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Le Conseil de sécurité “amène” l’Algérie… au Sahara marocain – Par Talaa Saoud Al Atlassi
L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan Di Mistura, et le ministre des Affaires étrangères algérien Ahmed Attaf
La réunion à huis clos tenue à Madrid marque un tournant dans le dossier du Sahara. Sous supervision américaine, l’Algérie s’installe de fait comme partie prenante d’un processus orienté vers l’autonomie sous souveraineté marocaine, ouvrant la perspective d’une reconfiguration stratégique des relations régionales. Dans la suite de cette réunion, le processus international autour du Sahara s’oriente vers la mise en œuvre concrète de la résolution 2797. L’Algérie, analyse Talaa Saoud Al Atlassi, s’inscrit progressivement dans cette dynamique tandis que le Maroc privilégie une approche de coopération et d’apaisement.

Talaa Saoud Al Atlassi
Supervision américaine décisive
La réunion tenue à l’ambassade des États-Unis à Madrid autour du différend du Sahara marocain, bien qu’« à voix basse » et qualifiée de confidentielle, a annoncé le lancement du processus opérationnel visant à traduire concrètement les dispositions de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. En raison de son importance, elle a suscité une attente médiatique et diplomatique intense, alimentée par des fuites devenues quasi confirmées.
Une réunion, et non un simple échange, qui a consacré la supervision effective de l’administration américaine sur le chemin pratique vers la résolution du conflit. Cette supervision, chargée politiquement, prolonge la préparation américaine déjà perceptible à travers la reconnaissance de la marocanité du Sahara et la responsabilité assumée dans la rédaction de la résolution onusienne.
La rencontre a tranché sur la composition quadripartite des parties autour de la table des négociations : le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie représentés par leurs ministres des Affaires étrangères, ainsi qu’un représentant du Polisario. Il a ainsi été mis fin aux tentatives de réduire la participation à deux parties et d’échapper à la responsabilité directe dans le conflit, en particulier dans le cas algérien.
L’Algérie autour de la table
L’Algérie assume désormais sa responsabilité et siège en tant que partie autour de la table pour gérer l’acheminement vers une solution fondée sur l’autonomie des provinces sahariennes marocaines, conformément à la résolution du Conseil de sécurité du 31 octobre dernier. Plus encore, par cette participation, elle deviendra un partenaire actif de la solution.
Un site d’information algérien, citant une source « officielle », a affirmé que l’Algérie avait participé en tant qu’observateur et non comme partie. Une précision qui n’éclaire rien : la réunion s’est tenue autour d’une table ronde et, au stade actuel, tous ceux qui y siègent sont des parties prenantes. L’observateur suit les discussions de l’extérieur sans intervenir ; or l’Algérie a participé et pris la parole.
L’Algérie avait auparavant, dans l’explication de son absence au vote, rejeté la résolution du Conseil de sécurité et annoncé qu’elle ne participerait pas aux négociations qu’elle imposait. Il faut reconnaître à sa direction d’avoir reconsidéré sa position et choisi d’aborder le texte à partir d’un cadre conceptuel différent.
Un tournant stratégique régional
Passer du refus de la résolution et de l’orientation internationale vers un règlement à l’engagement dans sa mise en œuvre n’est ni psychologiquement ni politiquement simple. Dans ce type de situation, la capacité du leadership à dépasser un demi-siècle de doctrines politiques est mise à l’épreuve. Il faut créditer le président Abdelmadjid Tebboune d’avoir agi en plaçant l’intérêt de l’Algérie au premier plan.
Que l’Algérie nomme sa participation aux « pourparlers de Madrid » d’une manière qui en atténue la portée importe peu : il ne s’agit pas d’une simple présence mais du prélude à une transformation profonde de son approche vis-à-vis du Maroc, d’une doctrine politique construite sur l’idée de leadership régional et dont le séparatisme constituait un instrument visant à contenir l’extension marocaine vers l’Afrique.
