chroniques
Anus, douleurs et dignité : lever le tabou médical à Tanger
Fissures, hémorroïdes, fistules, incontinence… des mots restent murmurés, tus ou évités
Longtemps reléguées au rang des sujets honteux, les pathologies anales sortent enfin de l’ombre. À l’occasion d’un congrès international inédit à Tanger, écrit Dr Anwar Cherkaoui, médecins, chirurgiens et spécialistes entendent briser le silence autour de ces douleurs intimes, souvent ignorées, toujours invalidantes. Une parole libérée pour une médecine plus humaine.

Les maladies dont on ne parle pas
Fissures, hémorroïdes, fistules, incontinence… Ces mots restent murmurés, tus ou évités, comme si les souffrances qu’ils désignent étaient indignes d’être dites. Et pourtant, ce sont des douleurs bien réelles, des handicaps du quotidien vécus dans la solitude par des milliers de Marocains.
Parmi elles, l’incontinence anale figure parmi les plus invalidantes. Résultat de traumatismes multiples — accidents, accouchements difficiles, effets secondaires de traitements contre le cancer ou violences sexuelles — elle reste trop souvent un fardeau invisible. Elle isole, elle entrave, elle humilie. Mais elle peut être soignée.
Un combat humain
C’est dans ce contexte que Tanger accueillera les 12, 13 et 14 juin 2025 un congrès international majeur sur la coloproctologie. Organisé par l’Amicale des chirurgiens du nord du Maroc et la Société méditerranéenne de colpoproctologie, cet événement s’annonce comme un tournant pour la reconnaissance et la prise en charge de ces pathologies.
À l’initiative des Drs Fouad El Bakkali, Abdellalek Tekkal et leurs confrères, cette rencontre rassemblera des experts venus du monde entier : chirurgiens spécialisés, gastroentérologues, kinésithérapeutes, chercheurs en biomécanique, ingénieurs en dispositifs médicaux… Objectif : partager les dernières avancées en matière de réparation sphinctérienne, neurostimulation, rééducation fonctionnelle.
Briser les tabous, restaurer la dignit
Mais au-delà des techniques, c’est une révolution culturelle que ce congrès veut initier. En mettant en lumière des douleurs longtemps tues, en formant les soignants à écouter sans juger, les organisateurs affirment une conviction simple : aucune souffrance ne mérite le silence.
« Briser le silence, c’est soigner avec respect et justice », insistent les Drs El Bakkali et Tekkal. Tanger devient ainsi un symbole : celui d’une médecine moderne, inclusive, libérée des non-dits.