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Ils ne parviendront jamais à leurs fins !1/2 – Par Mohamed Benabdelkader
À travers le majestueux « ils ne parviendront jamais ! », la parole Royale portée par le communiqué du Cabinet Royale du 22 janvier 2026, constitue une riposte performative contre la discorde orchestrée, galvanise la résistance marocaine, transcende la crise post-CAN et illustre une stratégie royale de communication de crise hautement maîtrisée.
À travers la formule « Ils ne parviendront jamais à leurs fins », reprise du communiqué du Cabinet Royal du 22 janvier 2026, se dessine une stratégie de communication de crise à forte portée symbolique, souligne l’analyste et ancien ministre Mohamed Benabdelkader. Dans un contexte post-CAN marqué par des tensions sportives, médiatiques et géopolitiques, cette parole souveraine, explique-il, a servi de levier rhétorique pour restaurer la confiance collective, neutraliser les récits hostiles et repositionner le Maroc comme acteur panafricain stable et fédérateur. En mobilisant une combinaison maîtrisée d’autorité institutionnelle, d’émotion collective et de raisonnement stratégique, la réponse royale a transformé une crise informationnelle en moment de consolidation nationale et continentale.

Mohamed Benabdelkader
Lors de la bataille de Verdun en 1916 pendant la première guerre mondiale, le général français Robert Nivelle et d’autres, utilisaient la formule « Ils ne passeront pas ! » pour galvaniser les troupes face aux assauts. Ce même slogan de résistance défensive, fut immortalisé durant la guerre civile espagnole (1936-1939) par Dolores Ibarruri, dite La Pasionaria, dirigeante du parti communiste. Dans un discours radio célèbre, le 19 juillet 1936, elle cria « No pasaran ! » pour défendre Madrid contre les troupes franquistes, Le slogan popularisé est devenu le cri de résistance de tous les antifascistes du monde entier.
Dans le même esprit que le célèbre cri de ralliement antifasciste « No pasaran !» qui exprime une résistance farouche face à l’agression militaire des forces franquistes, et dans un contexte bien diffèrent marqué par les guerres de désinformation et de manipulation, la parole Royale portée par le communiqué du Cabinet Royale du 22 janvier 2026, affirme une conviction tout aussi ferme et sereine qu’ils « ne parviendront jamais à leurs fins ! » érigeant une barrière rhétorique aux desseins hostiles visant le Maroc. À travers le majestueux « ils ne parviendront jamais ! », cette riposte performative contre la discorde orchestrée, galvanise la résistance marocaine, transcende la crise post-CAN et illustre une stratégie royale de communication de crise hautement maîtrisée.
Une communication de crise rassurante
Dans les situations d'urgence ou de haute sensibilité, (catastrophes, scandales, tensions) la communication de crise constitue pour tout dirigeant politique un levier décisif de pouvoir symbolique. Au-delà des mesures opérationnelles visant à minimiser les dégâts, elle détermine la capacité à reprendre la maîtrise narrative face aux passions brutes et aux narratifs concurrents, à recadrer les émotions collectives (colère, peur, déception) vers des affects constructifs, ainsi qu’à préserver la légitimité en transformant la menace perçue en démonstration d'autorité visionnaire. L'enjeu est majeur : celui qui donne le sens de la crise gouverne, celui qui la subit s'efface.
Au Maroc, la gestion royale des situations de crise privilégie traditionnellement les instructions directes aux autorités compétentes, ainsi que les séances de travail urgentes consacrées à l’examen de la situation et la prise des mesures qui conviennent, réservant la communication discursive publique aux enjeux stratégiques majeurs. Ainsi, face à des situations critiques telles que le retard d’exécution du programme de développement regional « Al Hoceima Manarat Al Motawassit » en octobre 2017, l’immobilisme pendant plus de cinq mois, lié au non aboutissement des consultations menées par Abdalilah Benkirane pour former le gouvernement en mars 2017, les effets du séisme d’Al Haouz en septembre 2023, ou les manifestation du mouvement GenZ212 en octobre 2025, le Souverain, en vertu de ses prérogatives constitutionnelles, gère la situation via des décisions ou Hautes Instructions aux institutions concernées, sans forcément recourir à une communication directe. Le Roi agit et réagit ainsi à des situations sensibles par des hautes décisions concrètes et instructions précises, sans exposition médiatique excessive ni communication discursive publique, laissant au Cabinet Royal le soin d’émettre des communiqués informatifs ponctuels. Cette gestion discrète privilégie l'efficacité opérationnelle sur l'effet médiatique, réservant la parole publique directe aux enjeux symboliques et stratégiques majeurs.
