chroniques
La Leçon marocaine – Par Hatim Betioui
Cinquante ans durant, le Maroc a poursuivi son combat pour sa souveraineté sur le Sahara sans jamais interrompre son processus de construction démocratique. Celui-ci déboucha sur une étape historique : la formation, en 1998, du premier gouvernement d’alternance, dirigé par l’Union socialiste des forces populaires sous la conduite d’Abderrahmane Youssoufi, figure emblématique et historique de l’opposition radicale, et successeur de Abderrahim Bouabid à la tête de l’USFP.
Pendant un demi-siècle, le Maroc a défendu l’unité de son territoire sans jamais renoncer à ses principes démocratiques. Alors que d’autres pays auraient cédé à la tentation autoritaire, le Royaume a continué à faire vivre sa Constitution, ses institutions et ses libertés publiques. De la Marche Verte à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, il a su concilier patriotisme et réformes, résistance et modernisation. Hatim Betioui revient sur cette Leçon marocaine, alors qu’aujourd’hui, fort de cette maturité politique et de son offre d’autonomie reconnue par la communauté internationale, le Maroc réaffirme que la paix et la prospérité maghrébines passeront par le dialogue, la réconciliation et la mise en œuvre du projet d’autonomie au Sahara.

Hatim Betioui
Le Maroc a tenu bon pendant un demi-siècle pour défendre l’unité de son territoire. Durant toutes ces années de guerre d’usure, militaire, financière et économique, le pays n’a jamais cédé à la tentation de la répression ni suspendu ses institutions. Il n’a pas déclaré l’état d’urgence, ni gelé la Constitution, ni interdit les partis politiques, ni muselé la presse d’opposition. Bien au contraire, il a choisi de poursuivre son chemin dans la construction d’un État démocratique et le renforcement des libertés publiques — un choix d’autant plus remarquable qu’il allait à contre-courant des régimes autoritaires alors dominants dans le tiers-monde.
De la Marche Verte à la démocratie
Après la Marche Verte pacifique de 1975, initiée par le roi Hassan II et à laquelle prirent part officiellement 350 000 Marocains — en réalité plus de 500 000, selon le témoignage de feu Abdelhadi Boutaleb, conseiller du roi —, l’Algérie offrit récupéra sur son territoire une organisation armée : le Front Polisario. Cette décision marquait clairement le choix d’une confrontation ouverte avec le Maroc.
Pourtant, au cœur même de la guerre du Sahara, le roi Hassan II lança ce qu’il appela le « processus démocratique ». Ce tournant fut symbolisé par la promulgation du premier code des collectivités locales, considéré à l’époque comme une avancée majeure. En 1976 furent organisées les premières élections communales et rurales, suivies, en juin 1977, des législatives.
Le souverain, fidèle à son pragmatisme, maniait le fusil d’une main pour défendre la patrie, et de l’autre, portait la torche du développement institutionnel. Cinquante ans durant, le Maroc a poursuivi son combat pour sa souveraineté sur le Sahara sans jamais interrompre son processus politique. Celui-ci déboucha sur une étape historique : la formation, en 1998, du premier gouvernement d’alternance, dirigé par l’Union socialiste des forces populaires sous la conduite d’Abderrahmane Youssoufi, figure emblématique et historique de l’opposition radicale, et successeur de Abderrahim Bouabid à la fête de l’USFP.
La continuité monarchique et la nouvelle étape diplomatique
À son avènement en 1999, le roi Mohammed VI a poursuivi cette ligne, tout en la modernisant et en l’enrichissant. C’est ce que l’on peut appeler aujourd’hui « la leçon marocaine » : la capacité à concilier défense nationale, paix civile et développement durable. Le Maroc a su mener de front la construction d’un État moderne, la consolidation de ses institutions et la mise en œuvre de projets structurants, tout en repoussant les agressions extérieures.
Aujourd’hui, avec l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2797, qui consacre le plan marocain d’autonomie présenté en 2007, le Royaume entre dans une nouvelle phase, fruit d’une percée diplomatique sans précédent. Dans son discours au peuple, le souverain a résumé ce tournant historique en ces termes : « Nous vivons une étape décisive dans l’histoire du Maroc moderne. Il y a un avant et un après le 31 octobre 2025. »
Le dialogue de Marrakech : une offre historique de paix
Le 6 janvier 1989, à Marrakech, une rencontre eut lieu entre le roi Hassan II et une délégation du Front Polisario, soutenue par l’Algérie. Ce fut un moment de vérité. Le souverain défunt y affirma, avec une clarté absolue, que tout pouvait être discuté sauf la souveraineté du Maroc sur son Sahara.
Il proposa que le Royaume conserve ses attributs essentiels — drapeau, monnaie nationale, politique étrangère, défense —, tout en garantissant le retour des dirigeants et des membres du Front sans la moindre exclusion ni représailles. Il s’engagea même à intégrer leurs cadres civils et militaires dans les institutions nationales : Forces armées royales, administration territoriale, Parlement, et autres structures de l’État.
Cette proposition ne reçut aucune réponse. Mais la démarche de Hassan II traduisait déjà la vision d’un règlement politique fondé sur la réconciliation nationale et la participation, bien avant que l’idée d’autonomie ne soit formalisée.
