La Nouvelle Géographie du Maroc – Par Abdeljlil Lahjomri

La Nouvelle Géographie du Maroc – Par Abdeljlil Lahjomri

Abdeljlil Lahjomri (photo) : ‘’Si la géographie classique s’est principalement consacrée à la description des lieux, la géographie « nouvelle » s’intéresse aux transformations des espaces dans le temps, au pouvoir dans sa relation avec la gestion des ressources, aux populations dans leurs mobilités, leurs choix, leurs migrations et leurs aspirations’’.

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Dans un contexte de mutations spatiales, sociales et environnementales profondes, La Nouvelle Géographie du Maroc, supervisée et édité par l’Académie du Royaume, s’impose comme une œuvre fondatrice, à la fois scientifique, critique et prospective. Conçue par une trentaine de chercheurs de renom, cette encyclopédie en trois volumes ne se limite pas à dresser un inventaire du territoire marocain : elle interroge, explique le Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume Abdeljlil Lahjomri, les dynamiques qui le façonnent, les déséquilibres qui le traversent, et les perspectives de développement qu’il recèle. À la croisée des disciplines – géographie, sociologie, urbanisme, écologie et philosophie du développement – cet ouvrage redéfinit le rôle de la pensée géographique comme levier stratégique de justice territoriale, d’aménagement raisonné et de refondation intellectuelle. Une somme intellectuelle incontournable pour comprendre le Maroc d’aujourd’hui et penser celui de demain. Dans cette perspective, le qualificatif de « nouvelle » dans le titre de cet ouvrage ne peut être considéré, écrit M. Lahjomri comme une indication temporelle, mais plutôt comme un choix méthodologique visant à bâtir une conception renouvelée de la géographie.

 

Abdeljlil Lahjomri (photo) : ‘’Si la géographie classique s’est principalement consacrée à la description des lieux, la géographie « nouvelle » s’intéresse aux transformations des espaces dans le temps, au pouvoir dans sa relation avec la gestion des ressources, aux populations dans leurs mobilités, leurs choix, leurs migrations et leurs aspirations’’.

Une encyclopédie critique pour repenser l’espace marocaine

Les politiques de développement : la géographie, comme discipline, n’est plus seulement un outil d’observation du réel, mais un instrument d’analyse critique et prospective, contribuant à l’élaboration de choix de développement plus conscients des potentialités de l’espace et de ses dynamiques.

En réalisant ce projet scientifique, l’Académie du Royaume du Maroc offre aux chercheurs ainsi qu’à l’ensemble des personnes intéressées une œuvre de référence inédite par son contenu, riche par ses approches et signifiante par son titre : La Nouvelle Géographie du Maroc, en trois volumes totalisant 1133 pages, élaborée par trente-quatre chercheurs et chercheuses parmi les meilleurs spécialistes en géographie, sciences sociales et politiques publiques. Elle comprend cinquante chapitres, rigoureusement documentés, enrichis d’illustrations, de cartes, et de données visuelles qui permettent de transformer la lecture géographique en une expérience perceptive et cognitive complète.

Ainsi, cet ouvrage se présente comme un socle de savoir solide, fondé sur une vision scientifique rigoureuse, visant à renouveler l’approche de la géographie, non pas comme une discipline technique se limitant à la description des reliefs ou à la mesure des distances, mais comme un outil analytique apte à comprendre les mutations, révéler les déséquilibres spatiaux, diagnostiquer les inégalités structurelles et suivre les dynamiques de l’espace marocain dans ses processus de formation et d’évolution.

Dans cette perspective, le qualificatif de « nouvelle » dans le titre de cet ouvrage ne peut être considéré comme une indication temporelle, mais plutôt comme un choix méthodologique visant à bâtir une conception renouvelée de la géographie, préoccupée par les transformations du présent et attentive aux changements de l’avenir. Il s’agit d’une géographie qui repense la relation entre l’homme et l’espace, entre l’État et les territoires, entre la planification et les mutations environnementales. C’est dans cet esprit que cette forme d’encyclopédie s’efforce d’ancrer une compréhension dynamique de l’espace marocain, envisagé comme un champ en perpétuelle transformation, ouvrant ainsi la voie à l’élaboration d’un horizon commun dépassant les divisions formelles pour aller vers une lecture synthétique de la réalité spatiale.

Ainsi, cette encyclopédie ne se limite pas à un simple travail de classification, mais s’engage résolument dans une analyse critique, révélant les significations implicites des paysages territoriaux, qu’il s’agisse des enjeux liés à l’eau, aux mutations climatiques, aux problématiques d’urbanisme et d’habitat, à la gestion de la diversité naturelle et humaine, ou encore aux défis de la régionalisation et de la justice spatiale. Elle propose une vision globale qui appréhende la géographie comme interdisciplinaire, croisant les savoirs de l’économie, de la sociologie, de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des politiques publiques et de la philosophie du développement. C’est ce qui confère à cet ouvrage son identité complexe, créant un véritable horizon pour la réflexion collective sur le Maroc d’aujourd’hui et de demain.

