Hantavirus : Les maladies émergentes nous rappellent que la santé humaine reste étroitement liée à l’environnement

Hantavirus : Les maladies émergentes nous rappellent que la santé humaine reste étroitement liée à l’environnement

Des évacués espagnols vêtus de combinaisons de protection blanches montent à bord d'un Airbus A310 de l'armée de l'air espagnole à l'aéroport Tenerife Sur-Reina Sofia, après avoir été évacués du MV Hondius, un navire de croisière battant pavillon néerlandais touché par le hantavirus, sur l'île de Tenerife, dans les îles Canaries (Espagne), le 10 mai 2026 (Photo AFP)

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À l’heure où les maladies infectieuses émergentes continuent d’interpeller les systèmes de santé à travers le monde, un virus encore peu connu du grand public attire l’attention des spécialistes : le Hantavirus. À l’occasion du 24ème Congrès national de la Société Marocaine de Lutte contre les Maladies Infectieuses, organisé à Marrakech les 15 et 16 mai, Dr Anwar CHERKAOUI a rencontré Pr Said ZOUHAIR, spécialiste en virologie et en microbiologie, président de ce congrès et doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech, afin de mieux comprendre les enjeux liés à ce virus discret mais potentiellement redoutable.

                  

Pr Said ZOUHAIR, spécialiste en virologie et en microbiologie, président de ce congrès et doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech (G) et Dr Anwar Cherkaoui

Dr A. CHERKAOUI :

Le hantavirus commence à faire parler de lui dans les médias scientifiques internationaux.

De quoi s’agit-il exactement ?

Pr Said ZOUHAIR :

Le hantavirus est un virus transmis essentiellement par certains rongeurs sauvages.

Il demeure relativement rare, mais il suscite depuis plusieurs années une attention particulière de la communauté scientifique et des autorités sanitaires internationales en raison de sa capacité à provoquer des formes cliniques parfois sévères chez l’être humain.

Selon les souches virales et les régions du monde, il peut toucher principalement les poumons ou les reins.

 Dr A. CHERKAOUI :

Comment l’être humain peut-il être contaminé ?

 Pr S. ZOUHAIR :

La contamination survient le plus souvent de manière indirecte. L’homme inhale des particules contaminées provenant de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés. Les situations à risque concernent surtout les espaces fermés restés longtemps inhabités, comme les caves, les greniers, les cabanes ou certains entrepôts où les rongeurs ont circulé.

 Dr A. CHERKAOUI :

Les symptômes sont-ils facilement reconnaissables ?

 Pr S. ZOUHAIR :

Pas toujours. Les premiers signes ressemblent souvent à un syndrome grippal banal, avec de la fièvre, une grande fatigue, des douleurs musculaires, des maux de tête et parfois des troubles digestifs. Cette ressemblance avec d’autres infections virales peut rendre le diagnostic difficile au début de la maladie.

 Dr A. CHERKAOUI :

Pourquoi ce virus inquiète-t-il autant les spécialistes des maladies infectieuses ?

 Pr S. ZOUHAIR :

Parce que certaines formes peuvent évoluer rapidement vers des complications graves. Dans certaines régions des Amériques, des atteintes pulmonaires aiguës peuvent entraîner une détresse respiratoire sévère.

En Europe et en Asie, certaines souches provoquent surtout des atteintes rénales parfois associées à des manifestations hémorragiques.  Même si ces formes restent rares, elles nécessitent une prise en charge médicale rapide et spécialisée.

 Dr A. CHERKAOUI :

Existe-t-il aujourd’hui un traitement spécifique contre le hantavirus ?

 Pr S. ZOUHAIR :

À ce jour, il n’existe pas encore de traitement antiviral spécifique universellement reconnu comme totalement efficace contre les hantavirus. La prise en charge repose principalement sur le traitement des symptômes, la surveillance hospitalière et, dans les formes graves, les soins intensifs et l’assistance respiratoire.

 Dr A. CHERKAOUI :

La prévention semble donc jouer un rôle central…

 Pr Said ZOUHAIR :

Absolument. La prévention reste notre meilleure arme. Il est recommandé d’éviter tout contact avec les rongeurs, d’aérer les locaux fermés avant leur nettoyage et d’utiliser des protections adaptées comme des gants et des masques lorsqu’on manipule des zones potentiellement contaminées.  Il faut également éviter de balayer à sec les poussières dans des endroits susceptibles d’avoir été infestés par des rongeurs.

 Dr A. CHERKAOUI :

Quel message souhaitez-vous adresser au grand public et aux professionnels de santé à travers ce congrès ?

 Pr Said ZOUHAIR :

Les maladies émergentes nous rappellent que la santé humaine reste étroitement liée à l’environnement, au monde animal et aux équilibres écologiques. Le hantavirus illustre parfaitement cette réalité. La vigilance scientifique, la surveillance épidémiologique, l’information du public et la coopération internationale demeurent essentielles pour anticiper les risques infectieux de demain.