Le Maroc en Culture : mémoire, écriture, Briouel, Khamis Al Andaloussiates, peinture et création dessinent cette semaine culturelle

Le Maroc en Culture : mémoire, écriture, Briouel, Khamis Al Andaloussiates, peinture et création dessinent cette semaine culturelle

Exposition à la Galerie Banque Populaire de Rabat de « Quatre voix, une terre », réunissant Hiba Baddou, Abdelmalek Berhiss, Amadou Camara Guèye et Djo Ilanga, sous le commissariat de Tania Chorfi. 30/10/2025 – (Photo MAP)

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De Fès à Essaouira, de Rabat à Tanger, l’automne 2025 et le printemps à venir tracent une carte culturelle diversifiée du Maroc. Concerts, expositions, fondations, festivals et publications forment une même trame : celle d’un paysage où la création se nourrit de la mémoire, où le patrimoine dialogue avec la modernité, et où la culture se fait une place.

Fès : la Fondation Mohamed Brioul, un hommage vivant à l’art et à la mémoire

À Fès, berceau spirituel et artistique du Maroc, la création de la Fondation Mohamed Brioul pour l’art et le patrimoine marque une étape symbolique dans la préservation du patrimoine musical marocain. Officiellement lancée avec l’ambition d’en faire un haut lieu artistique et culturel, la Fondation entend conjuguer recherche, formation, créativité et coopération autour de l’héritage musical et artistique du pays.

Le Secrétaire général, Mehdi Bennani, a souligné que cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’œuvre du maître Mohamed Brioul, figure emblématique de la musique andalouse, dont le parcours illustre l’alliance entre tradition et ouverture. La Fondation se fixe pour mission de former les jeunes générations, d’assurer la pérennité de l’école artistique marocaine et de faire de l’art un vecteur de communication humaine.

Pour sa première saison artistique, la Fondation a annoncé une programmation ambitieuse : une soirée d’hommage au maître Brioul le 29 novembre 2025, une soirée spirituelle durant le Ramadan et une grande célébration de la Fête de la Musique en juin 2026.

Ces événements seront accompagnés d’ateliers, de rencontres intergénérationnelles et de séminaires autour du patrimoine marocain. Fès, plus que jamais, s’affirme comme un laboratoire d’échanges artistiques et culturels, où l’hommage à une icône devient moteur de création et de transmission.

Rabat célèbre la musique andalouse et la transmission des émotions

L’association Ribat Al Fath organise la 23e édition de « Khamis Al Andaloussiates », un rendez-vous dédié à la préservation et à la valorisation de la musique andalouse marocaine. 30/10/2025-Rabat

Au siège de l’Association Ribat Al Fath pour le développement durable, la soirée « Khamis Al Andaloussiates » a réuni les passionnés du Tarab marocain autour d’un voyage musical dans la tradition andalouse. Portée par l’orchestre de l’Association Selouane - Art et Culture, la 23e édition de ce rendez-vous a offert un moment d’intense communion avec les sonorités du Samaâ et du Madih, à travers des pièces issues de la « Nuba Al-Hijaz Al-Kabeer ».

Cette rencontre mensuelle est bien plus qu’un concert : elle est un acte de sauvegarde du patrimoine et un espace d’apprentissage pour les jeunes musiciens. « Khamis Al Andaloussiates » vise à faire aimer et comprendre l’art andalou marocain, tout en favorisant la rencontre entre les générations.

Le chef d’orchestre Yasser Cherki a salué la constance de cette initiative, soulignant qu’elle « unit l’authenticité à la créativité », tout en assurant la relève d’un art transmis oralement depuis des siècles. En réunissant des orchestres venus de tout le Royaume et en rendant hommage aux pionniers du Tarab, ce rendez-vous contribue à inscrire durablement la musique andalouse dans le patrimoine culturel national, entre ferveur spirituelle et beauté esthétique.

Rabat : quatre artistes africains, une même terre de dialogue

À Rabat, la Galerie Banque Populaire accueille jusqu’à février 2026 l’exposition « Quatre voix, une terre », réunissant quatre artistes venus du Maroc, du Sénégal, du Congo et de la République démocratique du Congo. Hiba Baddou, Abdelmalek Berhiss, Amadou Camara Guèye et Djo Ilanga livrent des univers picturaux à la fois singuliers et complémentaires, unis par une mémoire africaine partagée et une quête identitaire commune.

L’exposition s’ouvre sur « Séisme », toile de Hiba Baddou où les silhouettes humaines se serrent face à un monde fissuré. L’artiste y explore la solidarité et la résilience, dans un geste pictural empreint d’urgence. Djo Ilanga, lui, marie ancien et moderne, masques et couleurs, pour rappeler que la modernité africaine ne se construit qu’à partir de ses racines.

Le Sénégalais Amadou Camara Guèye, « conteur de la rue », traduit dans ses grandes compositions le tumulte des marchés et la beauté des gestes ordinaires de Dakar. Quant à Abdelmalek Berhiss, il tisse un univers pointilliste où chaque cercle devient souffle, lien entre réel et imaginaire.

