Après Madrid, place à la mise en œuvre ! Par Abdelhamid Jmahri

Après Madrid, place à la mise en œuvre ! Par Abdelhamid Jmahri

Massad Boulos, conseiller du président américain et l’envoyé personnel du SG de l’ONU Staffan de Mistura, L’annonce américaine à l’issue de la Réunion de Madrid installe la supervision internationale, conjointe entre les États-Unis et l’ONU.

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Le communiqué américain sur la réunion de Madrid marque le passage d’une phase de négociations à celle de la mise en œuvre de la résolution 2797 consacrant l’autonomie sous souveraineté marocaine. Abdelhamid Jmahri sonde ses termes et explore la réunion de Madrid où, sous supervision conjointe américano-onusienne, les discussions deviennent techniques et ouvrent un calendrier menant à un accord-cadre et à une redéfinition du rôle de la MINURSO, testant la volonté réelle des parties de s’engager dans un règlement durable.

Abdelhamid Jmahri

Les constantes de l’annonce

Washington a, enfin, annoncé officiellement   la rencontre de Madrid qui a tant occupé la scène médiatique. Une information apparemment dépourvue de détails, mais dont la compréhension devient claire et saisissable dès que l’on revient à la résolution onusienne mentionnée dans le communiqué diffusé par le Département d’État américain au nom de la mission des États-Unis auprès des Nations unies.

L’annonce réaffirme quatre constantes

Premièrement, les parties concernées : les mêmes quatre acteurs mentionnés dans la résolution du 31 octobre 2025, à savoir le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario.

Deuxièmement, le cadre onusien de la solution : l’autonomie sous souveraineté marocaine, conformément à la résolution 2797.

Troisièmement, la supervision internationale : conjointe entre les États-Unis et l’ONU.

Quatrièmement, le lieu : Madrid, en Espagne, pays qui avait déjà accueilli l’accord tripartite mettant fin à l’occupation et qui fut longtemps une porte d’entrée pour les manœuvres algériennes visant à compliquer la solution et en troubler la lisibilité. Un pays que l’Algérie Sous prétexte qu’elle était la puissante administrante du Sahara, qui aux cotés de sa responsabilité politique, porterait ‘’un complexe historique’’ à l’égard d’’’un peuple et de son autodétermination’’, une entité et un concept créés de toutes pièces dans les laboratoires fascistes de Franco. Mais c’est un autre sujet.

Ce qui retient surtout l’attention, ce sont deux éléments mentionnés explicitement dans le communiqué :

Des délégations de haut niveau

Il s’agit vraisemblablement de la délégation américaine représentée par Massad Boulos, conseiller du président américain, et l’ambassadeur Mike Waltz, représentant permanent auprès de l’ONU.

La délégation marocaine comprenait Nasser Bourita et le représentant du Maroc à l’ONU Omar Hilale.

L’Algérie était représentée par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf et Amar Bendjama, représentant à l’ONU.

La Mauritanie par des responsables du ministère des Affaires étrangères.

Le Front Polisario comptait notamment Yassine Beissat, Mouloud Saïd et Mohamed Ammar.

Le second point concerne la facilitation des discussions. Il ne s’agit plus de négociations au sens classique mais de discussions portant sur les modalités concrètes d’application de la résolution consacrant l’autonomie sous souveraineté marocaine.

Lire le communiqué à rebours

Le sens réel du texte apparaît dans sa dernière phrase, la plus importante, évoquant

 l’« la mise en oeuvre de la résolution ». La rencontre ne visait donc ni à rediscuter ni à redéfinir le contenu du texte, mais à engager sa mise en œuvre.

Le fait que la mission américaine ait elle-même diffusé le communiqué révèle davantage qu’un simple souci de confidentialité : il indique que Washington détient la clé du dossier. Porte plume Pen Holder   du texte, il ne se limite plus à l’adopter mais veille désormais à son application, signifiant que la question est tranchée.

Un tournant américain dans la gestion du dossier

Concrètement, le dossier est face à un changement majeur: les États-Unis ne participent plus seulement à la formulation des décisions mais dirigent leur exécution. La mission américaine devient ainsi la référence onusienne pour tout ce qui concerne l’activation et la mise en œuvre.

La présence de délégations de haut niveau souligne cette importance et indique que Washington n’entend plus laisser à l’envoyé personnel de l’ONU le soin d’interpréter le processus, dont les attitudes n’ont pas toujours été conformes à l’esprit des résolutions, suscitant souvent le mécontentement de Rabat. L’exécution sera pilotée par une implication américaine directe et déterminante.

L’une des premières conclusions est que Washington imprime sa marque sur la mise en œuvre concrète de la résolution et déplace le dossier du registre des négociations politiques vers un mécanisme d’application technique. D’où la présence de Massad Boulos et de Mike Waltz, représentant du penholder au Conseil de sécurité.

Autrement dit, les États-Unis fixent désormais le cadre opérationnel d’application de la résolution 2797, considérée comme un acquis historique pour le Maroc. Leur présence et leur rôle prolongent la position américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et correspondent à ce qu’attend la résolution elle-même. Celle-ci n’ayant pas manqué d’exprimer « sa reconnaissance aux États-Unis pour leur volonté d’accueillir les négociations afin de renforcer la mission de l’envoyé personnel dans la recherche d’une solution ». Cette orientation avait déjà été précédée par les déclarations du secrétaire d’État et du représentant de Trump évoquant un « engagement effectif » pour faciliter l’aboutissement du processus.

