Le PJD face au PAM entre ligne rouge et alliance possible - Par Bilal Talidi

Le PJD face au PAM entre ligne rouge et alliance possible  - Par Bilal Talidi

Contrairement Benkirane et Bouanou, Elazami et Azami affichent la virulence traditionnelle du PJD à l’égard du PAM. Divergences ou distribution des rôles

1
Partager :

En concentrant sa campagne sur le RNI tout en ménageant le PAM et Fouzi Lekjaa, le PJD privilégie un discours fondé sur la crédibilité et la probité. Bilal Talidi relève toutefois que ses dirigeants affichent des positions contradictoires sur les alliances et les attitudes à légard des partis, une distribution des rôles ou une ambiguïté qui pourrait devenir décisive au lendemain du scrutin.

Bilal Talidi

Une campagne politique avant d’être programmatique

Le programme électoral du Parti de la justice et du développement marque une rupture nette avec ceux de 2007 et de 2011. Les indicateurs chiffrés et les promesses sur l’emploi, le pouvoir d’achat ou la protection sociale y occupent une place réduite. Le contraste est d’autant plus visible face aux promesses considérables du Rassemblement national des indépendants et du Parti authenticité et modernité.

Ce choix est assumé. Sur décision de son secrétaire général, le PJD refuse de promettre ce qu’il ne pourrait tenir et écarte les chiffres dont ils ne maitrisent pas les conséquences. Il préfère une campagne politique plutôt que programmatique. À ses yeux, la difficulté du Maroc ne tient pas au manque de mesures, mais à l’absence, à la tête du gouvernement, d’un parti doté d’une forte crédibilité et d’une réelle probité politique, qui n’est naturellement que lui.

Le RNI comme cible principale

La confrontation avec le RNI constitue l’axe central de la campagne, sans soute alimenté par la vieille rancune de Benkirane qui considère que la RNI a été le moteur de son éviction de la primature en 2016. Elle prend ainsi une dimension personnelle, le PJD visant un homme qui aurait bâti son influence et constitué autour de lui des réseaux d’intérêts. Le parti attribue quasi exclusivement à ces réseaux une part de la tension sociale révélée lors des manifestations de la génération Z et des événements de Sebta. Il insiste aussi sur le besoin, pour la monarchie, de compter sur un parti crédible face aux défis.

Cette offensive épargne presque tous les autres partis. Le secrétaire général affirme n’avoir cité Driss Lachgar et Hamid Chabat qu’en réponse à leurs critiques. Il n’adresse aucun reproche au Parti de l’Istiqlal, membre de la coalition gouvernementale, et évite de s’en prendre à Fouzi Lekjaa. Ses attaques contre le PAM restent rares et mesurées face à celles visant le RNI.

Comme autrefois avec Aziz Akhannouch, le dirigeant du PJD dit entretenir de bonnes relations, voire des rapports amicaux, avec Fouzi Lekjaa, dont il salue la compétence. Dans une comparaison volontairement caricaturale, il estime que Lekjaa sait conduire, mais que la voiture dans laquelle il se trouve est en mauvais état. Il continue pourtant de rappeler que le PAM était vicié dès sa création, puisqu’il aurait été fondé pour combattre les islamistes et placer les gens sous son contrôle. La critique vise donc l’origine et la fonction du parti, sans devenir une attaque personnelle contre Lekjaa.

Des messages contradictoires sur le PAM

Cette prudence ne se retrouve pas chez tous les dirigeants du PJD. Abdellah Bouanou, moins incisif dans la campagne que lors de ses anciennes batailles parlementaires, a laissé entendre qu’une alliance avec le PAM pourrait être envisagée pour former le gouvernement. Idriss Azami, secrétaire général adjoint, soutient au contraire que la ligne rouge contre ce parti est devenue encore plus rouge. Répondant à Fouzi Lekjaa, il l’a accusé d’assumer une part de responsabilité dans le soutien accordé aux « prédateurs ». Selon lui, le PAM représente un danger supérieur parce qu’il réunit contrôle politique et prédation économique.

À Oujda, le ton s’est encore durci. Abdelaziz Aftati et El Mokri’e Abou Zaïd ont qualifié le PAM de parti d’Escobar, de la drogue et de la prédation économique. Les déclarations d’Aftati peuvent s’expliquer par le contexte local et par un parcours politique resté constant dans l’excessif. Poursuivi en justice pour des propos de même nature, il avait été acquitté en appel. À l’échelle nationale, cependant, la divergence des discours brouille les contours de la stratégie du parti.

Le pragmatisme du secrétaire général

La conduite du secrétaire général paraît plus cohérente. L’hostilité au PAM demeure, mais ouverte à une entente si le parti était incarné par une personnalité jugée compétente comme Fouzi Lekjaa. L’ambiguïté préserve ses options, conscient qu’une ligne radicale fermerait la porte à une alliance ; et un rapprochement avec la modération de Bouanou provoquerait de fortes réactions internes.

Bouanou raisonne déjà en fonction de l’après-scrutin. Dans un contexte de confrontation entre le RNI et le PAM, chacun affirmant qu’il ne s’alliera pas avec l’autre, la campagne menée contre le RNI commande, selon lui, de ne pas exclure une entente avec le PAM. Azami semble au contraire privilégier les nécessités immédiates de la compétition électorale. Ses propos peuvent aussi relever d’une répartition des rôles : il dirait sur Fouzi Lekjaa ce que le secrétaire général pense sans l’exprimer. Les traditions politiques marocaines séparent d’ailleurs volontiers le temps des alliances de celui des élections, même après des attaques particulièrement virulentes.

Une alliance que la base refuse encore

Le PJD a revu à la baisseson programme, affiché son ambition d’arriver en tête et donné à sa campagne une forte tonalité politique. Il se présente aux élites dirigeantes comme le parti le plus fidèle à la monarchie et le mieux placé pour la soutenir face aux crises. Contre le gouvernement, il utilise surtout l’accusation de conflit d’intérêts. Sa stratégie d’alliance reste indécise. Son secrétaire général maintient ouverte la possibilité de composer avec tous les partis, sauf le RNI, tandis que d’autres dirigeants oscillent entre refus idéologique et pragmatisme.

S’il arrive en tête, peu probable, ou réalise une avancée importante, le PJD devra éventuellement s’allier à un ou deux partis ayant obtenu de bons résultats. Sa position envers le PAM deviendra alors incontournable. Or le parti n’a ni arrêté une ligne claire ni préparé sa base à accepter ce choix de nécessité, pourtant le plus vraisemblable. Marqués par leur formation politique, le passé conflictuel entre les deux partis et l’influence d’une partie des cadres du parti, de nombreux militants ne sont pas prêts à accepter une alliance avec le PAM, encore moins avec Aziz Akhannouch ou Driss Lachgar.

lire aussi