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Géopolitique du Sahara : Du mythe à la réalité, l’autonomie comme unique horizon au Sahara - Talaa Saoud Al Atlassi
Le changement de mandat de la mission des Nations Unies au Sahara constituerait une rupture majeure. Loin d’un processus figé, il marquerait la transition vers une dynamique de règlement du conflit
Alors que la communauté internationale se rallie massivement au plan marocain d’autonomie, le Polisario apparaît à bout de souffle et l’Algérie sommée de reconsidérer son rôle. L’analyse de Talaa Saoud Al Atlassi porte sur l’idée d’un nouveau mécanisme remplaçant la MINURSO qui prend forme à l’ONU, consacrant une dynamique irréversible vers la souveraineté marocaine sur le Sahara et redessinant l’équilibre géopolitique du Maghreb.

Par Talaa Saoud Al Atlassi
Une fin de cycle pour le Polisario
Le Polisario vit les derniers instants de son existence comme mouvement séparatiste. Après un demi-siècle de séparatisme au Sahara, deux options s’offrent à lui : se déliter et disparaître, ou se transformer en parti politique et intégrer le processus de mise en œuvre de l’autonomie des provinces sahariennes marocaines. Ce scénario, autrefois jugé improbable, devient aujourd’hui incontournable. Les tentatives répétées du Polisario pour détacher ces territoires du Maroc ont échoué.
La transition vers cette nouvelle étape ne sera pas aisée. Elle peut s’avérer longue et douloureuse, ou au contraire rapide et pragmatique. Mais une certitude s’impose : c’est la direction algérienne, parrain officiel du mouvement depuis cinquante ans, qui déterminera la forme de ce passage, son calendrier et son coût social et sécuritaire pour la région. L’analyse objective confirme que le Polisario a dépassé sa durée de vie politique. La communauté internationale entérine progressivement cette orientation, et le Conseil de sécurité des Nations Unies pourrait formaliser ce constat lors de sa réunion d’octobre prochain.
Une majorité internationale acquise à l’autonomie
Aujourd’hui, plus de 130 pays soutiennent déjà le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007. Ce chiffre ne cesse de croître. Même l’Afrique du Sud et la Bolivie, longtemps considérées comme les piliers du camp pro-Polisario, pourraient rejoindre cette dynamique.
Ce basculement diplomatique reflète un mouvement de fond. Grandes puissances, nations de taille moyenne ou petits États influents convergent autour d’une même conviction : la seule solution crédible, pacifique et durable au conflit est l’autonomie des provinces sahariennes sous souveraineté marocaine.
Dans son dernier rapport, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, insiste sur la nécessité d’un règlement politique urgent. Le conflit, vieux de près d’un demi-siècle, menace la stabilité régionale et freine les dynamiques de coopération en Afrique du Nord et au sud de la Méditerranée. Fait significatif : le mot « référendum » a disparu du vocabulaire onusien depuis près de vingt ans.
Washington, acteur central du dossier
L’administration américaine se place au cœur de cette évolution. Détenant la plume au Conseil de sécurité pour la rédaction des résolutions liées au Sahara, Washington joue un rôle clé.
Sous Donald Trump, les États-Unis accélèrent la dynamique. Le président américain, soucieux de réduire les foyers de tension secondaires pour se concentrer sur les grands dossiers stratégiques, considère le Sahara comme un « désordre parasite ». L’expression rejoint celle de feu Hassan II, qui parlait d’un « caillou dans la chaussure » de la région.
Cette orientation ne relève pas d’une faveur conjoncturelle faite au Maroc. Elle traduit une politique structurée et constante, confirmée sous l’administration démocrate de Joe Biden et désormais reprise par Trump dans une perspective de concrétisation.
Le projet « MANSSASO », nouvelle étape onusienne
La volonté américaine s’est récemment illustrée par l’envoi en Algérie, fin juillet, de Massad Boulos, conseiller de Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient. Sa mission : informer Alger d’un projet visant à remplacer la MINURSO, mission onusienne déployée au Sahara depuis 1991, par un nouveau mécanisme international baptisé « MANSSASO ».