Deux moments forts illustrent cette modalité exceptionnelle, le discours du 9 mars 2011 sur la révision constitutionnelle, qui dans le contexte explosif des révoltes arabes, constitua une intervention rhétorique éclairée et décisive, transformant une crise déstabilisatrice potentielle en nouvelle perspective de réforme. Le communiqué du Cabinet Royal post-CAN 2025, publié dans un contexte hautement sensible et fortement marqué par des enjeux hybrides sportifs, médiatique et géopolitique, s’inscrit également dans cette même logique d’exception: ici l’enjeu dépasse le cadre opérationnel pour toucher l’unité nationale et l’identité africaine, donc, le Roi via son Cabinet, parle à la Nation et au Continent.
Quatre jours après la finale tumultueuse de la 35ème CAN, le communiqué du Cabinet Royal s’impose comme une réponse magistrale à une crise informationnelle majeure. Par sa réactivité exemplaire, sa protection stratégique de la réputation nationale et sa maîtrise des enjeux symboliques, il incarne pleinement les canons d’une parfaite communication de crise.
En célébrant d’abord le « succès historique » et en rendant hommage à tous les contributeurs, Sa Majesté le Roi pose le décor d’une réussite collective. Puis, d’un geste rhétorique précis, il nomme sans complaisance les fâcheux incidents et les très déplorables agissements qui ont terni la grande fête footballistique africaine. Cette double posture – célébration proactive et déploration mesurée – trace la voie d’une gestion de crise Royale : dénoncer sans dramatiser, dépassionner sans minimiser. Elle illustre ainsi une communication de crise "hybride" : sportive en surface, diplomatique en profondeur.
Le communiqué du Cabinet Royal, publié suite à la 35e CAN organisée par le Maroc, offre un cadrage narratif protecteur et projette une sortie de crise positive. Par cette démarche, il illustre une maîtrise rhétorique exceptionnelle dans la gestion d'une crise sportive hybride. Malgré la défaite en finale face au Sénégal et les incidents qui l'ont marquée, ce texte transforme l'événement en triomphe national et panafricain via un équilibre aristotélicien entre ethos souverain, pathos collectif et logos stratégique.
Une rhétorique aristotélicienne en gestion de crise
Le communiqué du Cabinet Royal, utilise magistralement l'arsenal rhétorique d'Aristote en combinant l'ethos (crédibilité), le pathos (émotions) et le logos (logique) pour apaiser les émotions collectives, défendre l'image du Royaume et réaffirmer son leadership panafricain, canalisant ainsi une déception sportive vers une fierté nationale partagée.
Ethos et Autorité Royale :
Le communiqué construit une image de soi persuasive en reposant l’ethos sur trois piliers fondamentaux :
- Le Roi visionnaire: des formules comme "Conformément à la Vision éclairée du Souverain" ancrent le message dans une légitimité institutionnelle irréfragable, renforçant la confiance en une source infaillible. Les verbes attribués au Roi – "tient à exprimer", "adresse Ses compliments", "demeure persuadé" – projettent une souveraineté transcendante qui nomme la crise sans s'y complaire. Cette verticalité institutionnelle, renforcée par les formules protocolaires, positionne Sa Majesté comme arbitre suprême au-dessus des passions footballistiques.
