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Protection sociale : le Maroc revendique un modèle en construction
Le chantier de la protection sociale constitue la pierre angulaire d’un Maroc plus équitable et plus inclusif, dans un contexte international marqué par l’instabilité économique et sanitaire. (Aziz Akhannouch)
À l’occasion du Forum parlementaire international sur la justice sociale, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a dressé le bilan d’un vaste chantier engagé depuis plusieurs années : la généralisation de la protection sociale. Couverture médicale, aides directes et modernisation hospitalière dessinent, selon l’exécutif, les contours d’un nouveau contrat social visant à réduire les inégalités et renforcer la résilience du pays face aux crises.
La protection sociale, pilier du projet national
Placée sous le Haut patronage royal, la rencontre a permis au gouvernement de mettre en
avant l’ampleur de la réforme sociale engagée. Pour Aziz Akhannouch, le chantier de la protection sociale constitue la pierre angulaire d’un Maroc plus équitable et plus inclusif, dans un contexte international marqué par l’instabilité économique et sanitaire.
La généralisation de la couverture médicale représente l’axe central de cette transformation. Plus de 11 millions de citoyens bénéficient désormais d’une assurance dont les cotisations sont prises en charge par l’État. Le coût annuel de ce dispositif atteint environ 9,5 milliards de dirhams.
Ces assurés accèdent aujourd’hui aux mêmes prestations que celles offertes aux salariés des secteurs public et privé, avec une gratuité maintenue dans les hôpitaux publics. Jusqu’à fin janvier, les établissements hospitaliers ont traité près de 16 millions de dossiers de remboursement auprès de la CNSS, signe d’une utilisation massive du système.
Élargissement de l’assiette et inclusion des indépendants
Le gouvernement a également ciblé les travailleurs non salariés, longtemps exclus du système de protection sociale. L’effacement des dettes liées à l’assurance maladie obligatoire et l’exonération des pénalités ont permis d’accélérer leur intégration.
À fin 2025, plus de 1,7 million d’indépendants étaient affiliés, portant le nombre total de bénéficiaires, ayants droit compris, à près de 3,9 millions de personnes. La CNSS a traité 4,4 millions de dossiers, soit environ 6.000 par jour.
La digitalisation accompagne cette extension. Depuis le lancement de la plateforme asd.ma fin 2023, près de 3,9 millions de ménages ont été enregistrés, représentant 12,5 millions de citoyens. Parmi eux figurent 5,5 millions d’enfants et 1,7 million de personnes âgées de plus de 60 ans.
Au total, l’enveloppe mobilisée pour les aides sociales directes atteint 53 milliards de dirhams.
Modernisation du système de santé
L’exécutif souligne toutefois que la couverture médicale ne peut fonctionner sans un appareil hospitalier renforcé. Entre 2022 et 2025, 29 nouveaux projets hospitaliers ont été réalisés, offrant 3.168 lits supplémentaires.
Vingt autres établissements sont en cours de construction pour une capacité additionnelle de plus de 3.000 lits. L’objectif affiché est d’adapter l’offre de soins à l’élargissement du nombre d’assurés afin d’éviter la saturation des structures publiques.
Cette approche vise à corriger l’un des principaux défis historiques du système : l’écart entre droits sociaux théoriques et accès effectif aux services.
Logement et politiques sociales complémentaires
Le programme d’aide directe au logement constitue un autre volet du dispositif social. Plus de 72.000 bénéficiaires ont déjà acquis un logement avec un soutien public, soit une moyenne mensuelle de 3.280 opérations.
La valeur totale des biens acquis atteint 29,8 milliards de dirhams, dont 5,9 milliards financés par l’État. Le gouvernement présente ce programme comme un levier de classe moyenne et un facteur de stabilité sociale.
Vers un nouveau contrat social
À travers ces différents chantiers, l’exécutif affirme vouloir passer d’une logique d’assistance ciblée à un système universel de protection. Le modèle marocain repose sur une combinaison d’assurance contributive, d’aides directes et d’investissement public dans les services essentiels.
Reste la question de la durabilité financière et de l’efficacité concrète pour les citoyens. Le gouvernement mise sur la croissance économique et la rationalisation des dépenses pour maintenir l’équilibre du système.
Pour l’heure, l’ambition affichée est claire : faire de la justice sociale un moteur de développement et non plus un simple mécanisme de compensation.