LE DÉCLIN DES ÉTATS-UNIS ? Par Mustapha SEHIMI

LE DÉCLIN DES ÉTATS-UNIS ? Par Mustapha SEHIMI

Une fresque murale de propagande représentant le défunt président Ebrahim Raisi, le commandant des Gardiens de la révolution Qasem Soleimani, tué, le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, également tué, et d’autres, en personnages de lumière accueillant dans les cieux le cercueil du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué lors d’une frappe le premier jour de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 29 juin 2026. (Photo AFP)

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A la lumière de la guerre d’Israël et les États-Unis contre l'Iran, Mustapha Sehimi s'interroge sur les recompositions géopolitiques en cours. Il analyse les effets du conflit sur les rapports de force au Moyen-Orient, la résilience du régime iranien, les dilemmes stratégiques des monarchies du Golfe et les conséquences de cette séquence sur le leadership international des États-Unis, dont il questionne le déclin.

Mustapha Sehimi

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Quel bilan tirer de l'offensive israélo-états-unienne sur l'Iran ? Quelles sont pour Israël les répercussions des différents fronts qu'il a ouverts sur sa relation avec les États-Unis ? Comment les pays du Golfe vont-ils naviguer entre leur dépendance militaire aux États-Unis et leur voisinage avec l'Iran ? Ce sont quelques-unes des questions de principe à poser.

Parmi les protagonistes directs de la guerre contre l'Iran, le vainqueur stratégique, à court terme, n’est-il pas Téhéran ? Le régime a en effet prouvé sa résilience et sa capacité à supporter la guerre mieux que les États- Unis. Washington avait plus besoin d'une trêve - peut-être d'une paix - que Téhéran. Mais le bilan peut être différent sur le long terme. Cela dépendra de la capacité du régime des mollahs à faire face à la crise économique extraordinaire ; celle-ci qui a été provoquée à la fois par sa gestion. Par les sanctions passées, et par une guerre qui, selon les estimations, pourrait coûter mille milliards de dollars de reconstruction, ainsi qu'une baisse de 10% du PIB du pays.

L’Iran timoré, mais…

Sur le plan politique, quel est le diagnostic provisoire ? Le régime est à la fois plus militarisé, plus radical, mais en même temps davantage capable de prendre des décisions pragmatiques. C'est ce qu'inspire peut-être par exemple la rencontre entre le vice-président des États-Unis J. D. Vance et le président du parlement iranien Mohammad Ghalibaf, alors que le père de l'actuel guide suprême, Ali Khamenei, avait toujours refusé les négociations directes. Certes, les dirigeants actuels ont mis du temps à accepter le mémorandum d'entente entre les États-Unis et l'Iran, signé au château de Versailles le 17 juin. Mais il faut prendre en considération les conditions de négociations, les difficultés à se réunir et à communiquer à cause de la guerre. Malgré ces obstacles, ils ont pris des décisions importantes : ils se sentent renforcés, et prêts à faire des choses que le guide suprême assassiné ne voulait pas faire, - comme le fait d'attaquer Israël.

Pour les nouveaux dirigeants à Téhéran, l'Iran a été sans doute trop timoré jusque-là. La génération des dirigeants actuels n'a pas vécu la révolution islamique. La plupart d'entre eux ont fait leurs armes au moment de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et ils pensent que la prudence les a jusque-là affaiblis. Cela leur a coûté l'affaiblissement du Hezbollah, et encore plus celui du Hamas, en plus des dommages qu'ils ont eux-mêmes subis. Certains d'entre eux se disent qu'ils auraient dû attaquer plus tôt, et qu'ils n'auraient pas dû arrêter la guerre des 12 jours (juin 2025). C'est la leçon qu'ils ont apprise de toutes ces guerres : l'Iran a été trop timoré. Ils auraient dû répondre beaucoup plus vite, beaucoup plus fortement.

Certaines voix en Iran disent qu'aujourd'hui encore, ils ont arrêté la guerre trop tôt, lorsqu'on entend le président Donald Trump dire : « On était au bord de la récession », « je ne voulais pas être le nouveau Herbert Hoover » ou « encore quelques semaines et on n'avait plus de pétrole ». Certains se demandent s'ils n'auraient pas dû, effectivement, attendre encore. Parce qu'à ce moment-là, Trump aurait peut-être vraiment capitulé...Voire. Avec cette dernière guerre, les dirigeants iraniens ont démontré un effet dissuasif plus important que les États-Unis. Sans doute, il y aura un prix économique à payer, qui se traduira politiquement : comment vont-ils pouvoir faire face aux revendications de la population ?

États-Unis : pertes sur presque les fronts

Mais stratégiquement, c'est un régime plus jusqu'au-boutiste, et en même temps, s'il estime que le prix est bon, est prêt à passer des accords. Au final, les seuls qui ont vraiment perdu sur presque tous les fronts, ne sont-ils pas les États-Unis. Mais c'est un pays qui peut se permettre des pertes économiques et militaires, car il reste une superpuissance. N’a-t-elle pas surmonté depuis la désastreuse guerre du Vietnam, les conséquences de toutes les confrontations engagées.

Peut-être pas à court terme, mais à long terme Washington va souffrir de son manque de légitimité, de la détérioration de son image, d'avoir perdu la guerre stratégique face à l'Iran ainsi que la guerre de légitimité à Gaza.

« La deuxième administration Trump est en train de balayer tout ce qui reste de prétendue légitimité états-unienne", a déclaré dans cette même ligne  Robert Malley, ancien conseiller par le Moyen-Orient de Bill Clinton et de Barack Obabama, émissaire spéciale de Joe Biden, président émérite de l’International Crisi Group.  Il pense que le déclin états-unien est inévitable. A ses yeux, tous les empires – ou toutes les puissances de ce type - ont des courbes ascendantes et des courbes descendantes.  Pour lui, Les États-Unis sont certainement dans une courbe descendante, surtout si on les compare à la Chine. Dans ce déclin commencé il y a longtemps, il y a régulièrement des coups d'accélérateur. Le premier a été l'invasion de l'Irak en 2003 et plus globalement la « guerre contre le terrorisme ». Cette guerre commence à vraiment montrer les limites de la puissance états-unienne, et de tout cet ordre idéologique que les États-Unis ont essayé de construire. Les manquements par rapport au droit international et le « deux poids deux mesures » de cette politique sont clairement apparus. Le déclin des États-Unis ? Un débat de fond. Une nouvelle séquence historique…