Si la géographie classique s’est principalement consacrée à la description des lieux, la géographie « nouvelle » s’intéresse aux transformations des espaces dans le temps, au pouvoir dans sa relation avec la gestion des ressources, aux populations dans leurs mobilités, leurs choix, leurs migrations et leurs aspirations. C’est une géographie qui capte les pulsations des territoires, déconstruit le discours des cartes et lit les villes comme des entités socio-politiques, porteuses de l’héritage du passé et animées par les ambitions du présent.

Ce qui fait la valeur et le caractère exceptionnel de ce travail, c’est précisément ce choix initial d’affirmer la connaissance géographique comme une nécessité stratégique et non comme un simple savoir technique ou circonstanciel. Il se distingue par la richesse de ses données, la rigueur de ses analyses, la densité de son langage, la solidité de sa méthode et l’audace de ses approches. Chaque chapitre constitue une porte d’entrée vers un débat plus large, chaque axe porte en lui une invitation à repenser le rapport du Maroc à sa géographie en perpétuel renouvellement.

Une discipline au service du développement et de la justice territoriale

En ce sens, « La Nouvelle Géographie du Maroc » devrait être considérée comme un manifeste, un savoir, réhabilitant la valeur des sciences spatiales et érigeant la pensée géographique en partenaire essentiel dans l’élaboration des politiques publiques, la conception des espaces de développement, la restauration de l’équilibre territorial, et la consolidation du sentiment d’appartenance au territoire comme l’un des fondements de la citoyenneté moderne.

Ainsi, le Maroc apparaît à travers cette encyclopédie comme un espace ouvert sur la pluralité, oscillant entre pression démographique et contraintes des ressources, entre sécheresse et défis liés à l’eau, entre vieilles médinas et périphéries en expansion, entre tourisme et identité, entre espoirs de développement local et inerties structurelles héritées du passé.

C’est pourquoi il est préférable de ne pas considérer la rencontre d’aujourd’hui comme une simple célébration d’une production scientifique remarquable, mais comme un moment fondateur, une étape décisive dans la structuration de l’avenir de la pensée géographique au Maroc, et un appel adressé aux élites scientifiques, aux institutions publiques, aux collectivités et aux acteurs territoriaux, à s’engager dans une dynamique nouvelle où la géographie devient levier de développement, outil d’équité. C’est une invitation à refonder notre pensée géographique avec une vision scientifique, un esprit critique et un horizon national sincère.

Dans cette optique, les études réunies dans cette encyclopédie montrent que la géographie n’est aujourd’hui plus une science figée, mais un instrument d’intelligibilité des modes de gestion des ressources, de décryptage des mutations urbaines, d’analyse des impacts de la pression démographique, du désordre de l’expansion urbaine et des risques liés à l’aridité. Tout cela est exposé dans une langue scientifique précise, rigoureuse et documentée, qui éclaire et ouvre de nouvelles perspectives à la pensée territoriale, envisagée ici comme une vision de développement fondée sur l’équilibre, la singularité, l’intégration et la complémentarité. Chaque région y est appréhendée selon ses spécificités, ses ressources, ses contraintes et sa contribution au grand projet national. C’est là aussi tout l’intérêt de repenser une « géographie régionale actualisée », en phase avec les mutations démographiques, économiques et environnementales, reliant les cartes à un réel en perpétuelle transformation, et intégrant la dimension temporelle à l’analyse spatiale.

Au travers du contenu de cette encyclopédie, la géographie apparaît comme une science révélatrice des dynamiques d’urbanisation, suivant les trajectoires migratoires des campagnes vers les villes, du sud vers le nord, mettant ainsi en lumière l’impact profond des disparités territoriales dans la production des inégalités sociales. Dans cette perspective, une attention particulière a été accordée à la diversité des espaces naturels marocains, des déserts aux montagnes, des plaines aux vallées, des littoraux aux oasis, permettant ainsi de construire une compréhension approfondie de l’imbrication organique entre dimension géographique et réalité sociale.

