ou de refuser le retour de ces mineurs, notamment dans le dossier espagnol.

Rabat déplore que certains acteurs politiques instrumentalisent cette question à des fins électorales alors que la réalité n’a rien à voir avec ces accusations. La source qualifie ces insinuations de « fallacieuses et infondées ».

Elle affirme que le Maroc honore ses engagements et que les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des retours tiennent essentiellement aux obstacles administratifs et judiciaires auxquels se heurtent les opérations.

Des obstacles juridiques pointés du doigt

Rabat refuse que ces blocages soient utilisés comme argument politique pour lui reprocher un manque de coopération ou un désintérêt pour le sort des mineurs non accompagnés.

La source diplomatique appelle ainsi les partenaires concernés à examiner leurs propres dispositifs.

S’ils souhaitent réellement favoriser les retours, affirme-t-elle, ils doivent lever les obstacles que leurs législations ainsi que leurs autorités administratives et judiciaires dressent devant ces opérations.

Pour. le Maroc le retour de ces mineurs est une question de principe et inscrite dans une logique de coopération avec l’Espagne et l’Union européenne.

À Sebta, des mineurs livrés à eux-mêmes

Sur le terrain, la situation reste préoccupante. Des centaines de mineurs non accompagnés se trouvent encore à Ceuta après les arrivées massives enregistrées fin juillet.

Selon l’administration de la ville, plus de 1.000 des quelque 2.000 personnes qui y sont restées sont des mineurs non accompagnés.

Les autorités espagnoles peinent à leur assurer une prise en charge, alors que les capacités d’hébergement sont largement dépassées.

Plusieurs groupes de jeunes migrants, en majorité originaires d’Afrique subsaharienne selon l’administration de Sebta, ont trouvé refuge sur les plages ou dans des zones boisées. Certains dorment à même le sol, avec pour seuls effets personnels quelques sacs, bouteilles d’eau ou vêtements.

D’autres dépendent directement des associations et des habitants pour se nourrir.

Les ONG alertent sur les risques de violence

Plusieurs associations espagnoles ont lancé l’alerte sur les dangers auxquels ces enfants sont exposés.

José Miguel Morales, responsable de l’association Sur Acoge, affirme que certains mineurs ont été battus ou agressés alors qu’ils erraient dans les rues de Ceuta.

Il avertit que chaque journée passée sans solution d’hébergement sûr augmente le risque de maltraitance, en particulier pour les filles.

L’association rappelle que certains de ces mineurs sont très jeunes, parfois âgés de dix ans ou moins, et que nombre d’entre eux n’ont pas encore 14 ans.

Save the Children appelle pour sa part à une mobilisation urgente afin de localiser, identifier et enregistrer tous les mineurs présents sur le territoire.

L’organisation met particulièrement en garde contre les risques de violences, de trafics et d’exploitation auxquels les filles sont exposées.

Des capacités d’accueil largement insuffisantes

La pression exercée sur les structures de Sebta est considérable.

Selon les autorités locales, environ 1.100 enfants ont besoin d’une prise en charge, alors que la ville ne dispose que d’environ 90 places destinées aux mineurs.

Les centres d’accueil sont saturés, tandis que certaines installations destinées aux migrants ont été fermées, laissant les pouvoirs publics dans l’obligation d’improviser de nouveaux dispositifs.

Les associations assurent l’urgence alimentaire

Face à ces difficultés, les organisations humanitaires occupent une place centrale dans la prise en charge quotidienne.

Une question au cœur de la coopération migratoire

La situation de Sebta place ainsi la question des mineurs non accompagnés, non expulsable selon la réglementation espagnole, au cœur des relations migratoires entre le Maroc et l’Espagne.

Rabat affirme sa disposition à organiser leur retour et considère que les principaux obstacles se situent dans les cadres administratif et judiciaire des pays partenaires.

Sur place, les ONG réclament dans le même temps une réponse immédiate pour mettre à l’abri les enfants, les identifier et éviter qu’ils ne deviennent victimes de violence, de trafic ou d’exploitation.

Entre urgence humanitaire et difficultés juridiques, le dossier impose désormais une coordination effective entre les différents acteurs concernés.