Après Sebta, l’Europe tente de restaurer son unité, Rabat dénonce un partenariat à sens unique

Après Sebta, l’Europe tente de restaurer son unité, Rabat dénonce un partenariat à sens unique

D’un coté une supposée dernière frontière européenne en Afrique, de l’autre le Maroc indépendant, entre les deux des fils barbelés, au 21è siècle Sebta et Mellilai perpétuent une situation anachronique du colonialisme ( Photo Abdel Majid Bziouat / AFP)

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Après les tensions provoquées par l’afflux massif de migrants à Sebta, les États membres de l’Union européenne tentent de rétablir une unité mise à mal par leurs divergences sur la politique migratoire. Tandis que Bruxelles et Madrid veulent considérer la crise comme dépassée, Rabat exprime son mécontentement face à un partenariat jugé déséquilibré et appelle à redéfinir les responsabilités entre le Maroc et l’Europe.

Faire retomber la température : les Européens ont cherché mardi à enterrer la hache de guerre après la crise migratoire à Sebta et les vives tensions diplomatiques qu'elle a provoquées.

L'afflux de dizaines de milliers de personnes dans cette ville dans le nord du Maroc " a mis (les Européens) à l'épreuve", a souligné le commissaire européen chargé des questions migratoires, Magnus Brunner.

"C'était une crise, mais heureusement, elle est désormais derrière nous", a-t-il souligné à l'issue d'un échange entre les 27 pays de l'UE.

L'incident est clos: voilà le message que l'UE et ses Etats membres ont essayé de relayer après une réunion d'urgence entre ministres de l'Intérieur.

Durant plus de trois heures, ces responsables sont revenus sur l'épisode de Sebta, qui a mis en lumière les fragilités de la coopération européenne sur les questions migratoires.

"Tous les Etats membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l'Espagne", a souligné le ministre français Laurent Nuñez. En fait ils ont retrouvés la voie de la solidarité une fois la crise passée particulièrement grâce à la coopération marocaine.

Pour l’agence française AFP, c’est une démonstration d'unité qui contraste nettement avec les vives tensions apparues au plus fort de la crise.

"Menace pour l'Europe"

A coups de missives, contre-missives et d'invectives sur les réseaux sociaux, deux camps se sont opposés plusieurs jours durant.

Il y avait d'un côté l'Espagne de Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche plus ouverte en matière migratoire.

De l'autre, les Etats de l'UE partisans d'une ligne migratoire très ferme, comme l'Italie ou le Danemark.

Dès les premières photos et vidéos de migrants franchissant la frontière hispano-marocaine à pied ou à la nage, ces pays sont montés au créneau, déplorant qu'une "immigration incontrôlée" constitue "une menace pour l'Europe".

Les tensions se sont d'abord concentrées autour de l'espace Schengen, cette zone de libre circulation européenne dont l'Italie a réclamé dès jeudi que l'Espagne soit exclue -- une mesure politiquement explosive et contraire au droit européen.

Puis autour de divergences bien plus larges sur les questions de solidarité, de fermeté.

"Égoïste"

Le Premier ministre espagnol s'est ainsi emporté durant le week-end contre l'attitude "égoïste" de certains pays de l'UE.

Quand 22 pays, emmenés par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne ou la Hongrie, ont au contraire continué à défendre leur ligne de fermeté sur l'immigration.

Et  ont profité de l’aubaine pour courtiser l’extrême droite européenne en promouvant les nouvelles règles européennes, qui autorisent notamment l'envoi de migrants dans des centres situés hors des frontières de l'Union européenne, .

Plusieurs capitales poussent activement ce modèle et espèrent conclure les premiers accords d'ici à la fin de l'année, possiblement au Rwanda, en Ouganda, au Ghana ou encore en Ouzbékistan.

Selon l’AFP, la France a choisi de ne pas se rallier à ce camp, jugeant qu'une telle lecture revenait à instrumentaliser la crise survenue dans l'enclave espagnole. Et que l'immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc.

Selon le ministre espagnol de l'Intérieur, 72.000 migrants sont entrés illégalement à Ceuta entre jeudi et vendredi derniers, dont 70.000 sont déjà retournés au Maroc. Les chiffres établis par une source gouvernementale marocaine rapportés. Par l’agence marocaine MAP parlent de 40.000.

A en croire les déclarations publiques, l'ambiance autour de toutes ces questions a été bien plus conciliante mardi. Le Danemark, qui alertait la semaine dernière sur la menace qu'une "immigration incontrôlée" constituait pour l'Europe, s'est ainsi dit "très satisfait" de la réponse espagnole à Sebta.

Rabat dit son mécontentement de l’attitude européenne

La veille, Rabat, sur un ton qui dénonce sans le dire explicitement, a affirmé avoir toujours assumé pleinement sa part dans la lutte contre l’immigration clandestine, au prix d’importants moyens humains, techniques et financiers. Après les événements de Sebta, une source gouvernementale marocaine met en cause les conséquences d’une décision judiciaire espagnole, critique l’instrumentalisation politique de la crise et appelle à revoir les règles d’un partenariat qui ne peut plus fonctionner à sens unique.

Le manque de rigueur, de recul et de volonté de préserver l’équilibre du partenariat conduit Rabat à une conclusion : les règles d’engagement doivent changer. Le Maroc protège son territoire, mais personne ne peut le faire à sa place.

Le Royaume refuse d’être réduit au rôle de gendarme ou de concierge de l’Europe. Il se définit comme un partenaire souverain, fiable et engagé, non comme un sous-traitant chargé d’exécuter une politique décidée ailleurs. Le partenariat ne peut être à sens unique ni reposer sur une répartition déséquilibrée des responsabilités, a précisé la source gouvernementale qui a également mis en cause la justice espagnole.

Le 8 juillet, un juge espagnol a décidé que l’arrivée par voie maritime de migrants en situation irrégulière les mettait à l’abri d’une reconduite automatique. Or cette mesure, indique Rabat, constituait un élément central du dispositif dissuasif. Aux yeux des trafiquants, des passeurs et des candidats à la migration clandestine, le jugement a été interprété comme une immunisation de fait de l’accès illégal par voie maritime. (Quid avec AFP)

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