Ainsi, le Maroc a démontré, par l’exemple, qu’un pays pouvait à la fois défendre son intégrité territoriale et approfondir sa démocratie. Le long combat pour le Sahara n’a pas paralysé l’État : il l’a, au contraire, renforcé. C’est là le cœur de « la leçon marocaine » : l’unité et la liberté ne sont pas des valeurs contradictoires, inconciliables et naturellement incompatibles, mais les deux faces d’un même projet national.
Entre réconciliation nationale et ultime appel au dialogue
Le roi Hassan II avait alors lancé la célèbre formule : « La patrie est clémente et miséricordieuse », un message clair signifiant que l’État est capable d’accueillir tous ses enfants, quelles que soient leurs divergences, à condition qu’ils reconnaissent l’unité territoriale du Royaume.
Mais il avait également posé une ligne rouge : le séparatisme. L’autonomie, oui, mais sous un plafond élevé et dans le cadre de la souveraineté nationale.
Ces propositions constituaient les premières graines de ce qui deviendrait plus tard le concept d’« autonomie élargie » au Sahara, garantissant aux populations locales la gestion de leurs affaires dans le cadre de la souveraineté marocaine. Ce principe sera officiellement formulé en 2007, sous le règne du roi Mohammed VI.
Le tournant de Marrakech et l’inflexibilité d’Alger
Lors de la rencontre de Marrakech, la délégation du Front Polisario s’était contentée d’écouter sans répondre, n’ayant pas reçu mandat pour négocier. La direction installée dans les camps de Tindouf, dans le sud-ouest algérien, rejeta la proposition sous la pression manifeste d’Alger, qui opposait son veto à toute solution ne reposant pas sur la conception qu’il se faisait du référendum d’autodétermination qu’elle continue de concevoir comme unique issue.
Même si cette rencontre de 1989 n’a pas débouché sur un accord, elle marqua une transition historique : le passage du langage des armes à celui du dialogue. Elle fut une étape vers le plan de règlement onusien de 1991 et l’installation de la mission des Nations Unies, MINURSO.
Mais la mise en œuvre de ce référendum buta sur des problèmes majeurs d’identification : le Polisario acceptait l’inscription d’un individu vivant dans les camps parmi les électeurs, tout en refusant celle de son frère ou de son cousin, parfois de son père résidant dans les provinces sahariennes marocaines.
De 1989 à 2025 : la diplomatie marocaine triomphe
Entre le 6 janvier 1989 et le 31 octobre 2025, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du dossier du Sahara. Le Conseil de sécurité a adopté la proposition marocaine d’autonomie comme la seule solution réaliste et applicable.
Le contexte international a profondément changé : il apparaît désormais clairement que le conflit est un différend régional artificiel que l’Algérie entretient avec obstination.
Aujourd’hui encore, Alger persiste dans son refus de toute solution en dehors de son schéma initial, quitte à se mettre en porte-à-faux avec les Nations unies et la communauté internationale. Dans son sillage, le Front Polisario a rejeté la récente résolution du Conseil de sécurité.
L’Algérie tente de sauver la face en s’enfermant dans la posture du refus. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle maintenir cette position ?
Le choix du dialogue et l’avenir du Maghreb
Dans son dernier discours, le roi Mohammed VI a tenu à rappeler que, malgré les avancées positives de la question du Sahara, le Maroc reste attaché à une solution où il n’y a « ni vainqueur ni vaincu », une solution qui préserve la dignité de tous.
Le Souverain a également insisté sur le fait que le Royaume ne considère pas ces évolutions comme une victoire à exploiter pour alimenter les tensions, mais comme une opportunité pour ouvrir une nouvelle ère de dialogue.
C’est dans cet esprit qu’il a lancé un appel fraternel au président algérien Abdelmadjid Tebboune, en l’invitant à un « dialogue sincère et fraternel » entre le Maroc et l’Algérie, pour surmonter les différends et construire une relation fondée sur la confiance, la fraternité et le bon voisinage.
Le Roi a, par ailleurs, réaffirmé son engagement à relancer l’Union du Maghreb arabe sur des bases nouvelles : respect mutuel, coopération et complémentarité entre ses cinq pays membres.
On peut imaginer ce que représenterait une région maghrébine unie, aux frontières ouvertes de Oujda à Salloum, à la frontière de la Libye avec l’Egypte : un espace de paix et de prospérité sur la rive sud de la Méditerranée, où reculeraient les causes de tension et de division qui menacent tous les peuples sans exception.
L’autonomie, dernière chance pour la paix régionale
Le long chemin de la construction maghrébine commence par une seule étape : la mise en œuvre effective du plan d’autonomie sur le terrain. C’est le message clair du Maroc, un message d’ouverture qui sauve la dignité de toutes les parties, à commencer par les peuples eux-mêmes.
Dans cette perspective, le roi Mohammed VI a annoncé l’intention du Royaume de réviser et d’enrichir le contenu de son initiative d’autonomie, afin de la présenter prochainement aux Nations unies comme base unique de négociation, en tant que solution réaliste, pragmatique et durable.
En tout état de cause, le Maroc est dans son Sahara. La balle est désormais dans le camp de l’Algérie. Le plan d’autonomie représente la dernière opportunité pour garantir une paix et une stabilité durables dans la région. Une question demeure : face au train de l’autonomie s’apprête à démarrer, l’Algérie choisira-t-elle d’y monter, ou laissera-t-elle encore passer, pour ceux dont elle prétend défendre le destin, une chance historique qui ne se reproduira pas ?