Au-delà de la célébration – Par Abdeljlil Lahjomri

Au-delà de la célébration – Par Abdeljlil Lahjomri

« Le colloque vise à mettre en valeur cette dimension culturelle et symbolique, à travers des approches croisées entre ethnographie, histoire sociale et analyse historiographique des récits de la Marche Verte. Cette Marche, porteuse des valeurs de libération et d’unité, a inauguré une nouvelle phase d’appartenance nationale, transcendant la géographie pour embrasser les horizons de la mémoire, de la langue et de la foi collective dans l’action commune. » (Abdeljelil Lahjomri)

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« L’objectif n’est pas de sanctifier le passé, mais de le transformer en une logique opérationnelle guidant les choix publics selon des critères d’impact et d’efficacité. La Marche Verte n’est pas qu’un souvenir glorieux : elle demeure un horizon de souveraineté et un moteur d’intégration afro-atlantique. » (Abdeljelil Lahjomri)

Rabat – Un colloque international s’est tenu mardi à Rabat pour explorer les dimensions historiques, géopolitiques et culturelles de la Marche Verte, épopée fondatrice ayant consolidé la souveraineté du Maroc et enrichi son récit national. Organisé par l’Académie du Royaume du Maroc, l’Institut Royal pour la Recherche sur l’Histoire du Maroc et l’Université Hassan II de Casablanca, l’événement a réuni chercheurs et diplomates autour du thème « Le Sahara marocain : Histoire et défis géopolitiques ». Pour le président de l’Université Hassan II, Houssine Azeddoug, l’université a pour mission de préserver cette mémoire et de nourrir le débat scientifique autour des questions territoriales et identitaires du Royaume. Pour le secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume, Abdeljalil Lahjomri, la commémoration du cinquantenaire de la Marche Verte ne se limite pas à un simple hommage au passé : elle ravive la mémoire d’un acte fondateur qui a consolidé la souveraineté du Maroc et consolidé sa cohésion nationale. Aujourd’hui, cette mémoire devient moteur d’action publique, horizon de souveraineté et pilier d’un nouveau pacte national fondé sur la justice territoriale, la participation citoyenne et le développement intégré des provinces du Sud. En voici le texte :

La question du Sahara marocain : entre mémoire et géopolitique

Cette rencontre qui s’inscrit dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire de la Marche Verte, est un moment qui dépasse le simple rappel d’un événement décisif. Elle incarne l’essence même de la mémoire collective marocaine, celle qui a forgé la conscience nationale, consolidé les valeurs d’unité, de souveraineté et de dignité, et consolidé les fondations de la cohésion nationale — levier de la continuité et de la force de l’État marocain à travers les décennies.

De la mémoire à l’action publique

L’objectif n’est pas de sanctifier le passé, mais de le transformer en une logique opérationnelle guidant les choix publics selon des critères d’impact et d’efficacité. La Marche Verte n’est pas qu’un souvenir glorieux : elle demeure un horizon de souveraineté et un moteur d’intégration afro-atlantique. Elle contribue à établir un nouveau pacte national associant rigueur de la planification et ouverture participative, valorisant l’intelligence territoriale dans le cadre d’une gouvernance locale rénovée.

Elle vient également renforcer l’initiative marocaine d’autonomie en tant que solution pragmatique, encadrée par la légitimité internationale. Ainsi, la commémoration quitte le registre de la célébration symbolique pour s’ancrer dans le domaine des politiques publiques fondées sur la performance, selon des standards précis de justice territoriale.

Ce cadre favorise une confiance durable et permet à la société de maintenir vivant le serment et la promesse de la Marche Verte dans le processus de construction de l’avenir.

Une cause d’existence avant d’être une question de frontières

La question du Sahara n’a jamais été une simple question de délimitation frontalière ; elle a toujours été une question d’existence.

Le 6 novembre 1975, feu Sa Majesté le Roi Hassan II annonçait le lancement de la Marche Verte, conçue comme un acte politique réfléchi et une démarche symbolique profonde, alliant légitimité historique et vision stratégique.

