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La motion de censure était-elle nécessaire ou opportune ? – Par Bilal Talidi
La vérité politique, c’est que le PJD reste obsédé par son éviction du pouvoir. Derrière les attaques contre l’USFP se cache une tentative désespérée de se replacer au centre du jeu politique. L’USFP portera, lui, un autre péché : celui d’avoir manœuvré contre les partis de l’opposition
La querelle entre l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti de la justice et du développement (PJD) illustre une opposition incapable de transcender ses rancunes historiques. Derrière l’échec de la motion de censure, se dessine l’incapacité des partis à construire une stratégie commune. Alors que la scène politique nationale a été vidée de véritable débat politique, une crise de confiance révèle d’un paysage politique verrouillé par les égos et la mémoire des trahisons. Analyse de Bilal Talidi.

La guerre des nerfs entre l’USFP et le PJD
Deux jours seulement après l’annonce du retrait de l’USFP de l’initiative de motion de censure contre le gouvernement, les deux principaux partis d’opposition se sont livrés à une joute politique sans retenue. Le premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar, a justifié son retrait par la volonté d’anticiper une "tentative de détournement" de la motion par le PJD. Selon lui, son parti, à l’origine de la proposition dès 2023, aurait préféré se retirer plutôt que de voir sa propre initiative captée par un rival qu’il accuse de manœuvre.
Le PJD, par la voix de son secrétariat général, qui ne veut vraiment pas voir les causes réelles du blocage de la formation du gouvernement en 2016, A immédiatement contre-attaqué, qualifiant la direction de l’USFP de "manœuvrière", évoquant une attitude similaire à celle de 2016, lorsque Lachgar aurait torpillé la chance d’un du second gouvernement Benkirane. Le souvenir du "blocage" est ainsi ravivé, et avec lui, les accusations de duplicité politique.
L’impossible coordination dans l’opposition
Au fond, peu importe les piques échangées. Elles ne font que confirmer le diagnostic : l’opposition marocaine est en crise, incapable d’offrir une plateforme de débat de fond et de construire une action concertée, tant les querelles de leadership priment. Les efforts de coordination entre Abdellah Bouanou (PJD) et Abderrahim Chahid (USFP) n’ont servi qu’à tester, et confirmer, l’impossibilité d’un front commun durable.
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Le PJD reste méfiant. Il ne digère pas l’initiative unilatérale de Lachgar en 2023, interprétée comme une ‘’stratégie opportuniste’’ sans concertation ni base politique claire. L’USFP, quant à lui, dénonce l’"avidité" du PJD à s’emparer d’une motion de censure qu’il n’a pas initiée, oubliant que la tradition parlementaire exige que le parti le mieux représenté prenne l’initiative… ce qui est justement son cas.
Une motion de censure sans conviction
L’échec de la motion de censure était prévisible. Même au sein de l’opposition, personne n’y croyait vraiment. Les voix critiques se sont rapidement élevées pour s’interroger sur le sens de cette démarche, à moins d’un an de la fin du mandat du gouvernement. L’urgence politique d’une telle initiative faisait défaut, tout comme une réelle volonté stratégique de renverser l’exécutif.
Chez les militants du PJD, certains doutaient de la pertinence de s’associer à un chef de parti perçu comme ambigu, entre proximité avec le pouvoir et posture d’opposition intéressée. Le passé de Lachgar, marqué par des compromis personnels plus que partisans, continue de peser sur sa légitimité à incarner une alternative crédible.
Au final, cette séquence illustre la profonde fragmentation de l’opposition marocaine. Tant que les chefs restent les mêmes, tant que les mémoires des rancunes passées dictent les postures, toute tentative d’action commune est vouée à l’échec. Ni l’USFP ni le PJD ne semblent prêts à dépasser leurs logiques internes pour construire une opposition forte et stratégique.
La motion de censure n’était qu’un prétexte, un ballon d’essai dans un champ politique étouffé par les calculs personnels. Le vrai défi reste celui de la reconstruction d’un espace d’opposition crédible, moderne, capable de parler d’une seule voix — ce qui suppose, peut-être, un renouvellement générationnel et moral au sommet des partis.
Entre rumeurs de corruption et aveux d’impuissance
En réaction au retrait de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) de l’initiative de motion de censure, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) a tenté de détourner l’attention de ses propres militants des interrogations internes. Allusions à peine voilées à une possible "transaction p" entre Driss Lachgar et Aziz Akhannouch, insinuations sur l’usage de fonds pour bloquer la motion : sensiblement l’argumentaire glisse de la critique politique à l’accusation grave, voire à la diffamation.
Pire, pour justifier l’échec de la motion, le leader islamiste affirme que la chute du gouvernement n’exige même pas une motion formelle — “le peuple l’a déjà renversé”, dit-il. Mais alors, pourquoi avoir engagé des semaines de coordination avec l’opposition ? Pourquoi avoir persisté dans une démarche que l’on déclare finalement inutile ?
La vérité politique, c’est que le PJD reste obsédé par son éviction du pouvoir. Derrière les attaques contre l’USFP se cache une tentative désespérée de se replacer au centre du jeu politique, en s’offrant soit comme recours en cas de crise, soit comme force d’équilibre rappelant ses services passés au pouvoir.
Un pari sur la crise…
Mais en réalité, la direction du parti est consciente que le pays entre dans une phase sensible, marquée par des échéances électorales imminentes et des défis nationaux pressants. Un renversement du gouvernement à ce moment n’est ni souhaitable, ni utile — il risquerait même de provoquer un vide institutionnel plus grave que les lacunes du cabinet actuel.
En soutenant une motion de censure sans véritable fondement stratégique, le PJD espérait sans doute déclencher un sursaut politique. Une secousse qui aurait pu raviver l’intérêt pour un parti dont l’attractivité qui s’est effritée lors de défaite électorale de 2021 et se poursuit. L’idée, en somme, est que ce parti ne renaît que dans la tourmente.
Mais ce pari s’est retourné contre lui : en se rapprochant d’un acteur qu’il accuse de ‘’trahison’’ (l’USFP), il reproduit ses erreurs passées. Et ce double langage nourrit une image de parti prisonnier de ses contradictions, incapable de se projeter dans une alternative crédible.
L’opposition face à sa propre crise
L’Union socialiste des forces populaires portera, lui, lors des prochaines élections, un autre péché : celui d’avoir manœuvré contre les partis de l’opposition au profit du Chef du gouvernement (en épargnant à son exécutif l’épreuve d’un débat que nourrirait la motion de censure). Quant aux autres composantes de l’opposition — le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et le Mouvement populaire — leur silence sur le fond de la crise est éloquent. Préoccupées par le calcul électoral et le coût potentiel d’une confrontation frontale, elles préfèrent blâmer les deux protagonistes principaux, tout en se félicitant d’avoir tenté de les réconcilier.
Mais aucune de ces formations n’ose assumer pleinement l’échec collectif, ni poser les vraies questions : la motion de censure avait-elle une base politique solide ? L’opposition était-elle réellement prête, unie, dotée d’un projet alternatif ? Était-ce le bon moment pour une telle initiative ?
À l’heure où le Maroc s’apprête à entrer dans une séquence politique décisive, l’opposition donne l’image d’un conglomérat divisé, guidé davantage par les réflexes tactiques que par une volonté de gouverner autrement. Entre les accusations de trahison, les sous-entendus de corruption, et les justifications de façade, elle se condamne à rester spectatrice.