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GenZ, QUEL DIALOGUE AVEC LES JEUNES ? - Par Mustapha Sehimi
Des jeunes Marocains manifestent pour réclamer des réformes dans les secteurs de la santé et de l'éducation à Rabat, le 2 octobre 2025. (Photo : Abdel Majid BZIOUAT / AFP)
Le mouvement contestataire GenZ, le plus important depuis celui du 20 février de (2011), bouleverse la scène sociale et politique marocaine. Pourquoi ? Et que faire ? Entre revendications sociales, tensions sécuritaires et défi de communication, Mustapha Sehimi analyse les enjeux d’un dialogue encore incertain avec la jeunesse.

Par Mustapha SEHIMI
Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue
Cette première observation pour commencer : la contestation est depuis des lustres un des marqueurs de la vie sociale et politique dans le Royaume. Pour remonter à 2011, l'on avait compté quelque II.000 manifestations et rassemblements publics, 6 morts et 128 blessés. Aujourd'hui, le bilan dressé par le département de l'Intérieur est de 286 blessés dans les rangs des forces l'ordre et 23 autres parmi les manifestants. Il faut y ajouter depuis mercredi soir trois morts à Lequiaa (près d'Agadir) lors d'une tentative d'assaut contre une brigade de gendarmerie de cette localité. C'est là, assurément une autre séquence qui bouleverse la dimension des manifestations organisées depuis le samedi 27 septembre dernier.
Durant les deux premiers jours, les manifestations se voulaient "pacifiques". Globalement, elles l'ont été, les forces de l'ordre veillant à leur dispersion sans utiliser les grands moyens opérationnels du maintien de l'ordre (camions lanceurs d'eau, grenades lacrymogènes,... ). C'est d'autant plus notable qu'elles étaient illégales, n'étant pas été déclarées trois jours auparavant. Certes, le droit de manifester est constitutionnel (art.29 de la Constitution) mais il est régi par la loi qui prescrit cette déclaration auprès de l'autorité locale dans le délai précité. Annoncé pour deux jours du dernier week-end, ce mouvement social s'est prolongé durant les trois jours qui ont suivi. Comment expliquer cette prolongation ?
Sans doute requinqués par l'ampleur et la dimension nationale des manifestations, la pente naturelle était de poursuivre la mobilisation. En même temps, la politique sécuritaire a changé de registre en menant sur le terrain des opérations liées à l'exigence de l'ordre public. Des centaines d'interpellations ont été conduites pour vérification d'identité. Quelque 400 gardes à vue ont été décidées par le parquet. Des dizaines de manifestants seront déférées devant la justice. C'est là une seconde séquence. Ce qui s'est passé à Lequiâa, mercredi soir relève d'une nouvelle configuration puisque les manifestants, avec des armes blanches ont brûlé une partie des bâtiments de la gendarmerie local et ont voulu se saisir d'armes dans le dépôt de celles-ci. Ce modus operandi pose problème : n'y-a-t-il pas en l'espèce des implications, à un degré ou à un autre, d'éléments séparatistes voulant profiter de ce que l'on pourrait appeler un effet d'aubaine...
Revendications
Autre interrogation : quelles sont les revendications des manifestants ? Les thèmes récurrents étaient les suivants : la santé, l'éducation et la justice sociale. Il a été également question de "liberté" et de dignité" et même de " corruption". La santé ? Ce sont les 8 femmes décédées après césarienne dans la maternité de l'hôpital Hassan II d'Agadir, les 15-17 septembre dernier, qui ont été un grand choc émotionnel national. Une cristallisation d'un mécontentement général conjugué à une grande colère. Le gouvernement a réagi à sa façon, le mardi 30 septembre, mais au niveau des trois responsables des partis de la majorité (RNI, PAM, PI). Le communiqué publié à l'issue de ce rendez-vous est pratiquement de facture conventionnelle : "le dialogue et le débat", la disposition à écouter les demandes des manifestants... Mais dialoguer avec qui ? Les manifestants relèvent d'une géographie nationale déclinée dans près d'une dizaine de grandes villes et d'autres plus petites. A la différence du Mouvement du 20 février 2011, pas de coordination nationale ni de coordinations régionales. Que faire alors ? Sortir de l'équation fermée des manifestants : face ou contre ?
Gouvernement communiquer autrement
Le gouvernement ; aussi. Mais les jeunes manifestants ne connaissent que le seul espace numérique ; ils ignorent et évacuent dans le même temps les institutions et le cadre que celles-ci offrent en la matière. Un "dos-à-dos" qui ne permet pas la concertation, le gouvernement maîtrisant mal une communication de crise relative à une situation inédite. Cette difficulté de principe ne peut être surmontée à terme - pas à chaud. - que par des initiatives à terme.
En tout état de cause, le solde de cette situation reste préoccupant. Vendredi 10 septembre prochain, le Roi va certainement y faire référence dans son discours d'ouverture de la session parlementaire d'automne. Quant au gouvernement, il aura à donner des signes forts de son programme réformateur dans le projet de loi de finances 2026 qui sera déposé devant le Parlement avant le 20 octobre. L'image du Royaume est altérée alors qu'elle s'appuyait sur la stabilité, la sécurité, l'État social, etc... De quoi peser sur l'attractivité économique et touristique. Et le climat d’affaires. `