Dans le domaine de l’urbanisme, cette œuvre met en évidence les écarts persistants entre les grands projets et leurs conditions réelles de mise en œuvre, entre la planification théorique et le vécu des populations, entre les représentations centralisées et les aspirations locales. Elle accorde également une attention soutenue aux questions de migrations internes et externes, en s’employant à décrypter les réseaux de mobilité, à analyser les causes des migrations et leurs effets structurels sur les plans social et économique, tout en étudiant leurs répercussions sur la morphologie urbaine, la redistribution démographique, et l’émergence d’identités hybrides et d’espaces transitoires. Loin de se limiter à une analyse strictement quantitative des phénomènes, l’encyclopédie accorde aux cartes un rôle central, non plus seulement comme simples supports visuels, mais comme de véritables documents cognitifs reliant les données quantitatives à une lecture qualitative. Ainsi, la carte se transforme d’un outil de représentation en un instrument d’analyse conceptuelle, marquant le passage d’une géographie descriptive à une géographie analytique critique, apte à interroger l’espace dans ses dimensions politiques, économiques, culturelles et socio-historiques, dans une approche complexe qui enrichit la réflexion territoriale, participe à l’élaboration des politiques publiques, oriente les choix en matière d’aménagement, et renforce les mécanismes de développement durable sur des bases cognitives solides.

Vers une refondation de l’enseignement et de la pensée géographique

La Nouvelle Géographie du Maroc se distingue par l’adoption d’un langage scientifique précis, caractérisé par une rigueur méthodologique tout en conservant une esthétique formelle dans sa construction textuelle et visuelle. Le contenu est enrichi par un ensemble d’illustrations, de données chiffrées et de tableaux explicatifs, conférant à la lecture une dimension savante à la fois cohérente et complète. À travers la progression méthodique de ses différentes composantes, il apparaît clairement que la géographie n’est plus enfermée dans l’étude des distances ou dans la simple description des données : elle s’est muée en une science des relations et des potentialités, interrogeant le réel dans ses mutations, et explorant ses horizons ouverts.

La réalisation et la publication de cette encyclopédie ne constituent pas une fin, ni l’aboutissement d’un savoir figé, mais bien l’ouverture d’une vision renouvelée, permettant d’aborder le Maroc comme un espace complexe, multidimensionnel, aux interactions multiples. Cette approche appelle à son tour à repenser les outils de la pensée territoriale, à dépasser les classifications figées et les modèles rassurants, et à s’engager dans une dynamique permanente de questionnement critique sur les enjeux du présent et les transformations à venir.

Je ne pense pas exagérer en affirmant, avec une confiance lucide, que l’enseignement de la géographie dans nos universités demeure encore, bien souvent, prisonnier d’approches traditionnelles, dépourvues d’esprit novateur et d’audace réformatrice. C’est comme si cette discipline n’avait pas encore quitté ses espaces fondateurs, où l’accent est mis davantage sur la description statique que sur l’analyse dynamique. Cette situation impose aujourd’hui, plus que jamais, une remise en question approfondie des fondements épistémologiques structurant cet enseignement dans l’espace universitaire, non seulement au niveau des contenus et des méthodes, mais également quant à la conception même de sa fonction et de son utilité dans des contextes sociaux et politiques en perpétuelle mutation. Car la géographie n’a jamais été un simple outil descriptif de l’espace : elle doit être pratiquée comme un horizon critique de lecture des transformations et comme une force de proposition active dans l’élaboration des politiques publiques.

Dès lors, il devient impératif de repenser l’enseignement de la géographie comme un espace de réflexion critique sur les enjeux de justice territoriale, de transition écologique, de mutations urbaines et de défis géopolitiques. Autant de problématiques nécessitant des outils conceptuels renouvelés et des méthodologies analytiques pluridisciplinaires, capables de favoriser une articulation créative entre la géographie et les autres champs des sciences humaines et sociales.

Œuvrer à la refondation de la géographie universitaire ne relève donc ni du luxe intellectuel ni d’un choix académique secondaire ; c’est une nécessité stratégique dictée par le besoin urgent de former des élites capables de saisir la complexité des territoires marocains et d’œuvrer activement à la conception de modèles de développement cohérents avec leurs spécificités et leurs dynamiques évolutives.

C’est dans cet esprit que s’inscrit cette encyclopédie, en tant qu’étape fondatrice d’une conscience renouvelée de la géographie comme savoir engagé, à l’écoute des particularités territoriales, cherchant à formuler une vision globale qui intègre la pluralité spatiale dans un horizon national conciliant rigueur scientifique et logique d’aménagement. Ce choix marque un tournant épistémologique essentiel, redonnant à la géographie sa voix et sa légitimité, et la préparant à assumer pleinement sa fonction d’acteur clé dans la construction d’un Maroc fondé sur la justice territoriale et le développement durable.

À travers la publication de cet ouvrage collectif, l’Académie du Royaume du Maroc confirme son rôle d’institution intellectuelle majeure, contribuant à repenser les instruments de la réflexion territoriale et à ouvrir un nouvel horizon pour l’ingénierie des politiques d’aménagement, dans une perspective intellectuelle renouvelée et audacieuse.