Après la libération du territoire… la libération des mentalités ! -Par Abdelhamid Jmahri

Après la libération du territoire… la libération des mentalités ! -Par Abdelhamid Jmahri

La première tâche des élites algériennes devrait donc être de dissocier la question du Sahara du problème des cercles boumédiénistes avec la monarchie. Ce n’est qu’à cette condition qu’un dialogue sincère pourra s’ouvrir.

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Après la libération du territoire, voici venue l’heure de la libération des mentalités. En remontant le cours de l’histoire et en interrogeant à sa lumière le sens même de l’autodétermination, Abdelhamid Jmahri démonte les paradoxes du discours algérien et met en lumière la cohérence du projet marocain : transformer un conflit artificiel en espace de souveraineté pacifiée. Entre leçons d’histoire, droit international et appel au dialogue, ce texte replace le Sahara dans sa vérité profonde : celle d’un Maroc réconcilié avec lui-même et ouvert sur la région.

Abdelhamid Jmahri

Une main tendue, une vérité à rappeler

Le ministre algérien Ahmed Attaf sait-il que le principe d’autodétermination a déjà été appliqué au bénéfice de l’unité algérienne lorsque la France a séparé ce pays de son Sahara ?

Et sait-il aussi que la marocanité du Sahara découle naturellement de la marocanité du Maroc ?

Ces deux questions, et celles qui suivront, ne sont ni des minorations ni des remises en cause. Elles visent à fonder un dialogue possible et une franchise nécessaire, après que le Roi Mohammed VI a, pour la dixième fois en un quart de siècle, tendu la main du Maroc aux frères algériens au nom de tout un peuple.

L’héritage d’un malentendu politique

Le premier à avoir dévoilé la contradiction algérienne dans le dossier du Sahara fut le défunt président tunisien Habib Bourguiba. Dans une interview à France Inter, un mercredi soir, à la veille du départ de la Marche Verte, il déclarait :

« L’autodétermination ne doit pas conduire à la désintégration des États, comme ce fut le cas pour les Kurdes. L’Algérie est intervenue pour mettre fin à la guerre que les Kurdes menaient contre l’Irak, alors qu’eux aussi réclamaient le droit à l’autodétermination. »

Cette phrase, restée célèbre, résume le paradoxe algérien. Pour nous, le constat est simple : l’autodétermination a été la supercherie du siècle, un prétexte qui aura survécu cinquante ans durant.

Ce que révèle l’entretien d’Ahmed Attaf avec la chine satellite de son pys, c’est moins une position politique qu’un ensemble de résidus psychologiques pour dissimuler le malentendu, la mauvaise foi et le déni persistant de la vérité. Ce n’est pas seulement le rejet du dernier vote du Conseil de sécurité ; c’est aussi la persistance d’une lecture biaisée du concept même d’autodétermination.

Ce que nous affrontons désormais, c’est une bataille pour la libération des mentalités dans le voisinage maghrébin. Le discours du ministre algérien montre que, plus encore que les velléités hostiles, ce sont les réflexes anciens et les intentions belliqueuses qui continuent de guider la pensée politique de l’État.

Libérer la pensée, dépasser les rancunes

Le Roi Mohammed VI a, à maintes reprises, cherché à aider les frères algériens à se libérer des pesanteurs mentales qui faussent leur lecture de l’histoire et de la réalité. Il a œuvré pour leur permettre de dépasser les séquelles d’une guerre dont beaucoup d’entre eux ont oublié les origines – hormis cette idée folle, née dans les années Boumediene, de vouloir abattre le régime marocain.

Le ministre Attaf a d’ailleurs démontré, à son insu, combien la diplomatie algérienne a perdu le fil conducteur de l’idée initiale. Le concept de « droit à l’autodétermination » a été travesti dès le départ : il ne s’agissait plus de permettre aux peuples de disposer d’eux-mêmes, mais de justifier une hostilité idéologique envers la monarchie marocaine, en associant sa défaite à une hypothétique partition du territoire.

La première tâche des élites algériennes devrait donc être de dissocier la question du Sahara du problème des cercles boumédiénistes avec la monarchie. Ce n’est qu’à cette condition qu’un dialogue sincère pourra s’ouvrir.

