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Musiques sacrées Fès, Comedy Festival à Marrakech et Comdia Blanca Casablanca
A Fès, le public a pu apprécier le spectacle de l’Ensemble Yassawi et Qulansaz du Kazakhstan
Fès, Marrakech et Casablanca, trois grands rendez-vous culturels ont donné le ton de ce début de saison estivale. Du Festival des musiques sacrées du monde aux nouveaux événements dédiés à l’humour, les scènes marocaines ont célébré aussi bien la transmission des savoir-faire ancestraux que l’émergence de nouvelles formes d’expression artistique.
« Fès », quand l’artisan devient héros de la scène
La 29e édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde s’est ouverte dans un décor à la hauteur de sa réputation. À Bab Al Makina, monument emblématique de la capitale spirituelle, le spectacle inaugural intitulé « Anima Ex Materia, du Ciel à la Terre » a placé l’artisan au cœur du récit.
Dès les premières séquences, le public a été invité à une traversée poétique des savoir-faire qui façonnent depuis des siècles l’identité de la cité idrisside. Les lanternes des dinandiers ont éclairé une déambulation artistique réunissant des créateurs venus du Maroc, d’Inde, de Chine, du Cambodge, d’Asie centrale et des Balkans.
La représentation a exploré l’univers des ateliers où la matière se transforme sous l’action de la main humaine. Le feu des forges, les gestes du potier, les outils du graveur ou encore les métiers à tisser sont devenus les éléments d’une fresque consacrée à la création artisanale.
Le spectacle a également proposé un voyage dans le temps et dans les civilisations. Des origines légendaires de la soie en Chine aux mosaïques antiques de Volubilis, en passant par les zelliges de Fès, il a mis en évidence les circulations culturelles qui ont nourri les arts du monde à travers les siècles.
Moment fort de la soirée, une impressionnante mise en scène autour de la forge a rendu hommage aux artisans du métal, aux maîtres forgerons du Sud marocain ainsi qu’aux traditions nomades qui ont longtemps fait du ciel leur unique toit.
Cette ouverture a également été marquée par la remise du Prix « Jeunes Talents – Esprit de Fès » à cinq jeunes artisans distingués dans les domaines du brocart, des selles brodées, du cuir traditionnel, du mobilier artisanal et de la céramique. À travers cette initiative, les organisateurs ont voulu souligner l’importance de la transmission entre maîtres artisans et nouvelles générations.
Les « mâalemines », gardiens de la mémoire vivante
Le thème choisi cette année, « Fès et les Mâalemines, gardiens du geste et du patrimoine », constitue le fil conducteur de l’ensemble de la programmation.
À travers cet hommage, la Fondation Esprit de Fès met en lumière ces maîtres artisans qui ont participé à l’édification et à la préservation des monuments qui font aujourd’hui la renommée du Maroc. Dans une époque marquée par l’industrialisation et l’uniformisation culturelle, le festival rappelle la place essentielle du savoir-faire humain dans la construction des identités collectives.
Au-delà de sa dimension artistique, l’événement se présente comme un espace de dialogue entre héritage et modernité. Pendant quatre jours, quatre lieux emblématiques de Fès accueillent concerts, rencontres et créations mêlant spiritualité, musique et patrimoine.
La programmation rassemble près de 160 artistes issus de nombreux pays. Les spectateurs peuvent ainsi découvrir aussi bien les traditions musicales d’Asie centrale que les chants sacrés du Moyen-Orient, les voix féminines d’Orient et d’Occident ou encore les répertoires soufis.
Parmi les rendez-vous les plus attendus figure le concert de Sami Yusuf, artiste reconnu pour son approche universelle des musiques spirituelles. Son œuvre, à la croisée de plusieurs traditions culturelles, s’inscrit pleinement dans l’esprit du festival.
Depuis sa création, le Festival de Fès s’est imposé comme l’un des grands événements internationaux consacrés aux musiques sacrées. Son inscription dans une logique de dialogue interculturel lui a valu, dès 2001, une reconnaissance particulière des Nations unies pour sa contribution au rapprochement entre les civilisations.
Marrakech fait entrer l’humour dans une nouvelle dimension
À plusieurs centaines de kilomètres de Fès, Marrakech vivait au même moment une autre célébration culturelle. Le Marrakech Comedy Festival a donné le coup d’envoi de sa première édition au Palais des Congrès avec une soirée placée sous le signe de l’humour marocain.
Aux commandes de cette ouverture, l’humoriste Eko a choisi de rendre hommage à l’identité populaire de la ville. L’entrée en scène, inspirée de la figure emblématique du « guerrab », le porteur d’eau traditionnel, a immédiatement installé le lien entre patrimoine et création contemporaine.
