Marocains du monde : repenser le lien et accélérer et accélérer la restructuration des instances RME – Par Bilal Talidi

 Marocains du monde : repenser le lien et accélérer et accélérer la restructuration des instances RME – Par Bilal Talidi

Driss El Yazami, président du CCME est avec Nasser Bourita, ministre des AE, en charge des RME et Omar Azimane, président de la Fondation Hassan II pour les RME, l’un des trois responsables en charge des Marocains du Monde, un secteur en attente de la réforme institutionnelle à laquelle a appelé le Roi

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Chaque été, la question des Marocains résidant à l’étranger (MRE) revient au cœur du débat national. Entre perceptions négatives, critiques récurrentes et attentes non satisfaites, l’enjeu dépasse, pour Bilal Talidi, les simples flux financiers pour interroger la vision stratégique de l’État envers cette communauté, ainsi que la place qu’elle souhaite occuper dans l’avenir du pays.

Par Bilal Talidi

Un débat récurrent et des perceptions négatives

Avec l’arrivée de l’été, le retour des MRE au Maroc suscite discussions et rumeurs, notamment sur la baisse supposée des arrivées et sur les raisons de ce recul. Certains dénoncent une vision réductrice des autorités, qui ne verraient en eux qu’une source annuelle de transferts financiers. D’autres pointent un manque de protection de leurs biens, des obstacles à l’investissement, ou encore le coût élevé des transports.

Au-delà de la véracité de ces reproches, ces perceptions reflètent un sentiment persistant : les efforts institutionnels consentis par l’État pour cette catégorie de citoyens ne répondent pas pleinement à leurs aspirations. D’où deux questions centrales : que veut l’État des MRE, et qu’attendent ces derniers de leur pays d’origine ?

Une vision de l’État ancrée dans plusieurs enjeux

Pour les autorités, les MRE jouent un rôle clé non seulement sur le plan économique, mais aussi en matière d’identité, de religion, de sécurité et de diplomatie culturelle. L’État a ainsi investi dans l’encadrement religieux, la vigilance sécuritaire et l’action diplomatique, protégeant à la fois les intérêts nationaux et la communauté à l’étranger.

Toutefois, le développement institutionnel autour de cette question reste sujet à débat. Certains y voient une évolution confuse et dispersée, freinée par la multiplicité des acteurs et par un manque de coordination. Consciente de ces limites, l’État a reconnu la nécessité d’une réorganisation profonde.

La restructuration voulue par Roi…

Dans son discours pour la 49e anniversaire de la Marche verte, le Roi a appelé à restructurer les institutions dédiées aux MRE afin d’éviter les chevauchements de compétences et de mieux répondre à leurs besoins actuels. Cette réforme prévoit la création de deux entités complémentaires :

- Une institution constitutionnelle chargée du pilotage stratégique et de la réflexion prospective.

- Une structure exécutive relevant du gouvernement pour la mise en œuvre opérationnelle des politiques publiques.

Cet équilibre institutionnel vise à rompre avec les approches traditionnelles, à renforcer la confiance et à combattre les représentations négatives qui persistent au sein de la diaspora.

… une réforme institutionnelle en attente

La réponse à la question centrale — que veut l’État des MRE et que veulent-ils de lui — semble devoir passer par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, institution constitutionnelle appelée à jouer un rôle stratégique. Mais son activation reste suspendue à l’adoption, par le gouvernement, du nouveau texte législatif qui le régira, conformément à l’appel du Roi. Ce retard entretient un vide qui laisse perdurer des débats anciens, notamment sur la participation politique des MRE, et nourrit un sentiment de citoyenneté diminuée chez certains d’entre eux.

 

La problématique ne se limite pas à la lenteur des autorités. Certains représentants de la diaspora limitent leur engagement à la conquête de postes politiques ou institutionnels, y voyant un moyen d’accéder à des privilèges. Les partis, de leur côté, considèrent parfois les MRE comme un simple réservoir électoral, instrumentalisant leur poids pour consolider ou conquérir le pouvoir.

Or, la communauté marocaine à l’étranger n’est plus homogène : elle regroupe désormais plusieurs générations, des pionniers de l’émigration aux jeunes nés à l’étranger, dont le lien avec le Maroc est plus culturel que vécu. Cette diversité appelle une approche différenciée, capable de répondre à des besoins multiples et à des attentes variées.

Vers une mobilisation des compétences

Si l’identité, la religion et le lien au pays constituent un socle commun, les politiques actuelles, centrées sur la simplification des procédures d’investissement, ne concernent qu’une fraction des MRE. Beaucoup souhaitent surtout voir leurs expertises reconnues et mobilisées. La création de forums professionnels — réunissant médecins, ingénieurs ou spécialistes de divers domaines avec leurs homologues au Maroc — pourrait devenir un puissant levier de développement, en enrichissant les politiques publiques par des idées innovantes et en identifiant des talents pour des fonctions de haut niveau.

Sans cette ouverture, les mêmes griefs reviendront chaque été : prix élevés des transports, coûts hôteliers prohibitifs, accueil perfectible, procédures administratives lourdes. Et à terme, une partie des nouvelles générations pourrait se détacher irrémédiablement, convaincue que leur pays d’origine ne cherche pas à valoriser ni leur savoir-faire, ni leur contribution au développement.