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L’autonomie au Sahara marocain, pivot d’un nouveau Maghreb de coopération - Par Talaa Saoud Al-Atlass
En juin 1988 et alors qu’en dehors des initiés, personne ne s’y attendait, le cinq chefs d’Etat du Maghreb se retrouvait à Zeralda, dans la banlieu d’Alger, en marge du sommet arabe de solidarité avce la oremière Intifida Palestinienne. Hassan II (Maroc), Chadli Benjedid (Algérie), Zine El Abidine Ben Ali (Tunisie), Muaouiya Ould Sid Ahamed Taya (Mauritanie) et Mouammar Kadhafi (Libye) décidèrent de se lancer dans le projet maghrébin en veilleuse depuis 1994 .
La résolution du Conseil de sécurité du 31 octobre 2025 marque une étape historique dans le long chemin diplomatique du Maroc. En consacrant l’autonomie comme seule issue réaliste au différend du Sahara, la communauté internationale valide non seulement la légitimité du projet marocain, mais aussi une vision d’avenir pour tout le Maghreb. Talla Saoud Al-Atlassi revient sur le long parcours qui a conduit à ce tournant de la Marche Verte à la continuité d’une diplomatie lucide, en passant par un développement concret au Sud pour conclure à une aspiration à la réconciliation régionale à travers un acte qui aura également des répercussions à l’intérieur du Maroc, dictées par la crédibilité des engagements politiques du Royaume.

Talaa Saoud Al-Atlassi
Un tournant historique à New York
Dans l’après-midi du vendredi 31 octobre 2025, à New York, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution historique consacrant la légitimité internationale du droit unitaire et national du Maroc. Le texte entérine l’autonomie comme unique solution réaliste et viable au différend autour du Sahara marocain. Il marque ainsi le choix définitif d’une voie politique crédible, juste, durable et consensuelle pour un conflit qui s’est étendu sur un demi-siècle et pesé sur la vie des États et des peuples du Maghreb.
Une demi-heure à peine après l’annonce du vote, le roi Mohammed VI a pris la parole. Son discours fut à la hauteur de l’événement. Ni triomphaliste ni revanchard, il se distingua par un ton calme, lucide et résolument tourné vers l’avenir. Le Souverain n’y a pas cherché à désigner un vainqueur ni un vaincu dans ce long face-à-face de cinquante ans. Il a, une fois encore, lancé un appel fraternel et sincère au président algérien Abdelmadjid Tebboune, l’invitant au dialogue. Ce geste, fidèle à la ligne constante du Maroc, traduit la volonté du Royaume de gagner l’Algérie non pas à un rapport de forces, mais à un projet de développement partagé au service des deux peuples et, au-delà, de l’ensemble de la région maghrébine.
Lorsque le roi évoque l’avant-31 octobre 2025, c’est pour mieux annoncer l’après : un lendemain de coopération et de prospérité pour le Maroc et l’Algérie. L’esprit de la décision onusienne est clair : cette région n’a ni sol ni avenir pour la séparation.
De la Marche verte à la légitimité internationale
La résolution du Conseil de sécurité, qui traduit la conviction de la communauté internationale quant à la sagesse et au sérieux de l’initiative marocaine d’autonomie, survient à une semaine seulement de la commémoration du cinquantième anniversaire de la Marche verte. Cette épopée populaire, lancée le 6 novembre 1975, permit de récupérer les provinces sahariennes alors sous domination espagnole et de les réunir au reste du territoire national.
La Marche verte avait refoulé le rêve séparatiste jusque dans les camps de Tindouf, en territoire algérien. Aujourd’hui, la résolution onusienne ferme définitivement la porte à ce mirage. Elle consacre la souveraineté marocaine sur ses provinces du Sud comme un fait irréversible, désormais scellé par la légalité internationale.
Le roi Hassan II avait, en 1975, ramené les provinces sahariennes au sein de la patrie. Cinquante ans plus tard, Mohammed VI leur apporte la consécration juridique mondiale grâce à l’initiative d’autonomie qu’il avait proposée en 2007 et que l’ONU reconnaît en 2025 comme la seule issue politique viable.
