Santé
Errance médicale : quand le temps coûte cher aux malades rhumatismaux
Dans les salles d’attente des cabinets médicaux, une histoire se répète trop souvent : celle de patients souffrant de douleurs articulaires diffuses, fatigués, parfois incompris, qui passent de consultation en consultation
Au 36e congrès de rhumatologie organisé cette semaine à Tanger, la question de l’errance médicale est mise en avant comme un facteur aggravant des maladies rhumatismales. Marquée par des retards de diagnostic et une succession de consultations sans réponse claire, cette situation a des répercussions humaines, économiques et psychologiques importantes, tant pour les patients que pour le système de santé, soulignant l’enjeu d’une prise en charge précoce et mieux structurée.

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Le 36eme congrès de rhumatologie, organisé les 6, 7 et 8 mai 2026 à Tanger, s’attaque à une thématique qui nuit fondamentalement aux maladies rhumatismales : l’errance médicale.
Dans les salles d’attente des cabinets médicaux, une histoire se répète trop souvent : celle de patients souffrant de douleurs articulaires diffuses, fatigués, parfois incompris, qui passent de consultation en consultation avant qu’un diagnostic précis ne soit posé.
Cette période, appelée errance médicale, est particulièrement fréquente dans des pathologies comme la polyarthrite rhumatoïde, la spondyloarthrite ou le lupus, indique Pr Abdellah El Maghraoui, président de la Société Marocaine de Rhumatologie ( SMR).
Et si l’errance médicale est douloureuse humainement, elle l’est tout autant sur le plan économique. Le retard diagnostique alourdit considérablement la charge qui pèse sur le patient.
La maladie progresse en silence, entraînant des lésions irréversibles, une perte de mobilité et parfois un handicap durable. Sur le plan financier, les dépenses s’accumulent. Les consultations se multiplient, les examens sont répétés, les traitements prescrits ne sont pas toujours adaptés.
À cela s’ajoutent les conséquences indirectes, comme les arrêts de travail, la baisse de rendement professionnel ou la perte d’emploi dans les formes les plus sévères.
L’impact psychologique, lui aussi, est réel et souvent sous-estimé. La famille devient alors un soutien essentiel, mais aussi une victime collatérale de cette errance. Elle compense les incapacités, organise le quotidien et participe parfois au financement des soins.
Cette implication se traduit par des sacrifices professionnels, des dépenses imprévues et un déséquilibre dans la vie familiale. Les enfants peuvent eux aussi ressentir les effets de cette situation, avec des répercussions sur leur équilibre et leur parcours.
Du côté du système de santé, les conséquences sont tout aussi importantes. Les organismes de remboursement comme la CNSS, la CNOPS ou les assurances privées doivent faire face à une utilisation inefficiente des ressources.
Les examens redondants, les consultations répétées et les traitements non ciblés représentent un coût évitable. Lorsque la maladie est diagnostiquée tardivement, la prise en charge devient plus lourde et plus coûteuse.
Les traitements sont plus complexes, les hospitalisations plus fréquentes et les interventions chirurgicales parfois inévitables.
La gestion du handicap nécessite également des moyens supplémentaires, qu’il s’agisse de rééducation ou d’aides techniques, précise Pr El Maghraoui.
Face à cette réalité, l’enjeu du diagnostic précoce apparaît comme une évidence. Mieux former les médecins à reconnaître les signes d’alerte, faciliter l’accès aux spécialistes et réduire les délais d’exploration permettent d’intervenir plus tôt.
Une prise en charge rapide par le médecin rhumatologue améliore non seulement l’évolution de la maladie, mais réduit aussi la charge économique globale.
L’errance médicale dépasse ainsi le cadre strictement médical. Elle interroge l’organisation du système de santé et la place accordée à la prévention.
Derrière chaque retard diagnostique, il y a une souffrance humaine, une fragilité familiale et un coût évitable pour la collectivité. Réduire cette errance, c’est faire le choix d’une médecine plus juste, plus efficace et profondément humaine, conclut Pr Abdellah EL MAGHRAOUI.