Don de sang : comment faire de la générosité une habitude nationale ? - Par Dr Anwar Cherkaoui

Don de sang : comment faire de la générosité une habitude nationale ? - Par Dr Anwar Cherkaoui

Le Roi Mohammed VI faisant don de son sang lors de sa visite aux sinistrés du séisme d’Al Haouz le 12 septembre 2023 (Photo MAP)

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Face aux besoins constants en produits sanguins, le Maroc gagnerait à inscrire le don de sang dans une véritable culture nationale de solidarité. Anwar Cherkaoui plaide pour un programme de reconnaissances symboliques pour fidéliser les donneurs et transformer un geste ponctuel en engagement citoyen durable.

Anwar Cherkaoui

Expert en communication médicale et de santé

Comment demander aux Marocaines et aux Marocais de donner leur sang si, une fois le don effectué, ils ne ressentent pas la moindre reconnaissance pour ce geste humain et citoyen ?

Le don de sang ne devrait jamais être réduit à un simple acte médical qui s’achève dès que la poche est remplie.  C’est un geste de solidarité qui peut sauver la vie d’une personne que le donneur ne connaîtra peut-être jamais.

 Un repas convenable… le minimum de reconnaissance

Après un don, le donneur a besoin de repos et d’une collation pour récupérer.

La distribution d’un repas convenable était d’ailleurs une pratique habituelle depuis des années. Pourquoi ne pas la rétablir de manière organisée et digne ?

Il ne s’agit ni d’un privilège ni d’une récompense financière, mais d’un message élémentaire : « Merci. Aujourd’hui, vous avez contribué à sauver une vie. »   Une collation correctement organisée ne coûte que quelques dirhams, mais sa valeur symbolique et humaine dépasse largement son coût.

 Un message de remerciement le jour même

Pourquoi le donneur ne recevrait-il pas, le jour même, un message de remerciement via WhatsApp ? Un message simple et personnalisé qui le remercie et lui rappelle que son sang pourrait permettre à une personne de survivre.

Un an plus tard, un nouveau message pourrait lui parvenir, avec tact et sans pression : « Une année s’est écoulée depuis votre dernier don. Si votre état de santé vous le permet, quelqu’un a peut-être besoin aujourd’hui d’une goutte de votre sang. »

Le donneur ne serait alors plus un simple numéro dans une base de données, mais un citoyen reconnu et accompagné.

 La carte du donneur… un petit trophée dans le portefeuille

Autre idée simple : créer une carte du donneur de sang, avec un design élégant et valorisant. Une carte que le citoyen conserverait à côté de sa carte nationale et de ses cartes bancaires, non pour obtenir un avantage matériel, mais pour être fier d’appartenir à la communauté des donneurs. Elle pourrait porter une formule simple : « Je donne mon sang… parce que la vie d’un autre compte pour moi. »

Cette carte deviendrait aussi un outil de sensibilisation.  Un proche ou un collègue la voit, pose une question et le donneur devient, sans campagne coûteuse, un ambassadeur du don de sang.

 Un rendez-vous annuel avec ceux qui donnent régulièrement

Pourquoi les centres de transfusion sanguine n’organiseraient-ils pas, une fois par an, une cérémonie simple pour remercier les donneurs réguliers ?  Pas besoin de salles prestigieuses ni de budgets extravagants : une rencontre conviviale, des certificats, quelques mots de remerciement et des témoignages de personnes dont la vie a été sauvée grâce à une transfusion.

Ces initiatives peuvent créer un sentiment d’appartenance et transformer le don de sang d’un geste individuel occasionnel en culture collective.

 Qui mérite davantage une distinction que celui qui sauve une vie ?

Il serait également possible de proposer les noms de donneurs réguliers pour l’attribution de distinctions royales, lors des fêtes nationales, selon des critères précis, transparents et objectifs. Le don régulier constitue une forme noble de service rendu à la collectivité.

Le donneur ne connaît pas celui qui recevra son sang et n’attend pas de rémunération.

Il donne une partie de lui-même pour sauver une autre personne : un enfant, une femme victime d’hémorragie, un patient atteint de cancer, une victime d’accident, voire un soldat engagé sur le front. N’est-ce pas là une forme de citoyenneté qui mérite d’être reconnue et honorée ?

La logique est simple : prévenir les pénuries de sang coûte bien moins cher que de gérer leurs conséquences sanitaires.

Lorsque les produits sanguins sont disponibles au bon moment, ils peuvent sauver des victimes d’accidents, des femmes victimes d’hémorragies obstétricales, des patients atteints de cancer, des enfants, des personnes devant subir une intervention chirurgicale et de nombreux autres malades.

Investir dans une culture du don de sang n’est donc pas une simple dépense sociale.

C’est un investissement majeur dans la sécurité sanitaire du pays.

Le Marocain et la Marocaine n’ont pas nécessairement besoin d’une récompense financière pour donner leur sang. Ils ont souvent besoin de quelque chose de beaucoup plus simple : sentir que la société voit leur geste, le reconnaît et le respecte.

Car le sang ne se fabrique pas dans une usine.  Et la solidarité humaine ne s’importe pas.

Elle vient d’un être humain qui, un jour, décide de tendre son bras vers un autre être humain.

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