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En attendant la restructuration : Et si l’on parlait d’une “autonomie institutionnelle” pour les Marocains du monde ? – Par Abdelhamid Jmahri
Un ‘’gouvernement’’ des Marocains du Monde, bras exécutif de leur représentation serait un outil de rationalisation en mettant fin à l’« inflation institutionnelle » accumulée au fil des années, qui a vu coexister des structures devenues obsolètes, comme la Fondation Hassan II, dont la mission aurait dû s’achever il y a vingt ans déjà.
En attendant la restructuration des instances en charge de la diaspora marocaine voulue par le Souverain, Abdelhamid Jmahri, directeur et éditorialiste du quotidien Al Ittihad al ichtiraki, ose un appel à une « autonomie institutionnelle » pour les Marocains du monde. Plus qu’une revendication symbolique, c’est une vision stratégique qui érige la diaspora en véritable treizième région, dotée d’organes représentatifs et exécutifs capables de peser sur le développement national et sur l’influence internationale du Maroc.

Par Abdelhamid Jmahri
Une idée qui peut sembler osée
À première vue, le titre peut paraître excessif, voire provocateur. Il évoque une forme d’autonomie concernant des citoyens marocains répartis sur l’ensemble du globe, constituant une « treizième région » aux multiples « provinces ». Une région dont les territoires ne font l’objet d’aucun conflit ni d’aucune contestation, mais qui cherche une représentation institutionnelle forte afin de renforcer son lien avec le Maroc, leur pays, et avec ses institutions. Un lien qui va au-delà des seuls intérêts matériels ou de l’accès aux services, pour toucher à la démocratie marocaine et à la contribution à l’élargissement de son rayonnement territorial.
Cette ambition s’inscrit dans un contexte où le Royaume aspire à devenir une puissance suprarégionale et un centre géostratégique international, doté de fonctions qui dépassent le simple « soft power », pour s’impliquer dans le progrès civilisationnel du monde contemporain et ancrer l’identité spirituelle dans la démocratie et les valeurs universelles. Un sujet, il est vrai, qui mériterait à lui seul une réflexion approfondie.
Une réflexion relancée par le retour en plein débat électoral
Le retour des Marocains du monde coïncide cette année avec le débat électoral, au cœur duquel se trouve la question de leur représentation et de leur cadre institutionnel. Or, il semble que le Souverain ait appelé à aller bien au-delà d’une représentation parlementaire limitée en nombre et restreinte dans son influence sur la politique générale.
Dans son discours de la Marche verte 2024, Sa Majesté le Roi a insisté sur la nécessité de « structurer le cadre institutionnel » autour de trois objectifs clairs :
- Réorganiser les institutions concernées par les Marocains du monde.
- Éviter le chevauchement des compétences et la dispersion des acteurs.
- Répondre à leurs nouveaux besoins.
Cette vision réformatrice incite à réfléchir, sans craindre l’audace, à une forme « d’autonomie institutionnelle » qui s’appuierait sur deux piliers : un organe représentatif, à l’image d’un parlement, et un organe exécutif, assimilable à un gouvernement.
Un « parlement » des Marocains du monde
Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) pourrait jouer ce rôle parlementaire, un fois doté de caractéristiques propres aux institutions représentatives :
- Indépendance constitutionnelle en se transformant en une « institution constitutionnelle indépendante ».
- Pouvoir de proposition en servant de cadre de réflexion et de formulation de propositions.
- Représentation globale reflétant la diversité des composantes de la communauté marocaine à l’étranger.
Cette force institutionnelle, garantie par la Constitution, pourrait voir ses prérogatives étendues pour intégrer ses propositions dans un cadre complémentaire avec les institutions législatives nationales.
Un « gouvernement » pour l’action et l’efficacité
L’aspect exécutif, selon la vision royale, serait incarné par l’Institution Mohammedia pour les Marocains résidant à l’étranger, appelée à devenir :
- Le bras exécutif de la politique publique dans ce domaine, qu’elle découle du « parlement » de la communauté ou des orientations du Parlement national et des institutions nationales élargies.
- Un outil de rationalisation en mettant fin à l’« inflation institutionnelle » accumulée au fil des années, qui a vu coexister des structures devenues obsolètes, comme la Fondation Hassan II, dont la mission aurait dû s’achever il y a vingt ans déjà.
- Le gestionnaire clé de la « plateforme nationale pour la mobilisation des compétences marocaines résidant à l’étranger ».
Un projet qui dépasse la seule représentation
L’ambition exprimée par le Souverain dépasse le cadre habituel de la représentation politique, souvent source d’appréhensions et de débats. La compréhension de cette nouvelle formule, dans toute son ampleur, conditionnera sa mise en œuvre et permettra au Maroc de capter des compétences de haut niveau à travers le monde, dans les domaines scientifiques, économiques, politiques, culturels et sportifs.
En offrant un accompagnement adapté, des conditions favorables et les moyens nécessaires, cette approche permettrait à ces compétences de contribuer pleinement au développement national. Elle offrirait aussi l’occasion de moderniser et de renforcer le cadre institutionnel dédié aux Marocains du monde, tout en repensant le modèle de gouvernance des institutions existantes pour en améliorer l’efficacité et la complémentarité.