Assilah : la médina livrée au désordre et à l’anarchie urbaine

Assilah : la médina livrée au désordre et à l’anarchie urbaine

De nombreux habitants de la ville évoquent avec amertume ce qu’est devenue leur cité après la disparition de son ancien président du conseil municipal, mentor de la ville, le ministre Mohamed Benaïssa.

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Autrefois vitrine d’ordre, de propreté et d’esthétique urbaine, la médina d’Assilah, haut lieu de dialogue et de culture, est aujourd’hui gagnée par les installations anarchiques, les occupations improvisées de l’espace public, le stationnement sauvage et la dégradation de plusieurs lieux emblématiques. Des habitants dénoncent un recul brutal après l’époque de Mohamed Benaïssa et s’interrogent sur l’absence d’intervention des autorités.

Correspondance

La médina d’Assilah traverse une période de désordre au grand désespoir de ses habitants qui ont connu il n’y a pas longtemps encore une ville ordonnée et propre. Le laisser-aller s’est installé au point qu’une grande tente a été autorisée sur la place menant au Palais de la culture pour y célébrer un mariage, donnant au lieu l’allure d’un marché hebdomadaire rural.

Les habitants d’Assilah s’interrogent sur les raisons de ce désordre et sur l’autorité qui l’autorise, d’autant que le conseil municipal n’est pas celui qui a permis cette altération l’esthétique de la vieille ville.

Après le décès Mohamed Benaïssa, un changement brutal

De nombreux habitants de la ville évoquent avec amertume ce qu’est devenue leur cité après la disparition de son ancien président du conseil municipal, mentor de la ville, le ministre Mohamed Benaïssa.

La superbe corniche réalisée par feu Mohamed Benaïssa n’a pas davantage échappé au désordre

De son vivant, personne n’aurait osé porter atteinte à l’esthétique ou à l’environnement de la ville. Aujourd’hui, la situation donne l’impression d’une revanche contre l’époque de « Mohamed Benaïssa », comme si une partie avait décidé de remonter le temps et de ramener Assilah aux années 1970 et à l’urbanisme anarchique.

Plus étonnant encore, certains commerçants ont installé des tables et des marchandises au milieu des ruelles étroites, créant danger et nuisances pour les passants, sans que les responsables chargés de protéger la ville et d’en assurer la propreté ne réagissent. Le lieu offre désormais un visage désolant, dominé par un désordre qui n’a rien de créatif.

Des jardins transformés en parkings improvisés

Non loin de la médina, et à titre d’exemple, les jardins Mohamed Abed Al-Jabri et Ahmed Abdessalam El Bakkali ont été défigurés. Ils ont d’abord été transformés en lieu de regroupement pour les vendeurs d’escargots, avant de devenir un parking pour les chariots de vente de jus et de glaces.

La corniche gagnée par l’anarchie

La superbe corniche réalisée par feu Mohamed Benaïssa n’a pas davantage échappé au désordre. Elle a été envahie par des kiosques disgracieux et par des chariots installés sur les passages réservés aux piétons.

On quitte Assilah avec un sentiment d’amertume devant cette régression rapide, après des décennies durant lesquelles la ville avait su préserver son calme et son charme tout en attirant l’attention grâce à son festival culturel international.

Le spectacle donne une image claire de la mentalité qui préside aujourd’hui à la gestion de la ville et qui semble vouloir en faire un terrain propice à la rudesse et au chaos.

Pendant longtemps, Assilah avançait selon une seule logique fondée sur le respect de l’environnement et de l’esthétique urbaine, perceptible notamment dans on ordre, sa propreté et ses fresques murales. Aujourd’hui, une autre logique a refait surface, celle du désordre et de la rudesse.

La place Mohamed Melehi détournée de sa vocation

La place de l’artiste Mohamed Melehi, aménagée près de l’entrée du port dans le respect de critères esthétiques précis, a malheureusement été transformée en espace de jeux pour enfants avec des voitures électriques. Elle est, en outre, devenue vulnérable à l’accumulation des déchets.

Pendant des décennies, l’accès des voitures et des camions à la vieille ville était interdit. Seuls les habitants étaient autorisés à y faire entrer leur véhicule pendant une courte durée, par exemple pour transporter un malade ou déplacer des objets lourds.

Or, ces derniers temps, des automobilistes ont commencé à laisser leurs véhicules stationnés à l’intérieur de la médina, en défi manifeste aux usages et aux règles.

Cette situation a fait grimper le niveau de « taharkouite» dans la ville à des sommets.

Une question se pose dès lors : pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée afin d’éviter que la médina ne se transforme en un souk anarchique ?

Moustiques, saleté et désillusion

Parler d’Assilah, c’est ouvrir un dossier douloureux. Après l’intervention d’une entité autre que « la municipalité » pour prendre en charge la propreté, les habitants de la médina espèrent désormais que cette même partie interviendra également pour lutter contre les moustiques, devenus ces derniers jours une véritable nuisance et un risque hygiénique.

On quitte Assilah avec un sentiment d’amertume devant cette régression rapide, après des décennies durant lesquelles la ville avait su préserver son calme et son charme tout en attirant l’attention grâce à son festival culturel international.

Il fait espérer que pour pallier l’impuissance des ses habitants, L’État interviendra protéger cette ville qui a largement contribué au rayonnement du Royaume du Maroc.