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Le Maroc et la construction au quotidien de la paix en Palestine – Par Abdelhamid Jmahri
Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita lors de son intervention au Conseil de la Paix le 19 février 2026 à Wahington
Alors que la communauté internationale débat des mécanismes de stabilisation et de reconstruction à Gaza, que Rabat s’y engage avec ses hommes, le Maroc poursuit, loin des projecteurs, une action constante et multiforme en faveur des Palestiniens. Humanitaire, institutionnel et désormais sécuritaire, cet engagement, explique Abdelhamid Jmahri, s’inscrit dans la durée et revendique une vision politique articulée autour de la stabilité, de la légitimité palestinienne et des conditions d’une paix viable.

Abdelhamid Jmahri
Une présence concrète sur le terrain
Le 19 février, au moment où les États membres du Conseil de la paix réunis à Washington exposaient leurs contributions à la reconstruction du quotidien palestinien, notamment à Gaza, Mohammed Salem Cherkaoui, directeur chargé de la gestion de l'Agence Bayt Mal Al-Qods Acharif, parcourait les quartiers de Jérusalem. Il y clôturait les activités de la Semaine de formation aux métiers traditionnels marocains et supervisait le lancement de l’opération annuelle d’assistance sociale à l’occasion du mois sacré de Ramadan 1447 de l’Hégire, depuis les villages d’Al-Nabi Samwil et d’Al-Jadeera, au nord-ouest de Jérusalem.
Dans le même esprit, mais à un niveau symbolique plus élevé, Mohammed Al-Haj Qassem, président de la Commission de rédaction de la Constitution provisoire de l’État de Palestine, saluait le rôle pionnier du Royaume, sous la conduite du Roi Mohammed VI, dans la « formation de cadres palestiniens qualifiés dans les domaines de la médecine, de l’ingénierie et des sciences humaines et administratives ».
Ces initiatives ne sont qu’un exemple parmi des milliers d’actions menées par le Maroc sur le sol palestinien pour renforcer et consolider la résilience populaire.
Un engagement politique et sécuritaire affirmé
Parallèlement, le Maroc a annoncé, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, plusieurs décisions structurantes : le versement de sa première contribution au Conseil chargé de la reconstruction de Gaza ; sa disponibilité à déployer des éléments de la police marocaine pour assurer la formation des forces à Gaza ; ainsi que l’envoi d’officiers militaires spécialisés pour rejoindre la force internationale de stabilisation, conformément au point 15 du plan Trump.
Ces annonces confirment que le Maroc est directement concerné par les différentes étapes du plan en cours à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. Le Royaume n’est pas étranger au quotidien palestinien, ni même à la sécurité publique dans la vie palestinienne. À travers l’action persévérante de l’Agence Bayt Mal Al-Qods, depuis 27 ans, il intervient dans les détails les plus concrets du vécu quotidien, y compris durant les périodes de guerre intense, en acheminant des aides spécifiques aux populations.
Un soutien constant et assumé
Le Maroc a maintenu un rythme soutenu de soutien quotidien, hebdomadaire, mensuel et annuel. Il consacre près de 7 millions de dollars par an à la gestion et à la réalisation des projets de l’Agence Bayt Mal Al-Qods. À cet effort s’ajoute la contribution au Fonds Al-Qods, mécanisme arabe auquel le Maroc participe à hauteur d’environ 12 millions de dollars. Particularité notable : le Royaume honore systématiquement ses engagements, souvent en se retrouvant seul à les assumer.
À ceux qui se gaussent de la contribution marocaine d’un milliard de dollars au Conseil pour la reconstruction de Gaza, il faut rappeler que l’Agence de soutien à Jérusalem n’a reçu aucun financement d’un pays islamique ou arabe depuis 2011. Le Maroc, pour sa part, a mobilisé les ressources de ses citoyens, par conviction et par engagement national, pour financer des biens immobiliers et des waqfs destinés à la construction de mosquées et d’hôpitaux au profit des Palestiniens.
Et c’est ainsi que oui, le prophète Youssouf se tient au-dessus de la ville, seul, abandonné par ses frères dans le puits !
Il suffit pour s’en convaincre d’additionner l’ensemble de ce que le Maroc a apporté au fil des années de crise palestinienne pour constater qu’il est inlassablement présent dans le quotidien palestinien et qu’il n’a pas attendu le Conseil de la paix pour agir.
Une vision encadrée politiquement
L’engagement actuel prend toutefois une dimension inédite. Il s’inscrit dans le cadre du plan américain et bénéficie d’un encadrement politique approfondi. Le Maroc insiste sur la nécessité de « réunir les conditions de la deuxième phase du plan du président Trump afin de garantir le succès des efforts de paix », appelant à préserver la stabilité en Cisjordanie et à assurer l’implication des Palestiniens, à travers leurs institutions légitimes, dans ce processus.
Au-delà des annonces, le Maroc revendique ainsi une action continue, articulée autour d’un double impératif : soutenir concrètement les Palestiniens et contribuer à la construction d’un cadre politique propice à une paix durable.
Le lancement du Conseil de la paix à Washington, le 19 février 2026, consacré à la reconstruction de Gaza et à la définition d’une vision pour son avenir, a mis en lumière le rôle du Maroc, sélectionné avec cinq pays seulement parmi ceux ayant annoncé leur disposition à contribuer par des éléments de sécurité aux forces internationales de stabilisation. Ces forces devraient atteindre un effectif de 20 000 membres afin d’assurer la sécurité et faciliter les opérations de reconstruction, ce qui confirme que le processus s’inscrit dans la durée.
La réussite est impérative ; à défaut, il ne resterait que la destruction, comme le laisse entendre l’intervention marocaine.
Les contours de la deuxième phase
Le Maroc, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a insisté sur la nécessité de réussir la deuxième phase du plan. Que signifie concrètement cette étape ?
Il s’agit d’œuvrer à ce que la bande de Gaza soit démilitarisée et placée sous une administration transitoire temporaire, opérant avec l’appui d’experts internationaux.
Dans ce cadre, le Conseil de la paix superviserait des forces internationales de stabilisation déployées pour prévenir toute reprise des hostilités et veiller au retrait progressif des forces d’occupation jusqu’à la « ligne rouge », limitant leur présence à 20 % sous supervision, tout en empêchant l’armée israélienne de réoccuper ou d’annexer le territoire.
Cette deuxième phase prévoit également la mise en place d’un système de gouvernance post-conflit à travers un Conseil exécutif composé de personnalités internationales.
L’architecture retenue s’appuie sur les dispositions de l’accord de cessez-le-feu et sur la résolution 2803 des Nations unies, qui a entériné un plan en vingt points. Elle comprend la création d’un Conseil de la paix et d’un Conseil exécutif, parallèlement à l’établissement d’un Comité national chargé de l’administration de Gaza, présidé par Ali Shath, ancien vice-ministre palestinien de la Planification.
À cela s’ajoute l’annonce de la mise en place d’un Conseil exécutif de Gaza et la nomination du général Jasper Jeffers, issu du commandement central américain, à la tête de la force internationale de stabilisation.
La convergence avec la position palestinienne
Dans cette perspective, la position marocaine constitue une traduction concrète de la position palestinienne, selon laquelle toute configuration politique doit s’appuyer d’abord sur la consolidation du cessez-le-feu, l’acheminement effectif de l’aide humanitaire et l’installation des structures appelées à gérer l’après-guerre et la reconstruction.
Surtout, elle suppose l’ouverture d’un processus politique conduisant à la solution à deux États, avec la participation des représentants légitimes du peuple palestinien.