LE BANCO DE LA DIPLOMATIE: NAIROBI, DAMAS... Par Mustapha SEHIMI

LE BANCO DE LA DIPLOMATIE: NAIROBI, DAMAS... Par Mustapha SEHIMI

Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères kényan, Musalia Mudavadi, lors de sa visite officielle au Maroc du 25 au 27 mai

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Le regretté Souverain Hassan II aimait à rappeler cette métaphore climatique: " En politique, il y a une météo, des saisons... "C'est encore plus vrai avec les avancées et les développements de la cause nationale. Le Kenya et la Syrie se rangent désormais aux côtés du Royaume... L’analyse de Mustapha Sehimi

Du 25 au 27 mai, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères kényan, Musalia Mudavadi, a effectué une visite officielle au Maroc. Le communiqué commun publié à cette occasion fait état de faits marquants: le soutien de Nairobi au plan d'autonomie pour le Sahara marocain, la signature de cinq mémorandums d'entente (commerce), logement, jeunesse, formation diplomatique et gouvernance publique), renforcement de la coopération économique, visites stratégiques (Tanger Med), dialogue sur l'intégration africaine. Une volonté commune de consolider et de promouvoir les relations bilatérales et de collaborer étroitement au sein des instances panafricaines.

Une normalisation donc. Celle-ci a été initiée voici plus de deux ans avec l'élection en septembre 2022 du nouveau président William Ruto. Dans un tweet, il avait annoncé que son pays n'allait plus reconnaître la "RASD". Il a été ensuite supprimé du fait de "résistances" de certains cercles du gouvernement encore attachés à des positions idéologiques du passé. N'empêche. Nairobi allait ensuite opérer une nouvelle approche de la question nationale : en mars 2023, visite du secrétaire général kényan du ministère des Affaires étrangères ; en décembre de cette même année, ouverture d'une ambassade à Rabat; en mars 2024, nomination de Jessica Muthoni Gakinya comme premier ambassadeur; dans ses prises de position, en politique étrangère, Nairobi ne fait plus référence au Sahara, marquant bien la réévaluation de sa diplomatie sur la question nationale.

Kenya: un acte diplomatique fort

A n'en pas douter, le soutien de ce pays à cet égard est un acte diplomatique fort. Le Kenya est un pays important en Afrique l’est de 580.000 km2, une population de 56 millions d'habitants, un PIB de 120 milliards de dollars (le Maroc se situe à 140 milliards de dollars), un taux de croissance moyen de l'ordre de 5 % pour les années 2023, 2024 et les prévisions de 2025. C'est un pays anglophone, de surcroît leader dans la transformation numérique en Afrique. Sa diplomatie s'est imposée ces dernières années comme l'une des plus influentes en Afrique de l'est et sur le continent africain. Elle combine la stabilité politique, l'engagement multilatéral actif et une position stratégique. Il a été membre non permanent du Conseil de sécurité (2021-2022); il se distingue par un soft power et ses diasporas (Amérique latine, Royaume- Uni et au Golfe) et une diplomatie économique active ( ZLECAF, hub logistique régional,...).

Cette même semaine, après le Kenya, voilà la Syrie qui emboite le pas à Nairobi. Dans son discours au 34e sommet arabe de Bagdad, le 17 mai courant, SM Mohammed VI a annoncé la reprise des relations diplomatiques avec Damas. Un acte suivi ces derniers jours par la fermeture du bureau de la "RASD" dans cette capitale. Il reste à mettre fin à la reconnaissance de cette entité fantoche.

La normalisation des relations avec ce pays traduit en creux la détérioration des rapports entre Dames et Alger. L'historique des décennies écoulées atteste de la nature et de la dimension de leur coopération étroite et de leur solidarité. Le changement de régime du 8 décembre dernier, avec le président Ahmed Ahmed al- Sharaa, a été un coup très dur pour Alger. Le jour même, le ministère des Affaires étrangères publie un communiqué faisant état de ces points : attachement à la stabilité de la Syrie, appel à toutes les parties" à œuvrer pour l'unité nationale, la paix et la préservation de la sécurité et de l'intégrité territoriale de la Syrie". Le 8 février 2025, le président Tebboune dans une interview au quotidien français "l’opinion" s'emploie à donner une position révisionniste de la politique de son pays avec le régime Assad :" L'Algérie a toujours tenté de discuter avec Assad tout en étant ferme avec lui, elle n'a jamais accepté les massacres contre son peuple... "C'est que par ailleurs, Alger était très embarrassée par un dossier spécifique : celui d'un général et d'autres officiers ainsi que quelque cinq cents éléments séparatistes armés arrêtés à Alep avec des militaires des forces gouvernementales de Bachar El Assad. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, reçu par le nouveau dirigeants syrien a demandé qu'ils soient libérés ; en vain, ils seront jugés comme tous les autres...

Isolement accentué de l'Algérie

Alger voit aujourd'hui s’accentuer son isolement diplomatique. Le président Tebboune et son régime perdent un allié stratégique au Moyen-Orient. Le chef d'État algérien a boycotté le sommet de la Ligue arabe tenu à Baghdad, le 17 mai courant, en faisant le procès public de cette organisation régionale. Au même moment, Rabat poursuit et consolide ses avancées diplomatiques et conforte ainsi la dynamique qui les accompagne. Qu'en conclure ? S'opère par touches a successives depuis ces derniers mois ce que l'on pourrait appeler une normalisation bénéficiant largement à la cause nationale. Celle-ci est en effet de plus en plus éligible à un consensus international fondé sur les résolutions du Conseil de sécurité et la prééminence du projet marocain d'autonomie dans les provinces sahariennes. Durant des décennies, cette cause a connu bien des séquences diverses à l'international. Aujourd’hui, fini le temps des ambigüités....