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Discours du Trône : 26 ans de règne, entre bilan et vision d’avenir – Par Tarik EL MEDLAOUI
Patinoire de Rabat - Fidèle à son habitude, Sa Majesté n’a pas hésité à évoquer les domaines où les résultats restent insuffisants, en particulier la persistance de fortes disparités territoriales, rappelant la réalité d’un « Maroc à deux vitesses ».
À l’occasion du 26e Discours du Trône, Mohammed VI a dressé un bilan nuancé de son règne : des avancées notables dans l’industrie et la réduction de la pauvreté, mais aussi la persistance d’inégalités territoriales préoccupantes. Fidèle à son style, le Souverain combine vision stratégique et franchise, appelant à une mobilisation nationale pour réduire les écarts sociaux et régionaux, condition essentielle de la stabilité du Maroc. Tarik El Medlaoui livre dans cette chronique quelques symboles flagrants de ces écarts

Par Tarik El Medlaoui
Chaque année, à l’occasion du Discours du Trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI dresse un bilan des avancées majeures du Royaume et met en lumière les défis sur lesquels les forces vives de la Nation doivent impérativement se mobiliser.
Lors de son dernier discours, marquant sa 26ᵉ année à la tête de la Couronne chérifienne, le Souverain est revenu sur un ensemble de réalisations notables : la baisse de la pauvreté, le succès à l’export des métiers mondiaux tels que l’automobile, l’aéronautique ou encore l’offshoring, ainsi que le maintien des équilibres macroéconomiques, et ce malgré une sécheresse sévère qui frappe le pays depuis plusieurs années.
Fidèle à son habitude, Sa Majesté n’a pas hésité à évoquer les domaines où les résultats restent insuffisants, en particulier la persistance de fortes disparités territoriales, rappelant la réalité d’un « Maroc à deux vitesses ».
Deux constantes dans les Discours du Trône
Depuis son intronisation, deux lignes directrices structurent régulièrement les allocutions royales :
- 1. Une vision stratégique de long terme
Le Roi a toujours inscrit son action dans une perspective anticipatrice, préparant le pays aux défis de demain. Les exemples sont nombreux : développement des infrastructures portuaires, lancement du train à grande vitesse, projet de gazoduc, le lancement des centrales solaires, l’initiative royale pour Atlantique Dakhla ou encore grands chantiers énergétiques et logistiques
- Une franchise rare dans l’évaluation des politiques publiques
Le Souverain reconnaît volontiers les limites ou les échecs de certaines politiques portées par l’État et/ou les gouvernements, appelant les administrations à les réformer. On se souvient de son discours sur la redistribution des richesses, de la critique du modèle de développement suivie de la création d’une nouvelle commission ah hoc, ou encore de ses interventions pour relancer des chantiers prioritaires tels que l’éducation. Cette capacité à « parler vrai », en saluant les réussites mais aussi en pointant les insuffisances, constitue une marque distinctive de son règne.
Des disparités territoriales toujours préoccupantes
La question des inégalités régionales reste un sujet central. Ce phénomène, déjà préoccupant, risque de s’accentuer avec les investissements massifs concentrés autour de certaines villes appelées à accueillir la Coupe du monde de football. Sans une mobilisation forte de l’État — à travers notamment le ministère de l’Intérieur, les élus et le gouvernement — ces écarts pourraient se creuser davantage.
Un exemple marquant reste le lendemain du séisme du Haouz : de nombreux Marocains, particulièrement en milieu urbain, ont découvert, à travers les chaînes étrangères et les réseaux sociaux, des images d’une réalité que beaucoup ignoraient ou préféraient ne pas voir : des populations vivant dans une grande précarité, mais avec une dignité exemplaire.
Trois dimensions des disparités territoriales
- Le clivage Nord–Sud
Depuis trois décennies, les investissements se sont concentrés sur l’axe Tanger–Casablanca, laissant en retrait l’axe Marrakech–Agadir, pourtant stratégique, notamment pour l’exportation agricole. Ce déséquilibre impacte directement la dynamique économique et sociale de régions entières du sud
- Le intra-muros
Dans les grandes villes, la responsabilité des élus locaux et des walis est directement engagée. L’aménagement urbain doit trouver un équilibre entre ambition et faisabilité économique, en tenant compte de la soutenabilité de certains projets.
L’exemple de la patinoire de Yacoub Mansour
La construction d’une patinoire imposante dans ce quartier populaire de Rabat illustre des choix d’investissement discutables. Dans un contexte de besoins criants en infrastructures essentielles (écoles, santé, transports, équipements sportifs accessibles), investir dans un sport élitiste et coûteux, où les pratiquants se comptent sur les doigts d’une main, relève d’une hérésie tant sur le plan financier qu’environnemental. La maintenance d’une telle installation, dans un pays où la température moyenne ne cesse d’augmenter, entraînera des dépenses énergétiques élevées.
Sur le plan social, il s’agit d’une forme de « violence symbolique » : un édifice que la population locale ne pourra probablement jamais utiliser. Tout cela devant le mutisme des élus de Rabat.
3-Le périurbain : Rabat–Témara : l’illustration en 10 minutes de route
Une autre dimension concerne les écarts entre les grandes villes et leurs périphéries. L’exemple le plus marquant est celui de Rabat et du centre de Témara. Cette dernière, pourtant collée à Rabat, se trouve à deux pas des deux joyaux que sont le stade Moulay Abdellah et le futur stade olympique, ayant coûté des millions d’euros. Si l’investissement dans ces infrastructures sportives n’est pas forcément discutable, l’allocation des ressources l’est davantage.
En effet, en quittant ces sites modernes — desservis par une gare TGV dédiée — pour entrer dans le centre de Témara, le contraste est saisissant : éclairage public défaillant, routes dégradées, embellissement absent… une différence de mise à niveau urbaine difficilement justifiable.
Pour un Maroc de l’équilibre
Le Maroc du futur ne pourra pas se bâtir sur des poches de prospérité entourées de zones oubliées.
Réduire les disparités territoriales n’est pas qu’un enjeu d’équité, c’est une condition de stabilité et de cohésion nationale. Chaque dirham investi doit être pensé pour renforcer le lien social, pas pour l’affaiblir.
Nous avons les projets, nous avons la vision, nous avons les moyens. Il reste à avoir les Hommes et les femmes responsable qui ont de l’audace d’investir là où c’est moins visible mais plus nécessaire