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Sénégal : la réforme constitutionnelle cristallise le bras de fer entre Faye et Sonko
Un policier sénégalais en tenue anti-émeute dans un face-àface. avec un manifestant lors d'une manifestation contre un projet de loi de réforme constitutionnelle près de l'Assemblée nationale à Dakar, le 29 juin 2026. (Photo Patrick Meinhardt AFP)
Dakar – L'Assemblée nationale du Sénégal a adopté, dans une atmosphère particulièrement tendue, un projet de révision constitutionnelle qui modifie l'équilibre des pouvoirs entre l'exécutif et le Parlement. Derrière ce texte, qui sera soumis à référendum par le président Bassirou Diomaye Faye, se dessine une profonde rupture politique avec son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, désormais président de l'Assemblée nationale et principal artisan de cette réforme.
Une réforme au cœur d'une crise politique
Adopté à une large majorité grâce aux députés du Pastef, le projet de révision constitutionnelle prévoit un important renforcement des prérogatives du Premier ministre et de l'Assemblée nationale, tout en réduisant certaines compétences du chef de l'État.
Le texte introduit notamment l'obligation pour le président de définir le programme du gouvernement en concertation avec le Premier ministre, retire au chef de l'État la possibilité de diriger un parti politique et élargit les pouvoirs de contrôle du Parlement, notamment sur les conventions d'investissement relatives aux ressources naturelles. Il prévoit également la création d'une Cour constitutionnelle en remplacement de l'actuel Conseil constitutionnel.
Pour les promoteurs de la réforme, il s'agit d'un rééquilibrage des institutions dans un régime historiquement marqué par la prééminence présidentielle. Ses opposants y voient au contraire une tentative de réduire l'autorité du président de la République au profit du Parlement.
La rupture entre deux anciens alliés
Le débat institutionnel intervient dans un contexte de rupture ouverte entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux figures longtemps inséparables du Pastef.
Après leur victoire à l'élection présidentielle de 2024, Sonko avait été nommé Premier ministre et apparaissait comme le principal architecte des réformes promises durant la campagne. Les divergences sur le rythme et la nature des changements institutionnels, ainsi que sur la conduite des politiques publiques, se sont toutefois progressivement aggravées.
La crise a culminé le 22 mai dernier avec le limogeage de Sonko par le président Faye. Quelques jours plus tard, l'ancien chef du gouvernement a repris l'initiative politique en se faisant élire président de l'Assemblée nationale grâce à la majorité absolue dont dispose toujours le Pastef avec 130 sièges sur 165.
Depuis, les deux anciens compagnons de route s'opposent ouvertement sur l'orientation des institutions sénégalaises.
Référendum ou promulgation immédiate ?
Alors que le gouvernement avait exprimé ses réserves sur une réforme menée sans concertation suffisante avec les acteurs politiques, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé son intention de soumettre le texte à référendum, conformément aux dispositions constitutionnelles.
Cette décision a immédiatement été contestée par Ousmane Sonko. Selon lui, le projet est déjà définitivement adopté, l'Assemblée l'ayant approuvé à la majorité qualifiée des trois cinquièmes des députés présents. Il a ainsi appelé le chef de l'État à promulguer directement la loi sans passer par une consultation populaire, invoquant une jurisprudence du Conseil constitutionnel.
Cette divergence illustre désormais la rivalité institutionnelle entre les deux dirigeants, chacun revendiquant une lecture différente des mécanismes constitutionnels.
Un vote sous haute tension
Les débats parlementaires se sont déroulés dans un climat électrique. Après le rejet d'une demande de report du vote, un député de l'opposition refusant de quitter la tribune a été évacué par les gendarmes, entraînant le boycott des travaux par la quasi-totalité des élus de l'opposition.
À l'extérieur de l'Assemblée, plusieurs dizaines de manifestants, principalement issus de l'Alliance pour la République, le parti de l'ancien président Macky Sall, ont tenté de pénétrer dans l'enceinte parlementaire avant d'être dispersés à l'aide de gaz lacrymogènes. Des affrontements avec les forces de l'ordre ont également donné lieu à plusieurs interpellations.
Le futur référendum devrait désormais prolonger un affrontement politique qui dépasse largement le contenu de la réforme constitutionnelle et pourrait redessiner durablement les rapports de force au sommet de l'État sénégalais. (Quid avec MAP et AFP)