Quand l’enfer migre aussi ! – Par Abdelahad Idrssi Kaitouni

Quand l’enfer migre aussi ! – Par Abdelahad Idrssi Kaitouni

La Norvège, qui passait pour l’un des pays Européens les plus accueillant a dès 2015 a commencé à redouter que les migrants ne se tournent vers elle et entamé son durcissement. C’est pour dire que l’herbe n’est pas plus nulle part en Europe

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Au vu du désarroi d’une jeunesse tentée par l’émigration, Abdelahad Idrissi Kaitouni refuse de réduire le Maroc à un « enfer » dont il faudrait à tout prix s’échapper. Il interroge les responsabilités collectives, le poids des inégalités et surtout la persistance du mirage occidental, entretenu par les médias et les réseaux sociaux. Face à des sociétés d’accueil de plus en plus hostiles aux migrants, il appelle à déconstruire l’image d’un ailleurs pas forcément meilleur et à regarder sans complaisance les réalités des deux rives.

 Abdelahad Idrissi Kaitouni 

Est-ce que le Maroc est un enfer que sa jeunesse cherche à fuir ? Atteint-il le niveau de l’intolérable au point que les jeunes lui préfèrent la mort ? On peut continuer indéfiniment ce type de questionnement, juste pour arriver à la conclusion, voulue par certains, comme quoi, au Maroc, la vie est infernale. 

Je me refuse de me livrer à cet abominable jeu de massacre, dans lequel excelle une horde de moralisateurs en tout genre, prêts à dégainer chaque fois que les choses prennent une tournure non conforme à leur vision étriquée du monde. Ces défenseurs de la veuve, de l’orphelin et des plus précaires montent au créneau pour critiquer vertement tout ce qui va mal, occultant par la même occasion le rôle qu’ils pourraient eux-mêmes avoir joué dans la dégradation de la situation. 

Les critiques de nos moralisateurs de salons et de Facebook, s’appliquent parfaitement à moi aussi. Oui j’avoue, même si cela peut paraître surprenant, que je me sens à la fois responsable et parfois coupable de ce qui frappe notre jeunesse. Je ne vais pas m’exonérer juste parce que je n’ai jamais occupé une position me permettant d’influer sur le cours des choses. Le seul fait de m’être laissé aller à accepter, sans rechigner certaines largesses de la vie, d’avoir profité des avantages que s’est appropriés ma classe sociale, n’absout en rien ma responsabilité. Pire, mon silence, qui trahit ma lâcheté, rajoute à ma culpabilité. Me voilà donc tout nu, cherchant une repentance face à une jeunesse qui s’est jetée à l’eau, comme pour renforcer ma culpabilité.

J’arrête là, la flagellation que je m’inflige inconsidérément, et je reviens à cette notion, trop galvaudée, qui qualifie toute difficulté de la vie comme un enfer ! Déjà J. P. Sartre avait, quelque peu édulcoré cette notion en affirmant que : « l’enfer, c’est l’autre. ! ». Oui, la promiscuité de l’autre, de tous les autres, ne semble être là que pour vous pomper l’air, jusqu’à le rendre irrespirable ! Serait-ce alors un enfer que vous vivez ? 

Non, mais ça reste une manière pertinente d’affirmer que l’enfer peut revêtir toutes les formes possibles et imaginables. En langage courant, vivre l’enfer, c’est tout bonnement vivre une situation très difficile !

Peut-on affirmer que le Maroc est un enfer pour ses jeunes ? On est tenté de répondre par l’affirmative quand on observe l’engouement que ces jeunes mettent pour rejoindre des contrées assimilées à l’eldorado. L’herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, comme dit ce très vieil adage ? 

Pour mieux appréhender la réalité, il faut analyser avec soin les profils des candidats à l’immigration. L’éventail est très large : sûrement il y en a qui vivent une extrême précarité et qui, pour s’en sortir, vont jusqu’à tenter des actes désespérés. Mais, je me suis laissé dire qu’une majorité d’entre eux, ne sont pas dans cette détresse absolue, et ne sont tentés que par l’aspiration à une vie meilleure. Même que certains appartiendraient à des couches sociales pas si défavorisées, mais que l’absence de perspectives d’amélioration de leur avenir, incline à choisir l’exile. 

