Du don de sang à la production d'albumine : un enjeu majeur de souveraineté sanitaire – Par Dr Anwar CHERKAOUI

Du don de sang à la production d'albumine : un enjeu majeur de souveraineté sanitaire – Par Dr Anwar CHERKAOUI

Pour répondre à la demande en produits sanguins, le Maroc a besoin, selon les estimations, de près d'un millier de dons de sang par jour, soit plus de 350 000 dons par an, avec des besoins qui augmentent progressivement sous l'effet

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Alors que les besoins en produits sanguins et en médicaments dérivés du plasma ne cessent d’augmenter, le Maroc reste dépendant des importations d’albumine, d’immunoglobulines et de facteurs de coagulation. Anwar Cherkaoui plaide pour la création d’une filière nationale de fractionnement du plasma.

 Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication médicale et de santé

 Chaque jour, au Maroc et ailleurs, les maternités, les services d'urgences, les blocs opératoires, les centres d'oncologie, les unités de réanimation, les services d'hématologie et les structures prenant en charge les accidents de la circulation ont besoin de produits sanguins pour traiter des milliers de patients.

Chaque poche de sang utilisée dans un hôpital marocain raconte une histoire de générosité.

Derrière chaque transfusion se trouve un citoyen ou une citoyenne qui, sans connaître le bénéficiaire, a choisi de donner bénévolement une partie de lui-même pour sauver une vie.

Contrairement à de nombreux médicaments fabriqués industriellement, le sang ne peut être ni synthétisé, ni remplacé, ni acheté.

Il ne provient que d'une seule source : le don volontaire, bénévole et gratuit.

Il n'existe aujourd'hui aucune alternative capable de se substituer au sang humain.

Chaque jour, les maternités, les services d'urgences, les blocs opératoires, les centres d'oncologie, les unités de réanimation, les services d'hématologie et les structures prenant en charge les accidents de la circulation ont besoin de produits sanguins pour traiter des milliers de patients.

Pour répondre à ces besoins, le Maroc a besoin, selon les estimations, de près d'un millier de dons de sang par jour, soit plus de 350 000 dons par an, avec des besoins qui augmentent progressivement sous l'effet du vieillissement de la population, du développement de la chirurgie, de la cancérologie, de la transplantation et des maladies chroniques.

Maintenir un niveau suffisant de dons constitue ainsi un défi permanent pour le système national de transfusion sanguine.

Mais une poche de sang ne sert pas uniquement à transfuser des globules rouges.

Après le prélèvement, elle est séparée en plusieurs composants : concentrés de globules rouges, plaquettes et plasma.

Cette séparation permet qu'un seul don puisse bénéficier à plusieurs malades.

Le plasma représente la partie liquide du sang.

Il contient de nombreuses protéines indispensables, dont l'albumine, les immunoglobulines, les facteurs de coagulation et d'autres protéines thérapeutiques utilisées dans la prise en charge de nombreuses pathologies.

 L'albumine : une protéine vitale

L'albumine est la principale protéine du plasma humain.

Elle joue un rôle essentiel dans le maintien du volume sanguin et assure le transport de nombreuses substances, notamment certaines hormones, médicaments et acides gras

Son administration est réservée à des indications médicales précises : grands brûlés, cirrhoses compliquées d'ascite, états de choc, certaines maladies rénales, interventions chirurgicales majeures, transplantations ou situations critiques de réanimation.

Elle ne constitue en aucun cas un fortifiant ou un traitement destiné à corriger une simple diminution du taux d'albumine en l'absence d'une indication validée.

 De combien de dons a-t-on besoin pour produire de l'albumine ?

L'albumine thérapeutique est obtenue grâce au fractionnement industriel du plasma humain.

Un don de sang total permet de recueillir environ 200 à 250 millilitres de plasma, tandis qu'un don de plasma par aphérèse (séparation des différents composants du sang au moment du don ) peut fournir jusqu'à 600 à 800 millilitres.

La fabrication industrielle de l'albumine nécessite donc des centaines, voire des milliers de dons de plasma.

Les unités de fractionnement traitent chaque année plusieurs centaines de milliers de litres de plasma provenant de très nombreux donneurs bénévoles.

Il convient de rappeler qu'un même litre de plasma permet également de produire des immunoglobulines, des facteurs VIII et IX destinés notamment au traitement de l'hémophilie, du fibrinogène ainsi que d'autres protéines indispensables à la médecine moderne.

 Le Maroc produit-il son albumine ?

Le Royaume dispose aujourd'hui d'un système performant de collecte des dons de sang et de préparation des produits sanguins labiles destinés à la transfusion.

En revanche, le Maroc ne dispose pas encore d'une unité industrielle de fractionnement du plasma permettant de fabriquer localement l'albumine et les principaux médicaments dérivés du plasma humain.

Ces médicaments sont donc essentiellement importés, ce qui expose le pays aux fluctuations du marché international, aux tensions d'approvisionnement et à une dépendance stratégique.

Pourtant, le plasma issu des dons bénévoles des citoyens marocains constitue une ressource biologique d'une valeur exceptionnelle.

 Un nouveau défi pour la souveraineté sanitaire

Le Maroc a engagé sa souveraineté vaccinale, développe son industrie pharmaceutique et renforce progressivement ses capacités de production de dispositifs médicaux.

La prochaine étape pourrait être la maîtrise de toute la chaîne de valorisation du sang / plasma humain.

Cela suppose non seulement d'encourager davantage le don bénévole et régulier de sang, mais aussi de disposer, à terme, d'une capacité nationale de fractionnement industriel permettant de transformer le plasma en médicaments essentiels.

Une telle ambition réduirait la dépendance vis-à-vis des importations, sécuriserait l'approvisionnement en période de crise, développerait une filière nationale des biotechnologies et renforcerait le positionnement du Maroc comme acteur régional de référence dans le domaine des produits dérivés du sang / plasma.

 Une question qui mérite d'être posée

Chaque année, des centaines de milliers de Marocaines et de Marocains accomplissent un geste d'une immense générosité en donnant gratuitement leur sang pour sauver des vies.

Après avoir répondu aux besoins transfusionnels des patients, une question stratégique se pose désormais : le plasma issu de ces dons bénévoles est-il pleinement valorisé au bénéfice des patients marocains ?

Autrement dit, le moment n'est-il pas venu d'engager une réflexion nationale sur la création d'une filière marocaine de fractionnement du plasma afin de produire localement l'albumine, les immunoglobulines et les autres médicaments dérivés du plasma ?

Répondre à cette question, c'est ouvrir un débat qui dépasse le seul cadre médical.

C'est parler de souveraineté sanitaire, d'indépendance industrielle, de sécurité stratégique et de valorisation optimale d'un patrimoine biologique que les citoyens marocains confient, chaque jour, au système national de santé par un geste entièrement bénévole et profondément solidaire.