Mostafa Derkaoui, disparition d’un pionnier du cinéma marocain

Mostafa Derkaoui, disparition d’un pionnier du cinéma marocain

Mostafa Derkaoui l’un des cinéastes marocains les plus prolifiques des années 1980 et 1990. Parmi ses films marquants figurent Les Beaux Jours de Shéhérazade, sorti en 1982, puis Casablanca by Night en 2003 et Casa Day Light en 2004, deux œuvres qui rencontrent un large public.

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Le cinéma marocain a perdu l’une de ses figures les plus audacieuses. Mostafa Derkaoui est décédé jeudi 20 août 2026 à Casablanca, à l’âge de 82 ans. Réalisateur engagé, expérimentateur et passeur entre plusieurs cultures, il laisse une œuvre majeure qui a contribué à façonner la modernité du septième art marocain et maghrébin.

Une formation entre Casablanca, Paris et Łódź

Né à Oujda en 1944, Mostafa Derkaoui s’oriente très tôt vers les arts et la réflexion. Après un baccalauréat en philosophie obtenu en 1962, il suit une première formation au Conservatoire d’art dramatique de Casablanca avant de poursuivre ses études à l’IDHEC, à Paris.

En 1965, il rejoint avec son frère Abdelkrim la prestigieuse École de cinéma de Łódź, en Pologne. Diplômé en réalisation en 1972, il y développe une écriture singulière, nourrie de théâtre, de littérature et de musique, qui marquera durablement son cinéma.

Un premier film devenu culte

En 1974, les deux frères fondent Basma Production. Mostafa Derkaoui réalise alors De quelques événements sans signification, son premier long-métrage emblématique. Interdit de projection au Maroc dès sa sortie, le film ne circule que rarement, notamment à Paris en 1975 et à Khouribga en 1977.

Longtemps invisible, l’œuvre connaît une véritable renaissance à partir de 2016 grâce à un projet de restauration mené avec la Filmoteca de Catalunya. Elle retrouve alors une audience internationale et est notamment présentée à la Berlinale en 2019.

Une œuvre populaire et reconnue

Mostafa Derkaoui devient ensuite l’un des cinéastes marocains les plus prolifiques des années 1980 et 1990. Parmi ses films marquants figurent Les Beaux Jours de Shéhérazade, sorti en 1982, puis Casablanca by Night en 2003 et Casa Day Light en 2004, deux œuvres qui rencontrent un large public.

Son parcours est consacré au Festival international du film de Marrakech en 2007. En 2016, le roi Mohammed VI le décore, consacrant une carrière profondément liée à l’histoire du cinéma national.

Un héritage qui se prolonge

En 2023, Sophie Delvallée lui consacre le documentaire Librement, Mostafa Derkaoui, revenant sur son parcours et son indépendance artistique. Ses obsèques sont prévues vendredi 21 août au cimetière d’Achouhadda, à Casablanca.

Avec sa disparition, le cinéma marocain perd un créateur libre, dont l’empreinte continue de vivre à travers ses films, mais aussi dans le travail de son frère Abdelkrim et de son fils, le directeur de la photographie Kamal Derkaoui.