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Ce que Mohammed VI a changé dans la question du Sahara – Par Abdelhamid Jmahri
La visite du Souverain au Chili au cours s'inscrit d'une tournée qui l’a conduit au Mexique, au Brésil et au Pérou et en Argentine. Le Maroc a ainsi réinvesti des zones géopolitiques qu’il avait laissées vacantes, notamment en Asie et en Amérique latine, gagnant en influence
Alors que le Maroc célèbre cette année un 26e anniversaire du règne à forte charge symbolique, la question du Sahara s’impose au cœur du discours royal. À l’approche d’une échéance internationale décisive, et dans un contexte d’adhésion internationale renforcée à la position marocaine, le Souverain apparaît comme l’artisan d’un tournant historique . Retour avec Abdelhamid Jmahri, directeur et éditorialiste du quotidien Al Ittihad al-chatiraki, sur ce qui a changé depuis 1999.

Une Fête du Trône placée sous le signe du Sahara
La Fête du Trône revêt, en 2025, une dimension particulière. Le discours royal, prononcé à moins de trois mois d’un rendez-vous diplomatique crucial sur le dossier saharien, fait écho à celui de l’ouverture du Parlement, en octobre dernier, qui était déjà entièrement centré sur cette cause nationale.
Cette année marque aussi une dynamique diplomatique très favorable au Maroc : reconnaissance du Sahara par le Royaume-Uni et le Portugal, élargissement des soutiens à l’autonomie, consolidation des alliances. Autant d’avancées qui repositionnent le Royaume au centre d’un consensus international croissant.
La question du Sahara reste cependant épineuse à l’ONU, que ce soit à l’Assemblée générale, au Conseil de sécurité (où la position de la Chine et de la Russie reste à clarifier), ou encore au sein de la Quatrième Commission. Le Maroc attend des résultats tangibles sur trois fronts : l’orientation future du Conseil de sécurité, la régularité de l’inscription du dossier au sein des instances onusiennes, et la reconnaissance des responsabilités de l’ONU concernant les populations sahraouies séquestrées dans les camps.
Une recomposition stratégique opérée par le Royaume
Le Roi Mohammed VI a conduit un repositionnement stratégique sans précédent sur la question du Sahara :
En 1999, à son accession au Trône, l’option du référendum était toujours centrale et les débats diplomatiques butaient sur l’interprétation des résolutions onusiennes. Aujourd’hui, cette option est pratiquement obsolète aux yeux de la communauté internationale.
À l’époque, aucun membre permanent du Conseil de sécurité, mêmes le censés amis, ne soutenait clairement le Maroc. Aujourd’hui, trois sur cinq appuient sa position, les deux autres restant neutres.
Le Maroc a réussi à imposer l’Algérie comme partie prenante au conflit, reléguant le Polisario à un rôle secondaire, fracturé et marginalisé.
Deux anciennes puissances coloniales, la France et l’Espagne, ont officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara, bouleversant les équilibres diplomatiques.
Le camp adverse, hier offensif, est passé sur la défensive, y compris à la Quatrième Commission, qui était jadis un bastion du séparatisme.
Le Maroc a réinvesti des zones géopolitiques qu’il avait laissées vacantes, notamment en Asie et en Amérique latine, gagnant en influence.
Il est désormais perçu comme un partenaire stratégique global, capable de traiter d’égal à égal sur les grandes questions internationales.
Le Royaume a aussi déjoué les tentatives d’enclavement en direction de l’Afrique, transformant la région saharienne en passerelle géopolitique entre l’Europe, l’Amérique et le continent africain.
Parallèlement, la question du Sahara a joué un rôle de catalyseur interne : elle a favorisé des avancées institutionnelles, une modernisation de l’appareil politique et une dynamique de développement dans les provinces du Sud.
Une reconnaissance historique à l’horizon
Aujourd’hui, à deux mois d’une échéance diplomatique décisive, le Maroc semble plus proche que jamais de clore ce dossier. Une évolution qui restera inscrite dans l’histoire au crédit de Mohammed VI, comme le furent avant lui les combats de Mohammed V et Hassan II pour l’indépendance nationale.
La commémoration du Trône, cette année, pose donc une question essentielle : où en était la question du Sahara en 1999, et jusqu’où le Roi Mohammed VI l’a-t-il portée ? La réponse semble claire : en vingt-six ans, le Souverain a transformé un terrain de tensions en un espace d’affirmation nationale et d’intégration stratégique. L’histoire est en train de le reconnaître et de la consacrer.