La MINURSO avait pour mandat de surveiller le cessez-le-feu et d’accompagner l’organisation d’un référendum. Mais après deux décennies d’impasses, l’ONU a constaté l’impossibilité de tenir ce scrutin. L’idée est désormais de créer une structure qui accompagnera la mise en œuvre de l’autonomie, solution déjà largement reconnue par la communauté internationale.
Ce changement de mandat constituerait une rupture majeure. Loin d’un processus figé, il marquerait la transition vers une dynamique de règlement du conflit, plaçant l’ONU dans un rôle d’appui au plan marocain.
Une issue pragmatique pour Alger
Pour l’Algérie, ce scénario pourrait constituer une sortie honorable après cinquante ans de soutien au Polisario. Adopter la solution de l’autonomie permettrait d’alléger un fardeau diplomatique et financier considérable, sans perte de face. Elle libérerait aussi les ressources nécessaires à d’autres priorités internes et régionales.
Pour la communauté internationale, il s’agirait d’un pas vers la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie, deux acteurs clés de la région. Leur coopération est indispensable à la stabilité du Maghreb, mais aussi à la sécurité du Sahel et au développement de l’ensemble de l’Afrique du Nord.
Le Polisario, de son côté, se retrouve de plus en plus isolé. Aucun acteur majeur du système international – ni les États-Unis, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Union européenne, ni le Japon – n’a jamais reconnu la « république sahraouie ». Même l’ONU, qui l’a longtemps tolérée comme membre de l’Union africaine, ne la considère pas comme une entité étatique.
Cette absence de reconnaissance internationale mine la légitimité du mouvement. Pire encore, l’hostilité algérienne envers le Maroc irrite les grandes puissances, contraintes d’équilibrer leurs relations diplomatiques avec deux pays aux poids régionaux indéniables. Pour des capitales comme Paris, cette équation devient de plus en plus complexe.
Un mécanisme irréversible
La session de l’Assemblée générale de l’ONU, qui s’ouvrira le 9 septembre, servira de tribune pour mesurer l’ampleur de ce basculement diplomatique. La majorité des États membres devrait réaffirmer leur soutien à l’autonomie, tandis que le camp pro-Polisario s’amenuise.
Ces débats prépareront le terrain pour la réunion du Conseil de sécurité d’octobre. C’est là que pourrait être actée la création de la MANSASO, consolidant l’appropriation onusienne du plan marocain. Et très probable que la position de Russie, à moins d’une évolution notable, se limiterait à une abstention russe qui ne freinerait cette dynamique.
L’adoption d’un tel mécanisme ne signifierait pas une fin immédiate du conflit, mais l’ouverture d’un processus de résolution. Sa durée dépendra de la réaction d’Alger. Mais une fois enclenché, ce processus sera irréversible.
Vers un nouvel équilibre régional
La mise en œuvre du plan d’autonomie et la fin progressive du mythe séparatiste ouvriraient la voie à un nouvel équilibre régional. Pour le Maroc, ce serait la consolidation définitive de sa souveraineté sur ses provinces du Sud. Pour l’Algérie, une opportunité de se libérer d’un dossier qui plombe ses relations extérieures. Pour la région, une perspective de coopération, de sécurité et de prospérité partagée.
L’autonomie n’est donc pas seulement un compromis territorial. Elle est devenue la clé d’un avenir commun, un instrument pour stabiliser le Maghreb, sécuriser le Sahel et renforcer les dynamiques de développement au sud de la Méditerranée.
Une conclusion qui s’impose
En définitive, le plan marocain d’autonomie, s’impose aujourd’hui comme l’issue logique et réaliste au différend du Sahara. L’évolution du rapport de force diplomatique, le soutien affirmé des grandes puissances et la dynamique onusienne convergent vers une même conclusion : le temps du Polisario est révolu.
La question n’est plus de savoir si l’autonomie sera mise en œuvre, mais quand et comment. L’histoire et la géographie militent ensemble en faveur de cette solution. Le Maroc, en proposant ce plan, s’est placé dans le camp du réalisme et de la stabilité. La communauté internationale, en l’adoptant, confirme que le Sahara marocain n’est pas seulement un enjeu régional : c’est désormais un modèle de résolution pacifique de conflit que le monde entier observe.