Du Sahara du Maroc aux stades du Mexique – Par Dr Anwar Cherkaoui

Du Sahara du Maroc aux stades du Mexique – Par Dr Anwar Cherkaoui

Quinze avions venus du Maroc ont atterri au Mexique, transportant des supporters qui ont transformé un déplacement sportif en véritable manifestation populaire d’amour et d’attachement.

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La voies d’une nation sont insondables. À travers trois évènements dissociables en apparence, Anwar Cherkaoui se hasarde dans les ressorts d'une identité collective et de ces élans populaires qui surprennent chaque fois qu’ils se produisent alors même qu’ils sont un réflexe conditionné.

Anwar Cherkaoui

 Dans l’après du lundi 29 juin, 12 avions de la RAM remplis de supporters marocains ont atterri sur les terres mexicaines. Hier la marche verte et le tremblement de terre d’Al Haouz. Quels sentiments font mobiliser le peuple marocain ?

Il existe des moments où un peuple ne se contente plus d’être sujet de son histoire.

Il en devient lui-même l’acteur principal et l’auteur de son grand récit collectif.

Le Maroc a souvent connu ces instants rares où les frontières géographiques disparaissent devant la force d’un sentiment partagé : l’attachement à la patrie, la solidarité humaine et le sentiment d’appartenance à une même communauté de destin.

Il y a maintenant un demi-siècle, ce fut la Marche Verte, cette immense mobilisation populaire qui a marqué l’histoire contemporaine du Royaume du Maroc. Des centaines de milliers de Marocains, hommes, femmes et jeunes, avaient marché pacifiquement vers le Sahara, portant le drapeau national comme symbole d’unité et de revendication historique.

Une démonstration exceptionnelle d’une nation rassemblée autour d’une cause nationale majeure.

50 ans plus tard, une autre image frappe les esprits : celle de milliers de Marocains survolant les océans, parcourant des milliers de kilomètres pour rejoindre les terres mexicaines afin de soutenir leur équipe nationale de football dans un match décisif face aux Pays-Bas.

Quinze avions venus du Maroc ont atterri au Mexique, transportant des supporters qui ont transformé un déplacement sportif en véritable manifestation populaire d’amour et d’attachement.

Ce qui interpelle dans cette mobilisation, ce n’est pas uniquement le nombre de supporters.

C’est ce qu’elle révèle de l’âme d’un peuple. Car derrière chaque maillot rouge porté dans les tribunes, derrière chaque drapeau agité dans le lointain stade, il y a toujours une histoire personnelle.

Il y a un père de famille qui a économisé pendant des mois, un jeune qui a renoncé à d’autres projets, un citoyen qui a parfois contracté un crédit pour vivre quelques heures d’une émotion collective.

Des sacrifices qui ne relèvent pas d’un simple voyage touristique, mais d’une volonté profonde de participer à un moment historique. D’être ce douzième Homme.

Les évènements changent mais le peuple demeure le même. Celui qui s’est levé pour mettre fin au protectorat est celui-là qui l’a prolongé en marchant pour libérer le Sahara de l’occupation coloniale. Celui qui a lancé spontanément la ruée vers le sud pour venir en aide aux victimes du terrible tremblement de terre du Haouz est celui-là même qui est envolé vers Qatar en 2022 et aujourd’hui vers le Mexique. Les dates changent, les visages diffèrent, mais ils puisent tous leur énergie de la même pâte.

Un peuple capable de répondre présent lorsque la nation est blessée, lorsque des familles souffrent, lorsque des villages attendent soutien et solidarité, lorsque les Lions de l’Atlas appellent son énergie.

Le football devient alors plus qu’un sport. Il devient un langage à la fois spécifique et universel, un espace où une nation exprime sa joie, sa confiance et son identité.

L’équipe nationale marocaine n’est pas seulement onze joueurs sur une pelouse. C’est une histoire, une culture, une jeunesse, un drapeau.  Elle porte les rêves d’un peuple qui se reconnaît dans ses valeurs de courage, de persévérance et de dépassement de soi.

À travers les continents, de l’Afrique à l’Europe, puis jusqu’au continent américain, les supporters marocains offrent une image universelle : celle d’un peuple qui sait transformer une passion sportive en une véritable célébration nationale.

Cette ferveur rappelle une vérité essentielle : une nation ne se construit pas uniquement avec des institutions, des infrastructures ou des discours officiels.

Elle se construit aussi avec des émotions partagées, avec des élans spontanés, avec ces moments où des millions de personnes ressentent qu’elles appartiennent à une même histoire, à une même joie, à une même tristesse, à un même destin.

La Marche Verte avait montré la puissance d’un peuple uni derrière une cause territoriale. La solidarité après le séisme du Haouz a révélé la profondeur de son humanité. Les voyages des supporters marocains à travers le monde démontrent aujourd’hui la force d’une identité collective portée par la jeunesse et l’espoir.

Du sable du Sahara aux tribunes du Mexique, le même fil rouge et vert relie ces générations : l’amour du Maroc, exprimé tantôt par la marche verte, tantôt par l’entraide, tantôt par le chant d’un stade empli de voix marocaines.

Car l’histoire d’un pays ne s’écrit pas seulement dans les livres ou dans les arcanes du pouvoir.

Elle s’écrit aussi dans les pas de ceux qui marchent, dans les mains de ceux qui aident, et dans les voix de ceux qui chantent jusqu’à perdre le souffle, dans cette nuit lundi 29 juin au mardi 30, heure du Maroc, où les Marocains comme un seul homme ont rejoint le lit à une heure inhabituelle.

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