Cinquante ans d’une épopée politique et diplomatique
La gestion du différend autour du Sahara marocain restera une fresque de sagesse politique et de constance nationale. Elle a porté la marque des deux rois, Hassan II et Mohammed VI, et résisté aux turbulences d’un demi-siècle de mutations géopolitiques mondiales.
À la fin des années 1970 et durant les décennies suivantes, le Maroc évoluait dans un contexte international difficile, sans les atouts d’influence qu’il possède aujourd’hui. Son indépendance vis-à-vis des blocs et alliances de la guerre froide eut un coût : celui des manœuvres, pressions et hostilités multiples. Hassan II sut naviguer avec une finesse pour préserver la souveraineté du Royaume, l’intégrité de son territoire et la cohésion de son État.
Il fit échec au projet d’une « micro-république » séparatiste que certains cercles espagnols préparaient encore à la fin de l’occupation. La riposte marocaine se fit en quatre temps : d’abord par la Marche verte pacifique ; ensuite par les accords de Madrid qui sécurisèrent, sur le plan tactique, le retrait de l’Espagne et confièrent temporairement la région de Oued Eddahab à la Mauritanie ; puis par la récupération définitive de cette province en 1979 ; enfin, par l’adhésion du Maroc à la logique onusienne du référendum en 1981.
C’est cette dernière étape qui mit en lumière l’impasse du scrutin : après des années de blocages sur l’identification des votants, l’envoyé spécial américain James Baker conclut à l’impossibilité d’organiser le référendum et à la nécessité d’une solution politique négociée.
Le règne de Mohammed VI : la diplomatie de la lucidité
En héritant du dossier, Mohammed VI prolongea l’œuvre de son père avec la même clairvoyance. Il sortit la question du Sahara de l’immobilisme grâce à une initiative audacieuse : l’autonomie sous souveraineté marocaine. En dix-huit ans, cette proposition a franchi les obstacles du doute, du scepticisme et des tentatives de dénigrement orchestrées par le Polisario et Alger.
Aujourd’hui, elle bénéficie d’un quasi-consensus international, soutenue par les puissances influentes et par une large majorité d’États. C’est sur cette base que repose désormais la résolution des Nations unies, qui érige le plan d’autonomie en acteur central du règlement politique : un chemin réaliste, pacifique, durable et équitable.
Avant comme après l’initiative d’autonomie, Mohammed VI a instauré une politique globale, cohérente et inclusive pour l’ensemble du pays, appliquée avec une attention particulière aux provinces sahariennes. Cette approche lie la stabilité nationale au développement humain, social et économique du Sud, ouvrant à la fois une ère de prospérité intérieure et une perspective de réconciliation maghrébine.
Une vision réformatrice à long terme
Le roi Mohammed VI a toujours conduit son règne selon une stratégie de long terme, structurée autour d’un vaste projet de réforme nationale. Cette dynamique, qui a imprégné l’ensemble du corps marocain, se traduit notamment dans un domaine qui nous intéresse aujourd’hui : la conquête de la légitimité internationale des acquis unitaires du Maroc.
Au premier rang de ces acquis figure le modèle de développement des provinces sahariennes. Celui-ci s’est concrétisé par une véritable renaissance urbaine : infrastructures modernes, pôles de croissance, chantiers structurants. Les villes du Sahara sont devenues des espaces dynamiques et attractifs, suscitant un intérêt international croissant, voire une compétition entre investisseurs pour leurs perspectives économiques considérables. Ce développement les a placées au cœur d’un système d’échanges mondiaux : non seulement prisées pour elles-mêmes, mais également comme passerelles stratégiques vers l’Afrique.
Une Afrique au centre de la diplomatie royale
Le retour du Maroc à l’Union africaine en 2017 a marqué un tournant historique. Il a couronné une orientation constante du Souverain vers le continent : des dizaines de visites royales dans divers pays, une diplomatie économique offensive et un redéploiement stratégique des investissements marocains vers l’Afrique.
