RNI-PAM à couteaux tirés : la guerre des ralliements au grand jour – Par Hassan Zakariaa

RNI-PAM à couteaux tirés : la guerre des ralliements au grand jour – Par Hassan Zakariaa

Fouzi Lekjaa nouvelle tête d’affiche du PAM et Rachid Talbi Alami, un cacique du RNI

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Le premier à avoir entamé la prise de distance avec le bilan du gouvernement lorsque son secrétaire général Nizar Baraka a ouvert le feu sur ‘’lfraqchia’’, l’Istiqlal donne l’impression pour l’instant de jouer à la tortue avec le lièvre dans le conte, observant les tensions entre le Rassemblement national des indépendants et le Parti authenticité et modernité. Le RNI ouvre, lui, les hostilités avec son allié dans la majorité, de faire pression sur ses cadres et élus pour les rallier. Le PAM rejette ces accusations, invoque la liberté d’appartenance politique en indiquant que le RNI ne s’en est pas privé dors les élections de 2021. Une ‘’fuite’’ d’une intervention audio de Rachid Talbi Alami, président sortant de la Chambre des représentants, charge le PAM et à mot couvert laisse entendre l’intention de son parti d’empêcher le président de la Fédération Royale Marocaine de Football de prendre le ministère de l’Économie et des Finances au moment où la rumeur publique voit le président de la FRMF chef du gouvernement qui sortira des urnes le 23 septembre 2026. Son arrivée de PAM, il serait difficile de ne pas le relever, a servi de déclic à la vague de ralliement.

Le RNI accuse le PAM de débauchage

Le ton est monté brutalement au sein de la majorité gouvernementale. Réuni mardi 25 août 2026, jour de l’Aïd Al Mawlid, le bureau politique du RNI a publié un communiqué offensif contre le PAM, accusé d’avoir entrepris des opérations de débauchage visant des parlementaires, élus et responsables locaux du parti.

Le RNI affirme avoir constaté récemment plusieurs tentatives destinées à convaincre certains responsables de quitter ses rangs pour obtenir une accréditation sous l’étiquette du PAM. À l’appui, il cite Abdelhay Hartoun, Mohamed El Joumani, Zainab Simou, Othman Badil, Manal Badil, Bouchra El Ouardi, Abdelhafid El Makouti et Abdelkader El Hadouri. Il ajoute qu’un membre de son bureau politique, sans le nommer, aurait été approché.

Pour le RNI, ces pratiques dépassent les manœuvres classiques de la compétition électorale et visent ses structures et ses figures. Elle interpelle le PAM : pourquoi chercher des candidats dans les rangs des partis concurrents plutôt que présenter un projet politique capable de rivaliser avec eux ?

Dakhla et les ralliements dans le viseur

Le RNI rappelle les mouvements enregistrés récemment dans la région de Dakhla-Oued Eddahab, où le PAM a attiré plusieurs dizaines d’élus istiqlaliens, dont le président de la région, Ynja El Khattat.

Le RNI, un peu amnésique de ses propres comportements, estime que les citoyens n’attendent pas des formations politiques qu’elles leur proposent un « marché » de candidats. Ils veulent savoir ce que les partis comptent faire pour améliorer le pouvoir d’achat, créer des emplois, développer la santé et l’éducation, stimuler l’investissement et promouvoir le développement territorial.

Le RNI présente le débat comme une confrontation entre deux conceptions de la compétition politique : l’une fondée sur les programmes et les projets, l’autre sur les transferts de candidats et d’élus.

Marouane Chbaâtou justifie son départ

Dans un premier temps, le PAM n’a pas répondu directement. Mais le départ du député RNI de Midelt, Marouane Chbaâtou, vers le PAM a fourni une réponse indirecte.

Fils de l’ancien ministre de la Pêche Said Chbaâtou, le député a expliqué publiquement les raisons de son départ. Il dit s’être senti abandonné par les ministres RNI, auxquels il transmettait les doléances des habitants de Midelt sans obtenir l’attention attendue.

« J’ai décidé aujourd’hui de quitter ce parti et de poursuivre mon cheminement politique au sein du Parti Authenticité et Modernité », écrit-il. Il précise que sa décision ne résulte ni d’un conflit personnel ni d’un mouvement de colère. Il explique avoir constaté que la région de Midelt ne recevait pas l’attention qu’elle méritait au sein du parti.

Le dossier de l’artisanat a constitué, selon lui, la rupture. Marouane Chbaâtou raconte avoir rencontré des professionnels du secteur, écouté leurs difficultés et promis d’organiser une rencontre avec le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat. Il affirme n’avoir obtenu aucune réponse de ce responsable, pourtant membre du RNI, et reproche aux ministres du parti de n’avoir rien fait pour Midelt.

Le PAM contre-attaque

Le PAM  que le ralliement de Fouzi Lekjjaa,  ministre délégué au budget, mais plus puissant que son titre ne laisse entendre, semble avoir revigoré, a ensuite réagi au communiqué du RNI. Son bureau politique indique avoir pris connaissance du texte et estime nécessaire « d’éclairer l’opinion publique, de lever toute ambiguïté et de rectifier » ce qu’il qualifie d’informations fallacieuses.

Le PAM s’indigne de voir son nom associé à des accusations de « violation de l’éthique de l’action politique et des règles d’une saine compétition démocratique ». Il rejette catégoriquement que des élus ou responsables aient subi des pressions ou des contraintes pour rejoindre ses rangs.

Le parti assure que l’adhésion de militants et élus repose sur la conviction et le libre choix. Il affirme qu’il « n’a contraint, ne contraint et ne contraindra » aucun citoyen à le rejoindre, invoquant la loi et le principe de liberté d’appartenance politique garanti par la Constitution.

Selon lui, l’élargissement de ses rangs repose sur « le dialogue et la persuasion », pour attirer des profils convaincus par son projet.

Le précédent des élections de 2021

Le PAM rappelle les élections de 2021. Il rappelle que le Rassemblement national des indépendants avait alors présenté plus de 17 parlementaires issus de cinq partis différents, dont six anciens parlementaires du PAM.

Il ajoute : plusieurs dizaines d’élus locaux et de membres de la Chambre des conseillers avaient aussi changé d’étiquette. Le PAM affirme n’avoir pas considéré ces mouvements comme une violation des règles de la compétition politique, mais comme l’expression de la « liberté du choix politique ».

Le parti insiste sur le respect, dans ses propres investitures, des règles constitutionnelles et juridiques en vigueur.

« Nous n’accepterons de leçons de personne »

La réponse du PAM prend un ton plus tranchant. Le parti affirme qu’il « n’acceptera de leçons de personne en matière de respect de la loi ou d’engagement envers les règles de l’action politique et institutionnelle ».

Il réaffirme son attachement à une « pratique politique responsable », à une compétition démocratique loyale et à la liberté d’appartenance. Ses portes resteront ouvertes aux compétences adhérant à son projet et choisissant « en toute liberté et indépendance » de rejoindre ses rangs.

À l’approche du scrutin, le bras de fer entre deux piliers de la majorité gouvernementale est désormais public. Les transferts d’élus et de candidats deviennent un sujet central de confrontation. Entre accusations de débauchage, rappels des précédents et défense de la liberté de choix politique, la campagne électorale vient de trouver l’un de ses premiers grands fronts.

La querelle révèle ainsi les tensions que la bataille des investitures fait désormais apparaître au sein même de la coalition gouvernementale.

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