La résolution 2797 ou la rencontre entre la légitimité internationale et la légitimité nationale – Par Hassan Tarik

La résolution 2797 ou la rencontre entre la légitimité internationale et la légitimité nationale – Par Hassan Tarik

Rabat, tard dans la soirée du 31 octobre 2025, Dans les rues et sur les places publiques, les Marocains se félicitaient mutuellement, comme on le ferait lors d’une fête nationale improvisée (Photo Abdel Majid Bziouat / AFP)

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Entre émotion populaire et raison d’État, le Maroc a vécu, avec l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, un moment d’unité nationale rare où la diplomatie et le sentiment collectif se sont retrouvés dans une même communion. Hassan Tarik, qui signe cette passionnante chronique en universitaire et écrivain, ne peut nous faire oublier qu’il est professeur de Droit public, actuellement médiateur du Royaume, et auparavant ambassadeur du Maroc en Tunisie.  Mais à la lecture de sa chronique, c’est le militant engagé et l’intellectuel créatif qui ressurgit pour raconter comment la ferveur des rues et la parole royale se sont rejoints dans ce moment qui symbolise la convergence de la légitimité internationale et de la légitimité nationale autour d’une même cause : la souveraineté et l’unité du Royaume.

Hassan Tarik – Ecrivain et universitaire

De la "confusion des sentiments" à la clarté du sens collectif

En refermant le roman La Confusion des sentiments du grand écrivain autrichien Stefan Zweig, on comprend vite que l’ouvrage dépasse de loin l’histoire d’une relation complexe entre un professeur et son élève. C’est une allégorie condensée de la crise morale et intellectuelle d’un monde entre deux guerres, au moment où l’Europe dit adieu à la certitude de la raison – pilier des Lumières – pour s’abandonner aux désordres du sentiment.

La raison, tant perçue comme le fondement incontestable du progrès humain, avait atteint ses limites face à la montée irrésistible des passions collectives déchaînées par le nationalisme, le fascisme et le nazisme.

Or, en dehors de cette fiction littéraire fascinante, les Marocains viennent eux de boucler un mois entier de ce que l’on pourrait appeler leur propre "confusion des sentiments" – une période où l’émotion populaire a su s’accorder avec la raison d’Etat diplomatique du Royaume.

Un "vendredi exceptionnel" sous le signe de l’attente et de la fierté

Au plus fort de cette harmonie entre la ferveur nationale et la sagesse institutionnelle, le peuple marocain a vécu un vendredi d’exception. Dans l’attente de ce que le monde allait dire de son droit historique, chacun retenait son souffle, partagé entre l’impatience et l’espérance. Et lorsque le verdict tomba, mettant fin à un mois de tension émotionnelle, ce fut une seule et même émotion qui s’imposa : la fierté nationale.

L’attente brûlante, nourrie par un demi-siècle de sacrifices, et l’espérance ardente inspirée par les succès diplomatiques accumulés sur la scène internationale, se sont transformées en une immense célébration collective. Le peuple marocain accueillait la décision du Conseil de sécurité comme une fête spontanée, sans mot d’ordre ni protocole, portée par un sentiment d’appartenance nationale partagée.

Le Roi, traducteur des émotions en projet politique

Mais il fallait qu’un sens soit donné à cette émotion populaire. Et il appartenait alors au guide de la Nation de transformer ces émotions en paroles, de donner du sens politique à cet élan populaire, et d’inscrire l’ensemble de cette transformation diplomatique majeure dans un nouveau départ pour la continuité de l’État-Nation dans la défense de l’unité territoriale, de l’identité et du destin commun.

C’est que le discours du 31 octobre 2025, n’était, dans sa forme, ni une réponse à une échéance constitutionnelle, ni une commémoration d’une fête nationale, ni l’exécution d’un agenda officiel préétabli. Dans son contenu, il n’était pas non plus un document de politique publique ni une déclaration institutionnelle, mais un rendez-vous avec la Nation pour écrire une nouvelle page de l’histoire.

L’union entre l’État et la Nation

Sur le plan symbolique et visuel, l’État-nation marocain apparaissait porté sur les épaules d’un solide partenariat fait d’émotions, de rêves, d’une histoire unifiée et d’un destin commun. En arrière-plan, la raison historique de l’État rejoignait une nouvelle fois l’appropriation populaire et politique d’une cause devenue à la fois un emblème de l’identité et un repère d’appartenance.

Dans les rues et sur les places publiques, les Marocains se félicitaient mutuellement, comme on le ferait lors d’une fête nationale improvisée. L’atmosphère était celle d’une communion naturelle, où l’individuel et le collectif se confondaient dans la célébration d’un même triomphe.

Chaque citoyen ressentait, dans l’intimité de son émotion, qu’il avait sa part de cette victoire politique du pays. Car en vérité, il n’existe pas de meilleure définition du patriotisme que ce moment où le sentiment personnel rejoint la conscience nationale dans un accomplissement historique commun.

Sur les réseaux sociaux, les Marocains s’exerçaient à croiser mémoire et histoire. Ils le faisaient en partageant les points de rencontre entre leurs souvenirs personnels, familiaux et collectifs, et l’histoire politique du pays. Beaucoup évoquaient les sacrifices immenses d’un père, d’un frère ou d’un proche ayant appartenu aux Forces armées royales ou aux services de sécurité.

L’événement fut d’une telle intensité qu’il libéra la mémoire individuelle de sa douleur intime, la réinscrivant dans l’appel glorieux de l’histoire nationale. Les récits de souffrance personnelle et familiale trouvèrent alors leur place dans la grande trame du récit national, inspirant et porteur de fierté.

Sur les plateaux de télévision, les journalistes, dérogeant à leurs habitudes, commençaient leurs entretiens en demandant à leurs invités de décrire brièvement leurs émotions avant d’aborder les questions de fond.

Peut-on, dès lors, interpréter l’événement et sa signification politique sans tenir compte du moment de sa réception populaire, institutionnelle et politique ?

Peut-on encore, face à l’élan collectif suscité par la réaction enthousiaste du peuple marocain aux conclusions du Conseil de sécurité, adopter la froide objectivité de l’analyste devant les termes, les arguments et les conclusions de la résolution onusienne, sans voir la victoire éclatante du patriotisme marocain sur les dernières tanières d’une couverture internationale de l’illusion séparatiste ? Et sans percevoir le retour triomphal du sentiment national comme une force victorieuse, réorganisant émotions, représentations et politiques d’appartenance ?

Il suffit de constater que l’identité nationale, redéfinie depuis la Marche verte comme une défense acharnée de l’unité territoriale, s’est exprimée, lors du dernier vendredi de cet « octobre des victoires », comme une énergie vive dans la conscience populaire, et comme une réalité politique incarnant l’unité entre la Nation et ses institutions.

Le sens politique de la résolution 2797

Il suffit d’ajouter que la portée politique de la résolution 2797 exprime le degré élevé de convergence entre la légitimité internationale, fondée sur le droit éponyme, et la légitimité nationale, ancrée dans le droit historique et incontestable du Maroc.

Elle révèle aussi l’harmonie entre le consensus international au sein de la communauté des Nations unies et le consensus national solide qui unit le peuple marocain dans toutes ses composantes.

En d’autres termes – et pour mesurer pleinement l’ampleur de l’événement – il s’agit d’une rencontre heureuse entre les aspirations de la nation marocaine, ses droits historiques et les contraintes du monde actuel articulé par les complexités du système international.