Face à l'IA, l'inventeur du Web appelle à "préserver les valeurs" des débuts d'internet

Face à l'IA, l'inventeur du Web appelle à "préserver les valeurs" des débuts d'internet

L'informaticien britannique Tim Berners-Lee lors d'un entretien avec l'AFP dans le centre de Londres, le 3 juin 2026, en marge du festival SXSW London 2026. (Photo AFP)

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Au festival technologique SXSW à Londres, l’informaticien britannique Tim Berners-Lee a plaidé pour la préservation des principes fondateurs du Web face à l’essor de l’intelligence artificielle. Inquiet de l’exploitation croissante des données personnelles par les modèles d’IA, il défend des solutions permettant aux utilisateurs de conserver le contrôle de leurs informations et appelle à un encadrement plus structuré de ces technologies.

Londres, Royaume-Uni - Face à la montée en puissance de l'intelligence artificielle (IA), Tim Berners-Lee, principal inventeur du Web en 1989, appelle dans une interview à l'AFP à "préserver les valeurs" des débuts d'internet et veut permettre aux utilisateurs de filtrer les données personnelles envoyées aux géants du secteur.

"La prédominance de la personne, de l'individu" est au cœur de ces valeurs et "il est important que les gens utilisent cette technologie pour s'assurer que leurs clients, leurs citoyens, gardent le contrôle de leurs propres données", a-t-il insisté en marge du festival tech SXSW à Londres.

En 1989, le Britannique, physicien devenu informaticien, avait imaginé un système de partage de l'information qui devait permettre à des scientifiques d'accéder à des données où qu'ils se trouvent dans le monde.

Alors employé du Centre de calculs du CERN (à l'origine le Conseil européen pour la recherche nucléaire devenu Organisation européenne pour la recherche nucléaire), près de Genève, il avait baptisé ce nouveau réseau World Wide Web (WWW).

"Les modèles d'IA constituent une nouvelle couche, différente" sur internet. "Ils utilisent le fait que le web contient énormément de données pour être entraînés", pointe M. Berners-Lee pour qui il s'agit d'une innovation "passionnante" mais qui gagnerait à être encadrée.

Il souligne notamment que si le web dispose du W3C (World Wide Web Consortium), organisation de normalisation d'internet, l'IA ne dispose pas d'un organisme collaboratif équivalent.

Web gratuit pour tous

En 1990 et 1991, M. Berners-Lee a écrit le programme qui créait le premier navigateur internet, posant les bases pratiques du web actuel.

Au passage, il a inventé les concepts d'URL (adresse internet), HTTP (qui permet de retrouver un site) et HTML (le langage informatique type pour créer des pages internet).

Décidé à faire de cette toile un espace ouvert, il n'a pas breveté son programme et l'a mis gratuitement à disposition de tous, ce qui a contribué à sa diffusion.

Alors que l'utilisation des données personnelles par les modèles d'IA inquiète les autorités, notamment en Europe et aux États‑Unis, M. Berners-Lee a fait de leur protection son cheval de bataille depuis plusieurs années, notamment avec la startup Inrupt, qu'il a cofondée et lancée en 2018.

"Sans données, (les modèles d'IA) ne peuvent pas exister", souligne John Bruce, le second fondateur de cette entreprise, lui aussi interrogé par l'AFP à Londres. "Ils ont eu un accès illimité aux données de tout le monde et, si nous n'y prenons pas garde, nous allons nous retrouver dans une très mauvaise situation", affirme-t-il.

Inrupt s'appuie sur des portefeuilles de données sécurisés qui restent entre les mains des utilisateurs et travaille à créer un assistant IA baptisé Charlie qui pourra notamment filtrer les requêtes des utilisateurs vers des modèles tels que ChatGPT ou Claude.

"Lorsque vous posez une question", le système l'analyse et "décide quelles informations envoyer" au modèle que vous interrogez, "et s'il y a des données personnelles dedans il les modifie légèrement": l'IA "obtient une image de vous mais ne peut pas vraiment s'en servir pour vous identifier", explique Tim Berners-Lee. (AFP)