Cette décision marqua un tournant dans l’histoire contemporaine du Maroc, où la souveraineté s’est exprimée dans une synthèse harmonieuse entre dimension spirituelle et exigence nationale — une unité de volonté et de destin.

Depuis lors, la Marche Verte s’inscrit comme une dynamique renouvelée qui se manifeste dans chaque projet de développement, dans chaque politique de justice territoriale, et dans chaque vision bâtisseuse d’un Maroc unifié, confiant et tourné vers l’avenir.

Héritier de ce legs historique, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a poursuivi la Marche avec l’esprit de son temps et les outils du développement.

Sous son règne, la marche du Maroc a évolué : elle est passée de la défense de l’identité à la consolidation de la dignité, à travers de grands chantiers dans les provinces du Sud.

Ces régions sont devenues un modèle de développement intégré, un pôle émergent d’interaction africaine et internationale, où se reflète l’ambition d’un pays ancré dans sa souveraineté et ouvert sur son environnement continental et global.

La profondeur historique du Sahara marocain

Depuis des siècles, le Sahara marocain a été un vaste espace d’échanges commerciaux et culturels, reliant le Maroc à l’Afrique subsaharienne. Il a accueilli des savants, des jurisconsultes, des confréries soufies et des cercles du savoir, qui ont contribué à édifier les fondements de l’unité spirituelle et civilisationnelle du pays.

Ces liens, au-delà de leur valeur documentaire, constituent une architecture symbolique de l’appartenance marocaine. Ils attestent que l’unité territoriale du Royaume est le fruit d’une interaction historique entre l’homme et son espace — où la géographie se mêle à la culture, et l’histoire fusionne avec l’identité — pour donner naissance à une profondeur civilisationnelle affirmant la continuité de l’État marocain à travers les âges.

-L’importance de ce colloque international réside dans son ouverture à l’analyse des défis géopolitiques contemporains liés à la question du Sahara marocain, ainsi qu’à la réflexion prospective sur leurs effets sur l’avenir des espaces maghrébin et africain.

Le Maroc apparaît aujourd’hui comme un acteur central dans la recomposition des équilibres régionaux, fondée sur la coopération pour le développement, la sécurité énergétique et l’interconnexion des marchés africains à l’océan Atlantique. Grâce à la vision africaine clairvoyante de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, les provinces du Sud sont devenues une porte stratégique d’ouverture du Royaume sur son ancrage continental, incarnant le concept de souveraineté par le développement, où économie et diplomatie s’articulent dans une approche intégrée faisant du développement un pilier de la souveraineté, et de la géographie un horizon pour l’intégration africaine.

Le Sahara, espace d’identité et de pluralité culturelle

Ainsi, la tenue de ce colloque dépasse le strict cadre académique pour devenir un acte citoyen fondateur, approfondissant la conscience collective et reformulant une narration nationale renouvelée, capable de déconstruire les discours de désinformation et de falsification circulant dans les sphères médiatiques et politiques.

Ce colloque vient rappeler que la question du Sahara marocain est avant tout une question de conscience et d’identité, tout autant qu’une cause de souveraineté et de patrie.

Le Sahara marocain se présente, du point de vue culturel et identitaire, comme un espace riche de diversité et de vitalité expressive nourrissant la nation dans son ensemble.

La langue hassanie, les coutumes et traditions sahariennes, les formes d’expression orales et artistiques ne constituent pas des éléments isolés, mais un patrimoine symbolique et civilisationnel qui enrichit la question de l’identité marocaine dans sa pluralité ouverte et inclusive.

C’est dans cette perspective que ce colloque vise à mettre en valeur cette dimension culturelle et symbolique, à travers des approches croisées entre ethnographie, histoire sociale et analyse historiographique des récits de la Marche Verte. Cette Marche, porteuse des valeurs de libération et d’unité, a inauguré une nouvelle phase d’appartenance nationale, transcendant la géographie pour embrasser les horizons de la mémoire, de la langue et de la foi collective dans l’action commune.

Il n’est donc pas surprenant que la Marche Verte demeure le fil conducteur du temps marocain : elle évoque un passé noble, inspire un présent actif et trace un large espoir pour l’avenir du pays, sous la direction éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le préserve et Le glorifie.