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Le Maroc en culture : Hommage, lectures et créations
À Rabat, la Fondation nationale des musées (FNM) a célébré la vie et l’œuvre d’Ali Amahan, professeur d’anthropologie et figure majeure de la réflexion sur le patrimoine marocain
De Rabat à Inzegane, de M’Hamid El Ghizlane à Tanger, la scène culturelle marocaine se déploie entre mémoire, création et transmission. La Fondation nationale des musées a honoré le grand anthropologue Ali Amahan, tandis qu’Inzegane ouvrait son Salon régional du livre, que le désert accueillait le Festival Zamane et que Tanger vibrait au rythme du théâtre, du cinéma et de l’art pour enfants.
Un hommage à la mémoire et à la transmission
À Rabat, la Fondation nationale des musées (FNM) a célébré la vie et l’œuvre d’Ali Amahan, professeur d’anthropologie et figure majeure de la réflexion sur le patrimoine marocain. Dans l’auditorium du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, universitaires, artistes, chercheurs et amis sont venus saluer un parcours marqué par la rigueur scientifique et l’engagement culturel.
Ancien conservateur des musées Al Batha et Borj Nord à Fès, délégué régional du ministère de la Culture et membre du Conseil d’administration de l’IRCAM, Amahan a consacré sa vie à préserver et valoriser la mémoire plurielle du Maroc. Son itinéraire incarne une vision du patrimoine comme moteur d’identité et levier de développement.
Le président de la FNM, Mehdi Qotbi, a rappelé la "profonde passion" du chercheur pour le patrimoine et son souci constant de le transmettre, soulignant "l’importance d’une culture de la reconnaissance envers ceux qui ont façonné notre mémoire collective".
L’ancien ministre de la Culture, Mohamed Achaari, a, lui aussi, salué un intellectuel alliant recherche, enseignement et gestion culturelle : "Pour lui, le patrimoine n’est pas un vestige du passé, mais une base pour construire l’avenir".
Visiblement ému, Ali Amahan a exprimé sa gratitude pour cet hommage, qu’il a qualifié de "geste significatif dans une longue carrière au service du patrimoine national". La cérémonie, placée sous le signe de la transmission intergénérationnelle, a réaffirmé la mission de la FNM : reconnaître et faire vivre les figures qui œuvrent à la préservation du patrimoine marocain.
Livres, musiques et arts vivants
À Inzegane, le 17ᵉ Salon régional du livre et de la lecture a ouvert ses portes autour du thème "Inzegane : Terre de métissage culturel et de créativité artistique". L’événement, organisé par la direction régionale de la Culture de Souss-Massa, réunit quarante exposants venus de tout le pays. Éditeurs, auteurs et associations culturelles y célèbrent le livre à travers des rencontres, conférences, ateliers d’écriture et signatures d’ouvrages.
Le directeur régional de la Culture, Hassan Hernan, a souligné que ce Salon s’inscrit dans la stratégie nationale visant à soutenir l’industrie du livre et de l’édition, tout en rapprochant les jeunes du monde de la lecture et de la création artistique. Des ateliers de calligraphie, de dessin et d’arts plastiques offrent aux enfants un espace d’expression et d’apprentissage.
Plus au sud, à M’Hamid El Ghizlane, la 4ᵉ édition du Festival Zamane, prévue du 14 au 16 novembre, promet une immersion dans la richesse musicale du Sahara marocain. Porté par l’association Joudour Sahara, l’événement rassemble 150 artistes venus du Maroc et du monde. Il mettra à l’honneur le Ganga, forme musicale mystique du Drâa mêlant percussions, chants soufis et danses rituelles.
Cette édition s’ouvre sur la scène internationale avec la participation d’artistes africains et occidentaux : Vieux Farka Touré, Majid Bekkas, Aziz Sahmaoui, ou encore Roberto Luti du collectif Playing for Chang. Les groupes locaux, tels que Tarwa N-Tiniri ou Daraa Tribes, assureront la continuité entre traditions et modernité.
Un colloque scientifique intitulé "Les mécanismes de documentation du patrimoine immatériel" réunira chercheurs et experts, tandis que des rencontres sur le climat exploreront les liens entre environnement et culture dans cette région saharienne particulièrement vulnérable.
La Marge" à Tanger
Le nord du pays n’est pas en reste. Tanger, capitale du brassage artistique, s’apprête à accueillir une série d’événements éclectiques. Le Théâtre Riad Sultan présentera "La Marge", un spectacle de Pierro Corpel mêlant musique électronique, théâtre et arts visuels. Entre lasers, vidéos et beats électro, ce concert-théâtre explore la culture rave comme mouvement d’émancipation et de résistance, transformant la scène en espace de liberté.
La Cinémathèque de Tanger projettera le film "Partir un jour" d’Amélie Bonnin, récit intime d’un retour aux origines et d’un face-à-face avec le passé. Parallèlement, l’Institut Cervantès propose un atelier pour enfants, "Peindre du sel avec la pluie colorée", invitant les jeunes à transformer un minéral du quotidien en matière poétique.
À Tétouan, la romancière Latifa Labsir présentera son nouveau roman *Tif Sabiba (Le spectre de Sabiba)* au Centre culturel Iklyle. L’ouvrage, destiné au jeune public, aborde avec tendresse et profondeur le quotidien d’un enfant autiste, à travers le regard de sa sœur. Ce récit, entre poésie et réalisme, invite à comprendre la différence et à célébrer la sensibilité du monde intérieur des enfants.
Ainsi, du désert du Drâa aux rivages du Nord, le Maroc culturel dessine une carte vivante faite d’hommages, de créations et d’expérimentations. La diversité des initiatives – patrimoniales, littéraires, artistiques – témoigne d’une effervescence qui relie mémoire et modernité, héritage et innovation.
À travers ces manifestations, le pays réaffirme sa foi dans la culture comme vecteur de lien social, de liberté et de transmission.