- Le "modèle marocain" fiable : le texte crédibilise le Royaume par des réalisations collectives concrètes – classement "8ème meilleure sélection mondiale" de l’équipe nationale, fruit d’une "politique sportive et infrastructurelle volontariste" – transformant les performances en preuve tangible de gouvernance exemplaire.
- L’engagement panafricain : le Maroc se pose comme "un grand pays africain, fidèle à l’esprit de fraternité", déployant des partenariats "ambitieux" qui contrecarrent les critiques par une posture de leader altruiste et continental.
Le communiqué du Cabinet Royal, en se référant à la parole du Souverain, protège l'image du Maroc comme hôte exemplaire en recentrant sur le "succès historique" et la "réussite africaine »
Pathos et mobilisation collective :
Le pathos destiné également à produire la persuasion, cible les affects nationaux – fierté, gratitude, unité – pour susciter une adhésion émotionnelle. Les remerciements de SM le Roi à toutes les composantes de la nation, ses compliments aux millions des marocains, l’exaltation du succès historique et du classement mondial des Lions de l'Atlas, transcendent le sentiment de frustration post-finale vers un accomplissement national et une fierté panafricaine. Des expressions comme "admirablement “, “avec ferveur", "un mois de joie populaire et d’émotion sportive", évoquent un élan collectif vibrant, qui transmue la CAN en fête nationale, en réappropriant les avancées (infrastructures, 8e place mondiale) comme fruit d'un effort national fusionnel.
Le pathos, en plus de promouvoir la fierté, désamorce la déception, les « fâcheux incidents » de la finale sont minimisés et perçus comme passagers face à la réussite collective : "une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus". Dans le même contexte, le communiqué du Cabinet Royal oppose la "rancœur et la discorde" à la "proximité cultivée au fil des siècles", apaisant ainsi les tensions pour recentrer sur la "réussite africaine", le "rayonnement de l’Afrique et de son football". Ce pathos suscite un sentiment d'appartenance continentale, qui renforce l'identité marocaine comme vecteur d'émotions positives, créant ainsi une catharsis émotionnelle autour d'un narratif victorieux malgré la défaite sportive.
Logos et retenue diplomatique :
Le logos dans la rhétorique de ce communiqué, structure une causalité persuasive liant succès sportif à une gouvernance performante, et controverses à des "desseins hostiles" vains. Dans la cadre de ce raisonnement le "résultat remarquable" est logiquement attribué à une "vision de long terme" et un "modèle marocain singulier et performant qui place le citoyen au centre", avec des preuves comme les infrastructures et le "choix patriotique" des binationaux. Il établit également une distinction entre incident et succès global, malgré les "très déplorables agissements", le texte argue que "cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine", priorisant le bilan positif (organisation, rayonnement) sur un épisode isolé. Dans la continuité de ce raisonnement logique, le Roi est convaincu que les campagnes de dénigrement et les desseins hostiles resteront vains en raison de la lucidité du peuple qui sait faire la part des choses.
Ce logos royal déploie ainsi une trame argumentative cohérente qui anticipe et désarme les objections. Malgré la fermeté affichée envers les très déplorables agissements, la sobriété lexicale neutralise rancœurs et desseins hostiles, préservant le soft power continental tout en contrecarrant les narratifs rivaux.
Le communiqué émanant du Cabinet Royal excelle par son équilibre rhétorique : l'ethos cadre le message, le pathos mobilise les cœurs, et le logos le rend irréfutable. Au cœur des tensions post-CAN – incidents en finale, campagnes de désinformation – le communiqué royal neutralise les narratifs adverses tout en déployant une stratégie magistrale de soft power marocain.
Une Stratégie rhétorique maitrisé
Le langage n'est pas un simple vecteur d'information, mais l'instrument premier de toute stratégie rhétorique, il construit l'ethos par un lexique valorisant, suscite le pathos via des adjectifs émotionnels, et structure le logos par des verbes performatifs. Quel usage du langage, le communiqué royal fait-il pour articuler ethos, pathos et logos dans sa stratégie rhétorique de gestion de crise post-CAN ? Retenons particulièrement l'emploi des verbes et des adjectifs, révélateurs de sa maîtrise discursive.