Le Maroc : présentation d’une offre détaillée

La participation marocaine à la rencontre n’était ni exploratoire ni symbolique. Elle intervient après deux événements majeurs.

D’abord le discours royal du 31 octobre annonçant « l’actualisation et à la formulation détaillée du plan d’autonomie », rejoignant la demande exprimée par Staffan de Mistura, qui avait indiqué avoir sollicité du Maroc « le contenu d’un plan élargi et actualisé d’autonomie conformément à sa « demande devant le Conseil de sécurité le 16 octobre 2024, et comme l’a annoncé récemment Sa Majesté le Roi Mohammed VI ».

Ensuite le dialogue national élargi lancé une semaine plus tard pour recueillir les propositions des forces vives afin de réussir le processus.

Ainsi, la présentation de Nasser Bourita devait couvrir la version initiale et la version détaillée du projet d’autonomie : architecture institutionnelle, justice, sécurité locale, juridictions territoriales, dimension sociale et autres aspects. Une clarification qui confirme le maintien de l’initiative marocaine dans la définition du cadre de discussion et réduit la marge de manœuvre des autres parties.

Le Maroc impose ainsi sa référence de solution. L’exposé détaillé ouvre la voie à un débat technique ultérieur et, en cas de divergences, à un arbitrage américano-onusien.

Message aux acteurs concernés

La publication de l’information adresse également un message aux capitales qui suivent le dossier, notamment européennes et africaines, ainsi qu’à l’envoyé personnel Staffan de Mistura, présent à la réunion et saisit parfaitement le sens de cette déclaration.

En attendant les positions officielles de Rabat, Alger et Nouakchott, certaines déclarations émanant de Tindouf et d’Alger, qu’il s’agisse du Polisario ou du président Tebboune, révèlent des tensions face à la nouvelle donne, avec la persistance de discours évoquant l’Algérie comme simple « observateur » et la revendication du « droit à l’autodétermination » par référendum, alors que l’autonomie est désormais considérée internationalement comme la forme consensuelle d’exercice de ce droit.

Ces réactions pourraient refléter des divergences apparues lors des discussions à l’ambassade américaine à Madrid et une volonté d’exprimer ces désaccords hors du cadre des pourparlers.

Le rôle américain semble viser à obtenir un engagement du côté algérien. La publication de Massad Boulos évoquant la prochaine solution et celle du congressman Joe Wilson appelant l’Algérie à saisir l’opportunité d’intégrer la nouvelle logique géopolitique illustrent cette orientation.

En définitive, un dialogue politique maroco-algérien sous parrainage américain apparaît désormais nécessaire pour assurer l’application de la solution sans surprises dans un contexte régional sensible.

Vers un mois d’avril différent des cinquante précédents.

Une nouvelle phase commence désormais sous le regard du Conseil de sécurité et du parrain américain. Il s’agit d’un test grandeur nature de la disposition de chaque partie, de sa bonne foi, de son sens des responsabilités et de son engagement à contribuer à l’édification de l’espace maghrébin. Une question logique s’impose toutefois : que se passera-t-il après Madrid et quel horizon s’est dessiné en Espagne ?

D’autres précisions sont attendues dans les jours à venir. Mais un calendrier procédural figure déjà dans la résolution 2797, étroitement lié au rendez-vous annuel d’avril, consacré à une séance d’information informelle sans décisions, portant sur l’état d’avancement du processus politique.

Avril devrait constituer une étape publique décisive précédant la phase finale, peut-être la première fois depuis cinquante ans qu’une telle réunion ne ressemblera pas aux précédentes.

Puis viendra le mois de mai, qui devrait connaître, selon les indications en circulation, la signature d’un accord-cadre, formulation diplomatique du règlement final. Le paragraphe 5 de la résolution précise que « le Conseil de sécurité demande au Secrétaire général de présenter régulièrement des exposés au Conseil et, chaque fois qu’il le jugera opportun pendant la durée du mandat, ainsi que de soumettre, dans les six mois suivant le renouvellement de ce mandat, un examen stratégique concernant l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), en tenant compte des résultats des négociations ».

Deux éléments en découlent. D’abord, une révision stratégique de la MINURSO, qui ne pourrait que redéfinir sa mission : non plus un référendum ni un simple cessez-le-feu, mais l’accompagnement et la mise en œuvre de l’autonomie.

Ensuite, la prise en compte des résultats des consultations, impliquant un rapport détaillé sur ce qui aura été accompli.

Après cela, pourrait intervenir la signature d’un accord politique entre les parties concernées.

La phase suivante serait probablement de nature sécuritaire. Elle pourrait relever des services spécialisés, notamment des appareils de renseignement des principaux États impliqués, parmi lesquels les services américains, la Direction générale des études et de la documentation du Maroc et les services de renseignement extérieur algériens dirigés par Younes Ben Djamaa.

Ce second niveau concernerait, selon la démarche marocaine, des dossiers tels que le désarmement du front, le retour des personnes retenues et l’organisation d’élections, autant de questions d’exécution appelées à constituer la prochaine étape.