Le tournant du droit international

Les dirigeants algériens en planifiant le différent ont poursuivi un triple objectif : affaiblir l’économie marocaine, provoquer la chute de l’État à travers celle de la monarchie, et bâtir un régime alternatif sur ses ruines.

Or, il semble que la diplomatie algérienne n’a pas compris la portée du dernier tournant historique. A savoir que le Conseil de sécurité vient de mettre fin à la première grande illusion : celle du lien mécanique entre autodétermination et référendum. Cette équation, désormais caduque, marque la fin d’un mythe politique.

Le Maroc, grâce à un patient travail diplomatique et à la cohérence de sa position, a réussi à trancher une bataille les faits sur le terrain et le soutien international en une légitimité juridique claire. C’est là l’essentiel : le droit international consacre aujourd’hui la souveraineté marocaine sur son Sahara.

Cette évolution met un terme à une bataille de cinquante ans, entamée depuis l’avis consultatif de la Cour internationale de justice, qui avait ouvert la voie à toutes les interprétations – idéologiques, politiques, militaires et psychologiques.

Désormais, l’autodétermination ne signifie plus référendum ni séparation. Elle s’inscrit dans le cadre d’une autonomie réaliste et d’une souveraineté pleinement reconnue. Le Maroc a ainsi consolidé sa position en tant qu’État souverain, fort de la légalité internationale et du soutien du monde.

La référence onusienne de 1960

En revenant à la source — la résolution relative au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes — on constate qu’elle a été adoptée en 1960 par les Nations unies, notamment dans ses paragraphes 2 et 6.

La deuxième disposition stipule que « les peuples ont le droit de déterminer librement leur statut politique et d’assurer librement leur développement économique, social et culturel ».

La sixième précise que « toute tentative visant à porter atteinte, partiellement ou totalement, à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale d’un pays est contraire aux objectifs et aux principes de la Charte des Nations unies ».

On en déduit que « le droit à l’autodétermination ne peut entrer en contradiction avec le droit à l’indépendance et le droit à la souveraineté, ni porter atteinte à l’unité nationale, qui figure parmi les droits les plus fondamentaux ».

Le paradoxe historique algérien

Il est historiquement avéré  que la résolution  ci-dessus ait été adoptée au moment même où la lutte de libération algérienne battait son plein. Les archives de l’époque indiquent que « la France confinait l’entité algérienne aux seules régions septentrionales et refusait toute discussion sur la question de son Sahara ».

Au cœur de ces combats juridiques et politiques liés à la décolonisation, le raisonnement défendu par les mouvements de libération en Afrique, en Asie et en Amérique latine, ainsi que par leurs élites dirigeantes, était que le paragraphe 6 « réserve aux États désunis par le colonialisme le droit de rétablir l’unité de leur territoire national ». Cette lecture s’applique au Maroc plus qu’à d’autres pays, en raison du morcellement colonial dont il a souffert.

La récupération perverse du principe

Le néocolonialisme a, avec une perfidie notoire, instrumentalisé le principe d’autodétermination. Le principe lui-même est ainsi devenu un prétexte et un moyen pernicieux adopté par les forces fascistes espagnoles de l’époque, qui ont brandi le slogan de l’autodétermination et du référendum pour servir un dessein colonial.

Le Maroc, pour sa part, a mené des combats séculaires — contre les premières colonisations portugaises, contre l’occupation espagnole, puis face aux protectorats espagnol et français — pour préserver l’unité de son territoire. Il est donc impossible de mesurer la portée historique de la résolution sans remettre en perspective tout ce long processus de lutte anticolonial et la reconnaissance internationale qui en a découlé. Cette reconnaissance demeure l’un des actes les plus décisifs de ce long processus de libération.

Souveraineté, autonomie et réconciliation

La suite consiste à intégrer à la souveraineté les dimensions de l’autonomie, de la participation et de la réconciliation nationale. Et l’une des tâches majeures de la gestion de la crise, après que le Maroc a élaboré une approche conciliant guerre et paix, est de savoir user avec discernement à la fois du conflit direct et institutionnel, comme de la longue guerre d’usure. Il s’agit aussi de développer les équilibres régionaux de manière à encourager une réflexion juste pour qui veut bien penser avec clarté. Et l’on ne risquera pas de se tromper en affirmant que la noblesse du roi Mohammed VI est une qualité qui aide les autres à penser sainement, pour le bien de toute la région.