Téhéran au cœur d’un ballet diplomatique entre Doha, Washington et Moscou

Téhéran au cœur d’un ballet diplomatique entre Doha, Washington et Moscou

Photo de presse diffusée par le ministère des Affaires étrangères du Qatar montre le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, le cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al-Thani (au centre à gauche), et sa délégation en rencontre avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi (au centre à droite), à Téhéran, le 27 août 2026. ( Via AFP)

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Le Premier ministre du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane Al Thani, s’est rendu jeudi à Téhéran pour tenter de rouvrir une voie diplomatique entre l’Iran et les États-Unis, après près de six mois de guerre. Sa visite intervient alors que la crise du détroit d’Ormuz pèse toujours sur le commerce énergétique mondial et que Washington durcit sa pression économique. Le président iranien Massoud Pezeshkian prépare une rencontre avec Vladimir Poutine au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, le 1er septembre à Bichkek

Doha tente de remettre la diplomatie en mouvement

À Téhéran, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane Al Thani s’est entretenu avec le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi. Le Qatar, allié des États-Unis mais voisin de l’Iran, s’est imposé comme l’un des principaux canaux de médiation depuis le début du conflit, le 28 février. Doha avait notamment participé, avec le Pakistan, aux efforts ayant conduit à un mémorandum en juin et à une suspension temporaire des hostilités.

La position qatarie reste délicate. L’émirat accueille la base américaine d’Al-Udeid et son territoire a été touché cet été lors de frappes iraniennes visant des installations militaires américaines. Il maintient néanmoins un dialogue avec Téhéran et Washington, faisant de cette capacité à parler aux deux camps un pilier de sa diplomatie.)

Avant le déplacement, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, avait indiqué que les discussions porteraient sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et sur un retour à la situation antérieure à la guerre.

Ormuz, le verrou de la crise

Le détroit reste le principal nœud de la confrontation. Avant le conflit, environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitaient par ce passage entre l’Iran et Oman. Depuis février, le trafic a fortement diminué et les incidents maritimes se multiplient. Un pétrolier a encore été touché par un projectile dans la nuit de mercredi à jeudi, selon l’organisme britannique UKMTO.

L’Iran utilise le contrôle du détroit comme levier de guerre auquel Washington répond par un blocus naval de ses ports. Téhéran refuse un retour pur et simple au statu quo, tandis que les États-Unis et plusieurs États du Golfe réclament une normalisation de la navigation.

Une formule intermédiaire est discutée avec Oman. Téhéran et Mascate travaillent sur un accord-cadre prévoyant un couloir maritime temporaire et une opération de déminage. Le projet organiserait les mouvements des navires entre les eaux iraniennes et omanaises, dans l’attente d’un mécanisme durable.

L’étau économique se resserre

La visite qatarie intervient au moment où Washington privilégie de nouveau l’arme économique. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé le 24 août une nouvelle vague de sanctions visant 60 personnes, entreprises et navires liés au pétrole, aux technologies militaires, à l’aviation, au transport maritime, à l’or et aux actifs numériques. Il a aussi averti les partenaires commerciaux de l’Iran qu’ils pourraient subir des sanctions secondaires.

Cette pression commence à toucher la vie quotidienne. Le vice-président iranien Mohammad Jafar Ghaempanah a reconnu que la production nationale d’essence ne suffisait plus à couvrir la demande et que le blocus américain empêchait les importations nécessaires. Des files d’attente se sont formées devant des stations-service, tandis que le gouvernement envisage de réduire les quotas d’essence subventionnée.

Le sujet est politiquement sensible. En 2019, une hausse brutale du prix des carburants avait déclenché des manifestations dans de nombreuses villes. Les autorités cherchent donc à réduire la consommation sans provoquer un nouveau choc social.

Pezeshkian se tourne vers Moscou

Parallèlement aux médiations du Golfe, Téhéran consolide ses liens avec ses partenaires stratégiques. Massoud Pezeshkian doit rencontrer Vladimir Poutine le 1er septembre à Bichkek, en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Selon l’ambassadeur d’Iran à Moscou, Kazem Jalali, il s’agira de leur sixième entretien en tête-à-tête.

L’OCS réunit dix membres : Chine, Russie, Inde, Iran, Pakistan, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Biélorussie. Pour Téhéran, ce rendez-vous offre une tribune importante au moment où Washington cherche à renforcer son isolement économique.

Les relations russo-iraniennes se sont nettement approfondies. Le traité de partenariat stratégique global signé en janvier 2025 est entré en vigueur en octobre de la même année. Il couvre notamment la défense, l’énergie, le commerce, les transports et la coordination diplomatique.

Entre l’entremise qatarie, la médiation omanaise et l’appui politique de Moscou, l’Iran évolue ainsi sur plusieurs fronts. Mais la clé demeure Ormuz : tant qu’aucun compromis durable ne sera trouvé sur la circulation maritime, la diplomatie restera suspendue à l’un des passages les plus sensibles de la planète.

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