Cette approche a forgé ce que le roi appelle la « doctrine économique » du Royaume : une vision fondée sur la coopération Sud-Sud, l’équilibre et le bénéfice mutuel. Parmi ses expressions concrètes : l’Initiative atlantique au profit des pays du Sahel et du Sahara, le projet de gazoduc Nigeria-Maroc réunissant quatorze pays africains, ou encore la construction du port atlantique de Dakhla, destiné à devenir l’un des plus importants d’Afrique sur la façade ouest du continent. Ces exemples ne sont que les plus visibles d’une politique d’envergure continentale.
La diplomatie du réalisme et de l’équilibre
Les orientations de la diplomatie royale ont accumulé les succès grâce à leur réalisme, leur pragmatisme et leur indépendance. En se gardant des alignements inutiles et des rivalités idéologiques, le Maroc a su bâtir un réseau de relations fondées sur le respect mutuel. Cette posture lui a permis d’agir avec efficacité dans les zones de tension régionales et internationales sans jamais se laisser entraîner dans des conflits qui ne servent pas ses intérêts ni sa vocation de médiateur et de stabilisateur.
La décision du Conseil de sécurité consacre cette résilience nationale : elle récompense un demi-siècle de constance dans la défense d’un droit légitime, enraciné dans une histoire ancienne et dans un État qui compte parmi les plus pérennes du monde arabe. Ce même État dispose aujourd’hui des atouts politiques et économiques qui lui permettent de contribuer, demain encore davantage, à la paix et à la prospérité régionales.
De la Marche verte à la démocratie du consensus
Depuis la Marche verte de 1975, la cause nationale a été la matrice de l’unité marocaine. Cet élan populaire a recréé un consensus profond, ressoudant toutes les composantes du peuple autour d’une volonté unique. Il a aussi permis de tourner la page des divisions et tensions internes des années 1960-1970, marquées par la rivalité politique et la confrontation idéologique.
De cette réconciliation est né le processus qualifié à l’époque de « choix démocratique » : un chantier commun entre la monarchie et l’opposition, visant à refonder l’action politique sur le dialogue et la participation.
Un nouvel horizon pour le choix démocratique
Un demi-siècle plus tard, le droit à l’unité territoriale du Maroc est désormais pleinement consacré : il a acquis une légitimité internationale claire et forte. Mais le « choix démocratique » qui a nourri cette cohésion nationale doit, lui aussi, être revitalisé.
Le Maroc contemporain se trouve confronté à de nouvelles formes d’opposition et de questionnements : débats identitaires, tensions sociales, exigences économiques. À cela s’ajoutent des tentatives d’ingérence ou de déstabilisation extérieures, plus fréquentes depuis que la communauté internationale reconnaît la réussite du modèle marocain et la portée de ses victoires diplomatiques.
Ces attaques, accrues ces derniers mois, chercheront sans doute à s’intensifier après la résolution du Conseil de sécurité. Mais elles se heurteront à la solidité d’un front intérieur : la communion entre le roi et le peuple.
Une nation soudée face aux défis
Dans la nuit du vendredi au samedi suivant l’adoption de la résolution, des manifestations spontanées ont eu lieu dans toutes les villes du Royaume. Les Marocains ont voulu affirmer que l’unité entre le trône et le peuple n’est pas un slogan, mais une réalité vivante et constante.
C’est là la source de la force et de la résilience du Maroc : une endurance patiente mais efficace, forgée par un demi-siècle d’épreuves et de victoires. C’est avec cette même constance que le Royaume abordera désormais la phase décisive de mise en œuvre de l’autonomie sous souveraineté marocaine dans les provinces sahariennes.
Ce processus sera long, nourri de négociations et de discussions avec les différentes parties. Ce tournant aura également des répercussions à l’intérieur du Maroc, dictées par la crédibilité des engagements politiques du Royaume et par sa volonté sincère d’ouvrir l’espace maghrébin à des interactions fraternelles et productives.