Pour la commissaire d’exposition Tania Chorfi, ces artistes incarnent « une Afrique qui se réinvente par la grâce de ses créateurs », un espace d’espérance où les identités s’ouvrent, se mêlent et s’élèvent. À travers cette exposition, Rabat confirme son rôle de capitale culturelle africaine, carrefour d’esthétiques et de sensibilités en dialogue.

Abdelkader Meskar : la lumière marocaine au cœur de Paris

Sur la Place de la Concorde, à Paris, le plasticien marocain Abdelkader Meskar a marqué la 122e édition du Salon d’automne en exposant son œuvre « Cœur du Monde ». Cette peinture circulaire, nourrie de sable, de tissu et de lumière, a séduit le jury qui lui a décerné le « Prix Peinture 2025 » des Amis du Salon d’automne dans la section « Chromatics ».

Pour l’artiste, cette distinction dépasse la reconnaissance individuelle : « C’est un hommage au Maroc, dont la lumière et la matière inspirent mon travail », a-t-il confié. Dans un monde fracturé, Meskar fait de la couleur un langage universel de paix : « L’art n’est ni un refuge ni un luxe, mais une forme de résistance par la beauté ».

Son œuvre s’inscrit dans la tradition des grands maîtres qui ont façonné l’histoire du Salon d’automne depuis 1903, de Matisse à Cézanne, tout en prolongeant la présence marocaine initiée par Chaïbia Talal ou Mohamed Kacimi. Par la matière et la lumière, Meskar relie la terre et le ciel, la tradition et la modernité, dans une quête d’universalité

Essaouira : vingt ans de fidélité et d’harmonie andalouse

La Cité des Alizés a célébré en octobre la 20e édition du Festival des Andalousies Atlantiques, devenu l’un des symboles de la tolérance et du vivre-ensemble au Maroc. Créé par l’Association Essaouira-Mogador, cet événement musical rassemble depuis deux décennies les héritages judéo-musulmans, chrétiens et andalous dans une symphonie de fraternité.

La cérémonie d’ouverture a offert au public une immersion dans l’âme andalouse. L’Orchestre Mohamed Larbi Lamrabet de Tanger, accompagné de chanteurs issus de différentes écoles du royaume, a fait résonner les grandes noubas d’Al Ala, sublimées par des arrangements modernes.

Sous la direction artistique d’Abdessalam Khaloufi, la programmation s’est enrichie d’un ballet flamenco andalou dirigé par Patricia Guerrero et d’une rétrospective du répertoire judéo-musulman du Maghreb. Raymonde El Bedaouia, diva du festival, clôturera les festivités dans un concert mêlant ferveur et émotion.

En vingt ans, le festival des Andalousies Atlantiques a prouvé que la musique pouvait être un pont entre les civilisations. Essaouira continue ainsi d’incarner la ville-monde, ouverte, métissée et fidèle à ses racines.

Tamusida, Tanger et Rabat : l’histoire et la création au cœur du présent

À Kénitra, le site archéologique de Tamusida témoigne de la profondeur historique du Maroc. Nichée sur la rive gauche de l’oued Sebou, cette cité antique illustre le continuum d’une civilisation amazighe, phénicienne puis romaine. Selon le chercheur Rachid Aghribi, « Tamusida fut un centre commercial actif dès le VIe siècle avant notre ère, avant de devenir un pôle stratégique à l’époque romaine ».

Les fouilles ont révélé temples, thermes, ateliers d’amphores et port fluvial, confirmant l’intégration de la cité dans l’économie maritime antique. Aujourd’hui, le ministère de la Culture et les collectivités locales s’attellent à sa réhabilitation. Le site, inscrit dans les circuits culturels régionaux, s’apprête à devenir un centre de recherche et de rayonnement patrimonial.

Rida Ajraam, conservateur du site, souligne que « Tamusida n’est pas une ruine du passé, mais un espace vivant de savoir et de transmission ». Par son positionnement, elle relie la mémoire antique à la modernité du Maroc contemporain, offrant aux visiteurs une expérience immersive dans l’histoire du Gharb.

À Tanger, le Théâtre Riad Sultan illustre quant à lui la vitalité culturelle du nord. Sa programmation de novembre explore la diversité des arts : musique du monde, théâtre, danse, photographie et débats intellectuels. Des concerts de reggae et de musique soufie aux performances contemporaines, le théâtre devient un espace de dialogue et d’expérimentation.

Parmi les temps forts : « Músicas Semilla » du groupe espagnol Evoéh Q-Art, « Up° » du chorégraphe Fouad Boussouf, « La Marge » de Pierro Corbell et la fusion mystique de « Hadra Rave » mêlant électronique et spiritualité. En parallèle, des résidences artistiques, dont celle d’Illias Mettoui, nourrissent la création marocaine en plein essor.

Enfin, à Rabat, la romancière Rim Battal a présenté son premier roman, « Je me regarderai dans les yeux », à la Fondation Hassan II pour les MRE. Journaliste, poétesse et performeuse, Battal signe un texte d’émancipation où une jeune fille de 17 ans affronte les injonctions sociales et découvre sa propre voix.

À travers ce récit, l’autrice questionne la liberté, la féminité et la révolte contre les carcans patriarcaux. Son œuvre, mêlant poésie et introspection, prolonge un engagement littéraire et artistique qui fait d’elle l’une des voix féminines les plus prometteuses du paysage marocain contemporain.

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