États-Unis-Iran : un accord de paix aux contours encore flous, signature prévue vendredi à Genève

États-Unis-Iran : un accord de paix aux contours encore flous, signature prévue vendredi à Genève

Le président américain Donald Trump s'exprime avant de signer un décret dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 11 juin 2026. (Photo Kent NISHIMURA / AFP)

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Les États-Unis et l’Iran ont annoncé lundi avoir conclu un accord destiné à mettre fin immédiatement aux hostilités au Moyen-Orient, y compris au Liban, avec une signature officielle prévue vendredi à Genève. Si cette annonce a été saluée par plusieurs acteurs internationaux et provoqué une baisse des cours du pétrole, elle suscite de vives critiques en Israël et laisse encore planer des incertitudes sur plusieurs dispositions clés, notamment concernant le détroit d’Ormuz, le programme nucléaire iranien et les modalités d’un règlement durable du conflit.

Téhéran, Iran - Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé lundi avoir trouvé un accord mais sans le détailler pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban, avec une cérémonie de signature prévue vendredi à Genève.

"J'autorise pleinement la réouverture du détroit d'Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain" et "que le pétrole coule à flots!", a écrit le président américain Donald Trump sur son réseau Truth Social. Tout en précisant que cette ouverture interviendra "dès la signature de l'accord vendredi afin de permettre le déminage".

Mais selon l'agence iranienne Fars, L'Iran a ajouté au dernier moment des négociations avec les Etats-Unis une clause prévoyant l'imposition de redevances pour les services maritimes dans le détroit stratégique d'Ormuz.

"Dans les derniers instants des négociations, le texte du mémorandum d'entente a été modifié, soulignant clairement et explicitement la question de la souveraineté irano-omanaise sur le détroit d'Ormuz", a indiqué Fars, citant une source anonyme.

"L'utilisation du terme +services maritimes+ signifie que les Etats-Unis ont accepté que des frais soient versés à l'Iran", a précisé l'agence.

Le vice-président JD Vance a dit qu'il assisterait à cette signature, ajoutant que la présence du milliardaire américain, qui est en route pour le G7 sur les bords du lac Léman en France, était "possible".

L'annonce a déclenché une chute d'environ 5% des cours du pétrole, ramenant le prix du baril autour de 80 dollars, après une flambée engendrée par le blocage de ce détroit stratégique, par lequel transitait en temps normal un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures.

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur clé, a salué "un pas historique vers la paix" même si le document précis n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations.

Une source officielle libanaise a d'ailleurs indiqué à l'AFP que son pays n'avait pas été informé "des termes de l'accord" ni du moment de l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu dans la guerre opposant le Hezbollah à Israël depuis le 2 mars. Le président Joseph Aoun espère toutefois que cet accord "mettra un terme définitif" aux hostilités dans son pays.

Ministres et des membres de l'opposition israélienscritiquent l'accord

Des responsables israéliens, issus du gouvernement et de l'opposition, ont critiqué lundi l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban, affirmant qu'il ne répondait pas aux impératifs de sécurité d'Israël.

"L'accord de Trump ne nous engage pas (...) nous ne sommes pas partie à cet accord. Il ne garantit pas notre sécurité", a affirmé le ministre israélien d'extrême droitechargé de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, sur sa chaîne Telegram.

"Nous ne devons nous contenter de rien qui soit en-deçà du démantèlement du (mouvement islamiste libanais) Hezbollah. Nous ne devons pas nous retirer d'un seul pouce du territoire que nos soldats ont conquis et débarrassé des infrastructures terroristes (au Liban)", a-t-il ajouté.

Dans l'opposition, les critiques ont également fusé contre cet accord. L'ancien Premier ministre Naftali Bennett, principal rival de M. Netanyahu pour le prochain scrutin, a estimé que l'accord constituait un "tournant dangereux pour la sécurité d'Israël", promettant que "seule une nouvelle direction pourra y remédier".

Yaïr Golan, le chef du parti de gauche Les Démocrates, a lui affirmé que c'était "une mauvaise matinée pour Israël".