Participer à des discussions destinées à enterrer le projet séparatiste et à permettre aux provinces sahariennes une autonomie sous souveraineté marocaine constitue un tournant stratégique nécessitant des aménagements internes et une progressivité assumée, ainsi qu’une compréhension internationale des hésitations éventuelles. Le Maroc, premier concerné par un avenir commun fructueux pour les deux pays et les deux peuples, sera le premier à comprendre et le moins pressé de voir l’Algérie jouer le rôle qui lui revient au Maghreb et en Afrique pour la paix et la coopération.
La patience diplomatique marocaine
Le Maroc a agi avec la sagesse d’un État mûr. Le Roi Mohammed VI n’a cessé d’adresser des appels fraternels au dialogue ouvert avec l’Algérie. Une politique constante qui conjugue nécessité objective de coopération face aux défis de développement et fidélité à l’histoire commune et aux liens de voisinage.
Cette ligne se retrouve dans les déclarations gouvernementales concernant l’Algérie : dans les forums internationaux, aucune escalade ni réponse aux campagnes médiatiques hostiles venues de médias officiels algériens. Les médias marocains ignorent ces provocations comme pour affirmer que le sujet du moment est la résolution du Conseil de sécurité, et qu’il faut éviter toute diversion vers des querelles stériles.
Une décision désormais internationale
La résolution du différend, à travers la proposition d’autonomie, est désormais une décision internationale ferme qui dépasse le cadre d’une simple revendication marocaine. L’Algérie se trouve aujourd’hui face à cette réalité internationale, tandis que le Maroc évite toute démarche susceptible de perturber la dynamique internationale visant à mettre en œuvre la résolution onusienne.
Le Royaume a adopté une politique destinée à faciliter le processus de règlement, en exprimant sa disposition à lever le principal blocage du conflit : l’impasse persistante des relations algéro-marocaines. Les appels répétés du Roi Mohammed VI à activer la fraternité entre les deux pays illustrent cette volonté constante de parvenir à une solution par la voie du « ni vainqueur ni vaincu ». Le Maroc ne cherche pas à vaincre l’Algérie mais à en faire un partenaire actif de la solution et de la construction d’un avenir commun fructueux, où chacun triompherait de ses défis de développement par la coopération bilatérale.
Les dossiers hérités des accords des années 1970 entre le Maroc et l’Algérie, notamment l’exploitation du fer de Gara Djebilet, ne sont pas soulevés par Rabat. Le Maroc choisit de les laisser au futur du dialogue et de la coopération attendue entre les deux pays.
La logique du partenariat régional
Aujourd’hui, l’Algérie a franchi la première étape, la plus importante, sur la voie du règlement du différend autour du Sahara marocain. Cette étape pourrait ouvrir une trajectoire nouvelle, pacifique et fraternelle, avec le Maroc. Plusieurs facteurs ont nourri cette conviction : la situation intérieure algérienne et les révisions politiques qu’elle impose, l’intérêt de préserver les relations avec l’administration américaine, ainsi que l’élan diplomatique international, notamment européen, favorable à l’approche pacifique marocaine. L’Algérie tente ainsi de sortir de la position fondatrice de son système politique ; il est compréhensible que cette évolution s’accompagne d’hésitations et d’un habillage politique et médiatique du tournant engagé.
La réunion de Madrid, tenue avec la participation complète des parties, a permis l’examen officiel du document détaillé de la proposition marocaine d’autonomie, seul texte sur la table, devenu la référence unique des négociations. Les prochaines étapes consisteront donc à en préciser les dispositions et à travailler à son adoption. La rencontre a ainsi dépassé les attentes placées en elle, qu’il s’agisse de la détermination américaine, de l’espoir onusien ou de la réactivité internationale envers l’initiative marocaine, positive, équitable, constante et pacifique, destinée à clore un conflit prolongé dont la communauté internationale veut désormais traiter les racines par la solution réaliste de l’autonomie.
Vers l’échéance de New York
Depuis Madrid, le processus de règlement a acquis son élan et se dirige vers l’échéance d’avril prochain à New York, où sera évalué l’état d’avancement de la mise en œuvre de la résolution 2797. L’administration américaine demeure déterminée à suivre la feuille de route annoncée à l’automne dernier.
L’enthousiasme américain et européen pour faire avancer l’agenda d’application de la résolution réduit les marges de manœuvre visant à la vider de sa substance, à en diluer la négociation ou à détourner le conflit vers de nouvelles tensions.