De la ploutocratie au populisme – Par Samir Belahsen

De la ploutocratie au populisme – Par Samir Belahsen

La manifestation de quelques dizaines de jeunes sur la place Mohamed V à Casablanca, le 6 octobre 2025. (Photo par Abdel Majid BZIOUAT / AFP)

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Dans cette chronique lucide, Samir Belahsen explore le glissement insidieux qui mène des dérives de la ploutocratie — ce pouvoir confisqué par les riches — vers les excès du populisme. Entre concentration de la richesse et simplification du discours politique, l’auteur met en garde contre la tentation d’un renversement émotionnel et manichéen porté par la génération montante. Il rappelle que la seule issue, face à ces deux dérives jumelles, reste une démocratie vivante, exigeante et sans cesse approfondie.

Samir Belahsen

Être démocrate, ce serait agir en reconnaissant que nous ne vivons jamais dans une société assez démocratique.”

Jacques Derrida / Le Monde de l'éducation – 09 /2000

« Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Montesquieu « De l’esprit des lois » Livre XI, chap. IV

Quand le pouvoir est détenu par les riches, l'influence politique et économique est principalement exercée par une classe fortunée, les décisions prises par les gouvernants sont influencées par leurs « propres » intérêts financiers et ceux de la classe sociale à laquelle ils appartiennent, on parle de ploutocratie.

La ploutocratie entraîne des inégalités sociales et économiques accrues et une concentration du pouvoir entre les mains d'une minorité. Elle est presque à ‘’l’insu de son plein gré’’ le meilleur terreau du populisme.

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Le Populisme, précisément. Sans nier les effets positifs possibles du mouvement sur le futur du pays, ne serait-ce qu’en secouant le cocotier, on peut déceler dans le discours de GenZ212 des relents populistes.  Certaines caractéristiques rhétoriques et idéologiques doivent alerter tout démocrate.

Il va de soi qu’ici on parle du discours apparent, on n’a aucune étude sur les aspirations réelles de cette génération qui représente le quart des Marocains. Ni aucune idée précise de ce que représente effectivement le mouvement au sein de cette génération. En plus on n’a aucun discours construit qui permet une étude sérieuse.

L’utilisation de vérités générales et abstraites 

Les discours populistes reposent souvent sur des affirmations générales et abstraites qui semblent évidentes, qui font l’unanimité, mais qui sont en réalité déconnectées des détails concrets et des faits spécifiques.

Cela peut inclure des déclarations sur la nécessité de défendre la santé et l'enseignement, la lutte contre la corruption ou la justice sociale.

L’Appel aux émotions

Le langage émotionnel est utilisé pour mobiliser les partisans et les sympathisants, et créer un sentiment d'urgence ou de crise. Capitaliser sur les colères légitimes et y ajouter des appels à la peur, à la colère ou à la nostalgie.

Le « Tous pourris » est facilité par le comportement vorace et arrogant des « ploutocrates ».

Démonisation de l'adversaire 

Les populistes ont tendance à diaboliser tous leurs opposants, les qualifiant souvent d'élitistes, de corrompus ou de déconnectés du peuple. Sur un plateau de télévision, une jeune « militante » a réclamé un chef de gouvernement issu de GenZ212 sans référence aucune aux urnes.

Simplification excessive

C’est aussi une caractéristique des discours populistes, ils reposent sur l'absence de solution ou l'énoncé de solutions simplistes à des problèmes complexes. Cela peut inclure des promesses de changement radical ou de solutions instantanées, des miracles.

Les populistes invoquent souvent la volonté du peuple pour justifier leurs actions et leurs politiques. Là on passe de l’appel à la souveraineté populaire, à la dictature de la GenZ 212 et on parle même d’un grand tribunal populaire.

Nous les vieux « les mauvais », « les déconnectés », ça nous rappelle de mauvais souvenirs

Cette vision manichéenne du monde, où les bons (la GenZ) sont opposés aux mauvais (l'élite, les étrangers, les autres générations, les partis, les syndicats, les institutions élues) est une autre caractéristique marquante du populisme ambiant.

Dans le monde, il y a eu plusieurs cas où la ploutocratie a préparé le terrain aux populismes de droite comme de gauche. Aux États-Unis d’abord, El conquistador Trump a été élu président sur un programme populiste, promettant de défendre les intérêts des Américains ordinaires contre les élites, et contre le reste de l’humanité.

En Hongrie, l’oligarchie a accouché de Viktor Orbán qui a mis en place des politiques populistes et nationalistes, notamment en matière d'immigration et de relations avec l'Union européenne.

En Grèce, terre de naissance de la démocratie, Aléxis Tsipras, a émergé comme une force populiste de gauche, promettant de défendre les intérêts des Grecs contre les élites et les institutions internationales.

On peut citer aussi, le Royaume Uni, le Venezuela, les Philippines sans oublier la Pologne.

Dans tous ces pays, les mécontentements étaient légitimes, la ploutocratie a promu la corruption et les conflits d’intérêt en système, les gouvernants ont oublié le peuple, ils ont accouché de formes diverses de populisme, allant du populisme de gauche au populisme de droite, en passant par des mouvements plus locaux plus complexes et multiformes (réunissant parfois les deux).

La ploutocratie comme le populisme profitent des carences de la démocratie. Al Smith disait « « Tous les méfaits de la démocratie sont remédiables par davantage de démocratie. ».