"Ce matin, les citoyens israéliens se réveillent en découvrant un accord conclu entre les Etats-Unis et l'Iran, négocié au-dessus de la tête d'Israël, sans son consentement ni sa participation", affirme M. Golan, selon un communiqué de son bureau.

Si aucun des ministres du Likoud, le parti du Premier ministre Netanyahu, n'a exprimé de critiques directes contre l'accord et alors que M. Netanyahu lui-même n'avait pas communiqué sur l'annonce de l'accord, les ministres d'extrême droite ont fustigé l'accord.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l'extrême droite, a affirmé que "l'accord avec l'Iran est mauvais pour Israël".

"La campagne conjointe (Etats-Unis–Israël) a remporté de nombreux succès dans l'affaiblissement de l'Iran, et ces acquis n'ont pas été vains", a déclaré M. Smotrich sur sa chaîne Telegram.

"Nous devrons poursuivre nous-mêmes la campagne visant à faire tomber le régime, en utilisant des moyens créatifs, et veiller à ce que l'Iran n'acquière jamais l'arme nucléaire", a-t-ilajouté, appelant à renforcer la campagne militaire au Liban.

"C'est au Liban que nous serons jugés. C'est notre guerre, ce sont nos soldats, et il en va de la sécurité immédiate de nos habitants du nord", a-t-il poursuivi.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a lui prévenu que "l'armée israélienne restera dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza pour une période illimitée".

Les habitants de la région semblaient eux mitigés sur cet accord qui vise à mettre fin à cette guerre déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes et qui fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

A Téhéran, Erfan, vendeur de 18 ans, espère "que l'accord principal sera signé, les sanctions levées" afin que "l'économie redémarre et la région retrouve la paix et la tranquillité".

"Notre gouvernement a peut-être conclu un accord avec eux, mais le peuple est profondément insatisfait car ils tuent des Iraniens", estime Hossein Hagh Parast, employé de banque de 31 ans, interrogé par l'AFPTV.

Au Liban, certains déplacés envisageaient timidement un retour vers le sud dans des zones non occupées par Israël. Hana al-Jamma assure que "même s'il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons", disant "merci à l'Iran".

En Israël, Avid Amitai pense que "Trump n'a pas été suffisamment ferme" car selon lui, les Iraniens "n'ont pas renoncé à leurs ambitions nucléaires", explique ce propriétaire d'une agence de voyages de 48 ans.

"Guerre coûteuse"

Selon l'Iran, le document prévoit "la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban", a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi.

"Les négociations débuteront dans un délai de 60 jours en vue de parvenir à un accord définitif", a-t-il précisé avant d'énumérer quatre sujets à discuter: la levée des sanctions contre l'Iran, la question du nucléaire, la "reconstruction" et "le développement économique" du pays, ainsi que "la mise en place d'un mécanisme de suivi" des engagements pris.

L'agence de presse iranienne Mehr a fait état d'un texte, non confirmé officiellement, qui prévoit "le déblocage de 24 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés au cours de la période de négociation de 60 jours", dont la moitié avant le début des pourparlers.

L'agence Fars affirme lundi que des frais maritimes dans le détroit d'Ormuz ont été ajoutés au dernier moment.

Dans des déclarations au New York Times, M. Trump a indiqué qu'un volet des négociations porte sur l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de 20 ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'un accord pourrait être trouvé pour une durée de 15 ans.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a salué une "étape cruciale vers un règlement pacifique du conflit". Le président du Conseil européen Antonio Costa s'est lui félicité de la fin d'une "guerre coûteuse".

L'Egypte espère qu'il s'agit d'un "tournant majeur" pour le pays au Moyen-Orient et l'Arabie saoudite prévient qu'il faut "prendre en considération les intérêts sécuritaires des Etats de la région".

Dimanche, un raid israélien qui a fait trois morts dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, avait failli tout faire capoter.

Cette attaque israélienne "n'aurait pas dû avoir lieu, surtout en ce jour particulier", en référence à ses 80 ans, avait tonné Donald Trump sur Truth Social, disant par la suite au média Axios qu'il était "furieux" contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Israël, qui redoute un compromis ne satisfaisant pas ses exigences concernant son ennemi juré iranien, a dit avoir riposté à des attaques de drones du mouvement chiite. (Quid avec AFP)

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