Sur fond de dakka marrakchia et de sonorités mêlant influences marocaines et indiennes, le spectacle a proposé une relecture humoristique de l’imaginaire de la ville ocre. La célèbre place Jamaa El Fna est apparue en arrière-plan comme un symbole de cette mémoire collective que les artistes ont cherché à faire revivre.
La soirée a réuni plusieurs figures de la nouvelle génération du stand-up marocain. Amine Belghazi a puisé dans les souvenirs d’enfance et les situations familiales pour construire un univers absurde et décalé. Soufiane Figuigui s’est intéressé aux relations fraternelles et aux bouleversements provoqués par l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille.
Ghita Kitane a, quant à elle, proposé un regard à la fois drôle et sensible sur le quotidien, tandis que Saifeddine Settif a exploré les figures incontournables de la mère marocaine et la diversité culturelle du Royaume.
Le public a également réservé un accueil chaleureux à Malik Bentalha, dont le duo avec Eko a multiplié les références à la culture populaire marocaine. Marouane Nbalssi a poursuivi dans cette veine en revisitant les traditions culinaires et les rituels familiaux qui rythment la vie quotidienne.
Au-delà des performances individuelles, cette première édition a montré l’évolution rapide de la scène humoristique nationale, désormais capable de remplir de grandes salles et de proposer des spectacles construits autour de véritables univers artistiques.
Ghita Kitane, une voix montante du stand-up marocain
Parmi les prestations qui ont marqué cette soirée inaugurale, celle de Ghita Kitane a particulièrement retenu l’attention.
Orthophoniste de formation et humoriste par vocation, elle a développé un style personnel fondé sur l’observation des comportements, des habitudes de langage et des situations du quotidien. Son expérience professionnelle nourrit largement son écriture et lui permet d’aborder avec humour les maladresses, les hésitations et les singularités de la communication humaine.
Sur scène, elle privilégie un jeu très physique où chaque regard, chaque silence et chaque mouvement deviennent des éléments du récit comique. Cette maîtrise du langage corporel lui permet de créer une proximité immédiate avec le public.
L’un des passages les plus remarqués de son spectacle a porté sur la passion populaire entourant les grandes compétitions de football. En imaginant des échanges fictifs entre joueurs marocains, elle a su transformer une expérience collective largement partagée en matière à rire.
Elle a également consacré une partie de sa prestation aux questions du mariage et aux attentes familiales qui entourent ce sujet dans la société marocaine. Un thème universel qui a trouvé un écho immédiat auprès du public.
Son parcours illustre l’émergence d’une génération d’artistes qui s’appuient sur les réalités sociales contemporaines pour construire un humour de proximité, ancré dans le vécu quotidien des spectateurs.
Casablanca confirme son statut de capitale du rire
Pendant que Marrakech inaugurait son nouveau festival, Casablanca poursuivait son propre rendez-vous humoristique avec l’ouverture de la troisième édition de Comedia Blanca.
Organisé au Complexe Mohammed V, le festival a démarré avec un gala réunissant douze humoristes marocains, soit près du double des éditions précédentes. Cette progression témoigne du développement rapide du secteur et de l’élargissement de la scène nationale.
Animée par Taliss, la soirée a réuni plusieurs figures bien connues du public, parmi lesquelles Oussama Ramzi, Rachid Rafik, Ayoub Idri, Wahiba Bouya, Mohamed Fatih ou encore le duo Driss et Mehdi.
Les organisateurs ont mis en avant une volonté claire : créer une plateforme durable pour les humoristes marocains tout en accompagnant l’émergence de nouveaux talents. Dans cette perspective, le festival a été précédé de plusieurs masterclasses consacrées à la formation et à la transmission des savoirs professionnels.
Les artistes ont abordé des thématiques largement inspirées du quotidien : relations familiales, comportements sociaux, vie urbaine ou encore contradictions de la société contemporaine.
Au-delà du simple divertissement, Comedia Blanca entend participer à la structuration d’un véritable écosystème de l’humour marocain. L’événement affiche également des ambitions internationales avec des déclinaisons prévues à Marseille et à Abidjan, afin de renforcer les liens avec les communautés marocaines établies à l’étranger.
À travers ces rendez-vous simultanés de Fès, Marrakech et Casablanca, le paysage culturel marocain montre sa diversité. D’un côté, la célébration des métiers d’art et des patrimoines séculaires ; de l’autre, l’affirmation d’une scène humoristique en pleine expansion. Deux univers différents, mais un même objectif : faire vivre la création, transmettre des héritages et offrir au public des espaces de rencontre, d’émotion et de partage.