Dans le texte du communiqué (442 mots) on peut distinguer une vingtaine de verbes principaux apportant l’information essentielle sur le sujet, ces verbes prédicatifs pleins ayant comme sujets grammaticaux le Roi, le Royaume les marocains, la CAN2025, la fraternité africaine et les desseins hostiles, forment le noyau sémantique et narratif du communiqué, et portent le sens structurant du message transmis. Sans nous étaler sur l'analyse exhaustive de l’ensemble de ces verbes, nous nous focaliserons particulièrement sur ceux dont le sujet grammatical est le Souverain, car ils révèlent avec une intensité particulière, l'articulation entre ethos royal et stratégie de gestion de crise.
Les verbes structurants du message
Le communiqué attribue trois verbes d'action et d'autorité au Roi Mohammed VI, articulant subtilement son ethos souverain, au-dessus de la crise tout en la maîtrisant. On en distingue deux catégories: d'une part, les verbes directionnels de communication descendante : Tient particulièrement à féliciter…et à remercier / Adresse ses compliments: Ces verbes performatives posent le Roi comme initiateur bienveillant, offrant reconnaissance et gratitude de haut en bas. Ils rappellent la verticalité du pouvoir (ethos), institutionnalisent la fierté nationale, et transforment un merci royal en validation collective.
D'autre part, il y a le verbe assertif d'autorité cognitive (demeure persuadé) qui projette une conviction inébranlable face à la réaction du peuple marocain aux "desseins hostiles”. Le communiqué du Cabinet Royal aurait pu adopter une formulation plus prescriptive, comme « Sa Majesté le Roi, que Dieu l’assiste attend du peuple marocain qu’il sache faire la part des choses et qu’il ne se laisse pas entrainer dans la rancœur et la discorde », cette hypothèse aurait placé le Souverain dans une posture légitime de prescripteur qui fixe la norme et formule une exigence. Telle rhétorique paternaliste de mise en garde, classique chez certains dirigeants politiques se posant en guides correcteurs, tranche avec l’approche Royal.
À titre de comparaison, le Président Emmanuel Macron avait recouru à cette stratégie dans un discours où il a averti : « Alors mes amis, ne vous trompez pas : faire tout cela, bâtir une France indépendante dans une Europe puissante n'a rien d'une évidence. » Le Chef d’Etat se pose ainsi comme celui qui voit juste et avertit, qui tient à corriger la perception « ne vous trompez pas » pour éviter le mauvais choix.
Or la présupposition performative du communiqué du Cabinet Royal, ttransforme une consigne directive en constat axiomatique confiant : le Souverain demeure persuadé que le peuple marocain sait faire la part des choses et qu’il ne se laissera pas entrainer dans la rancœur et la discorde. Ainsi s’exprime une foi absolue dans la maturité populaire inébranlable. Loin d’imposer un ordre vertical brut, plaçant le peuple en simple exécutant, le message royal érige cette sagesse en essence constitutive de la nation – un « je sais que vous le ferez » substitué au « faites-le ». Cette inversion magistrale confère au discours une double confiance performative et épistémique : performative, elle anticipe l'action vertueuse (savoir faire la part des choses) comme déjà réalisée par un peuple mûr ; épistémique, elle relie dans une chaine de valeurs cognitives la sagesse souveraine (le Roi demeure persuadé) à la maturité populaire (le peuple sait faire la part des choses).
L'affirmation sophistiquée « Le peuple marocain ne se laissera pas entraîner » opère ainsi une présupposition vertueuse : elle postule la maturité intrinsèque du destinataire comme évidence. Cette rhétorique élégante forge une complicité cognitive implicite, rendant le mauvais choix structurellement inimaginable, car incompatible avec l'identité sublimée. Dès lors s'exprime une stratégie discursive magistrale, où le Roi ne se contente pas de réagir à la crise, il la transcende par un triptyque éloquent : nommer, valoriser, rassurer.