Pourquoi cette catégorie accepte-t-elle de prendre des risques inconsidérés ? La réponse se résume en un mot : le mirage. L’imaginaire collectif renvoie de l’Occident une image idyllique, au point de laisser croire qu’il suffit de s’y installer, pour que tous les problèmes disparaissent, comme par enchantement. Le paradis en somme ! 

Les médias et surtout les réseaux sociaux, ont tendance à magnifier quelques rares réussites, mais omettent de rapporter les drames et tragédies, qui sont les lots de la majorité. Il est vrai qu’à un moment donné, la vie en Occident paraissait très attractive. Mais ces dernières décennies la dégradation de la qualité de vie est flagrante. Pourquoi continuer à entretenir l’illusion sur ces contrées qui paraissaient paradisiaques, alors que la prospérité semble les déserter pour de bon.

Matériellement l’Occident-paradis est en passe de disparaître, au même moment, socialement, il se transforme en un enfer pour les migrants. Continuer à lui attribuer des perspectives enchanteresses, est le pire des services qu’on rend à notre jeunesse. On se doit ici, de souligner l’impardonnable culpabilité des réseaux sociaux, qui continuent à véhiculer des images qui ne correspondent plus à la réalité. 

Il est nécessaire que les pouvoirs publics s’inscrivent dans une grande campagne de démystification de la qualité de vie en Occident. Sans aller jusqu’à parler des problèmes économiques qui le menacent, il faut rappeler à tous les difficultés, sinon l’impossibilité de la cohabitation entre les communautés constitutives des populations des pays d’accueil. 

La réalité criante est que le vivre-ensemble n’est plus une aspiration occidentale. Depuis déjà plusieurs années, ce qu’on appelle abusivement « libération de la parole » est devenu un droit, pour ne pas dire un devoir d’insulter les migrants, leurs origines, leurs religions, leurs traditions, jusqu’à leurs couleurs. 

On assiste à l’émergence d’un suprémacisme blanc un peu partout en Occident, de Paris à Washington en passant par Berlin et bien d’autres contrées européennes, dont la seule raison d’être est d’éviter la « souillure de leur race ». Prenons un exemple qui nous semble proche et que. Nous connaissons le mieux : la France. À quelques mois des élections présidentielles, on assiste à un véritable climat insurrectionnel, où les médias déchaînés sévissent, avec une extrême férocité contre tout ce qui n’est pas français de souche. 

Une attitude des plus pitoyables ! Si elle n’atteint pas encore le sommet de l’horreur, c’est que ces Français ont un besoin impérieux de médecins, de personnel soignant, d’éboueurs, de serveurs et de cette multitude de petites mains sans lesquelles la vie s’arrête en France. 

Donc, l’immigration sait faire vivre la France. Loin d’être reconnaissants, les médias et les politiques, n’ont jamais été aussi violemment antimigrants, et donnent l’impression de chercher à enterrer le vivre-ensemble.  Le climat est très pesant, et il y a tout lieu de redouter la survenue d’une explosion. À coup sûr, c’est les migrants qui en feront les frais ! 

Comment l’opinion française se résigne-t-elle à cette perspective de chaos ? Le chaos et la violence seraient-il propres aux seules cultures mortifères comme le sionisme ? Dans ce cas, on ne doit pas s’étonner que la conversion de la France au sionisme, ne la conduise à une acceptation tacite du chaos et de la violence. 

Ces réalités doivent être dites et redites à nos jeunes, jusqu’à les imprégner de l’idée que hors de nos frontières, il y a des enfers impitoyables. Et dans la hiérarchie des malheurs, le Maroc n’est pas ce qu’il y a de pire !

Bouznika le 6 août 2026