Le Monde et le Maroc, un atavisme colonial – Par Hatim Betioui

Le Monde et le Maroc, un atavisme colonial – Par Hatim Betioui

L’attitude de certains cercles européens, persistant à traiter la monarchie marocaine avec condescendance ou dans une logique de chantage, traduit une incompréhension profonde. Ils n’ont pas saisi que la monarchie est pour les Marocains un socle identitaire et un facteur d’unité nationale.

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Le traitement réservé par le journal français Le Monde au Maroc révèle moins une enquête qu’un vieux réflexe colonial. Hatim Betioui, dans cette chronique, explique comment en s’attaquant à la personne du roi Mohammed VI et en minimisant vingt-six années de transformations profondes, le quotidien français illustre la persistance d’une vision biaisée, héritée d’un temps révolu. Face aux insinuations, le Maroc oppose la réalité de ses réformes, la solidité de ses institutions et la reconnaissance croissante de son rôle sur la scène internationale.

Par Hatim Betioui

L’ombre de l’« époque du résident général »

Bien que le Maroc se soit libéré des pesanteurs du colonialisme en 1956, il continue de subir un chantage constant et de souffrir des résidus d’une mentalité héritée de ce que l’on appelait La résidence générale », qui gouvernait le pays dans une logique d’occupation durant les protectorats français et espagnol. Si l’ère du résident général français a bel et bien pris fin avec l’indépendance, certaines de ses attitudes demeurent incrustées dans certains milieux diplomatiques et médiatiques français.

Une enquête entachée d’insinuations

La raison de ces propos est la récente série publiée par le journal français Le Monde, prétendant dresser le bilan de vingt-six années de règne du roi Mohammed VI. Le quotidien a esquissé, à coups de fantasmes et d’illusions, une image sombre du Maroc, allant jusqu’à s’en prendre à la personne du Souverain et affirmant – avec une naïveté confondante – qu’il ne souhaiterait pas gouverner. Voilà bien le summum de la calomnie et une flagrante absurdité. Comment imaginer qu’un roi refuse d’exercer son autorité alors qu’il s’est investi, depuis son accession au Trône en 1999, avec détermination et ferveur dans des réformes et des projets ayant transformé en profondeur l’image et la réalité du pays ?

Le précédent du chantage journalistique

On pensait depuis longtemps que le temps du chantage médiatique était révolu, surtout après l’affaire ayant éclaboussé les journalistes français Éric Laurent et Catherine Graciet, accusés d’avoir tenté d’extorquer des fonds au Roi du Maroc en échange de la non-publication d’un livre à charge. Cet épisode avait mis à nu l’ampleur des abus médiatiques dont le Maroc a été victime durant des décennies, notamment à travers les campagnes récurrentes de *Le Monde*, fidèle à ses vieilles habitudes.

Derrière les critiques, l’appétit économique

Les Marocains ont compris que ce que publie *Le Monde* ne relève pas d’une quelconque sollicitude, mais d’une logique d’intérêt : chaque fois que le pays avance et multiplie ses grands chantiers, certains cherchent à obtenir leur part du gâteau. Routes, chemins de fer, ports, aéroports, énergie, dessalement de l’eau, renouvelables, santé, stades, tramways ou encore défense et armement : autant de domaines où le Maroc investit massivement et qui suscitent les convoitises.

Une blessure coloniale jamais refermée

Le Maroc a toujours constitué, pour Le Monde et ses instigateurs, une véritable obsession. Le pays, dont le territoire avait été morcelé entre colonisateurs – l’Espagne au nord et au sud, la France à l’ouest, au centre, à l’est et sur une partie du sud – a réussi, après l’indépendance, à engager patiemment la bataille de la récupération de son intégrité territoriale. Une intégrité largement amputée au profit de l’Algérie, colonie française durant 132 ans, que Paris croyait conserver indéfiniment et dont elle avait annexé d’immenses portions du territoire marocain.

Ce qui dérange Le Monde et ses inspirateurs, c’est la force du Maroc, puisée dans son système monarchique. Pour les Marocains, la monarchie a toujours été une véritable « police d’assurance » pour l’unité nationale et la stabilité du pays.

Le procès en « fin de règne »

Aujourd’hui, le journal tente de vendre l’idée d’une « fin de règne », comme s’il lui appartenait de décider de la durée de vie des dirigeants. Il feint d’ignorer que la monarchie marocaine repose sur une longue histoire, une continuité séculaire et une légitimité à la fois religieuse et populaire. Il refuse également de reconnaître une évidence : la santé du Roi n’est pas un sujet tabou au Maroc. De nombreux bulletins médicaux, signés par des professeurs de renom marocains et étrangers, ont été publiés depuis 1999 et sont accessibles au grand public.

Les réformes et les progrès réalisés par le Maroc dans tous les domaines, en particulier dans les infrastructures, ne trouvent dans Le Monde qu’indifférence et occultation. Et lorsqu’il est contraint d’en parler, le journal le fait à contrecœur, incapable d’admettre sereinement l’ampleur des transformations qu’a connues le Royaume durant ces vingt-six années.

Des infrastructures de rang mondial

Quoi qu’il en soit, ce sont les réalisations qui, seules, révèlent l’ampleur du dynamisme qu’a connu le Maroc sous le règne du roi Mohammed VI. Faut-il commencer par les aéroports désormais présents aux quatre coins du pays ? Ou par les ports stratégiques de Tanger Med et de Dakhla Atlantique ? Ou encore par le réseau autoroutier et le train à grande vitesse Al Boraq, déjà arrivé à Casablanca et promis à s’étendre jusqu’à Marrakech d’ici 2030 ? À cette liste s’ajoutent la construction continue de barrages, le développement des stations de dessalement, les projets d’énergies renouvelables avec, en tête, le complexe solaire Noor Ouarzazate, plus grande centrale solaire au monde, sans oublier les stades monumentaux qui s’élèvent à travers le pays, parmi les plus vastes du monde arabe et d’Afrique.

À ces avancées infrastructurelles répond une transformation sociale tout aussi profonde. Les grands chantiers sont visibles : généralisation progressive de la protection sociale, extension de la couverture médicale, mise en place d’aides directes aux familles vulnérables. Une véritable révolution sociale est en marche, donnant au développement marocain une dimension inclusive qui dépasse les seuls indicateurs économiques.

La liste des acquis est longue et éclatante comme le soleil : nul ne saurait la masquer d’un tamis. Face à cela, la répétition des rumeurs et des récits sombres, qui s’acharnent à noircir l’image du pays, relève désormais de la mauvaise farce qui ne convainc plus personne. Car il est manifeste que le développement spectaculaire du Maroc dérange certaines puissances extérieures, attachées à l’idée d’une monarchie réduite au rôle de dépendance périphérique de leurs sphères d’influence.

Diplomatie : les succès qui imposent le respect

La réalité actuelle du Maroc est toute autre, incarnée par les percées diplomatiques réalisées par le Roi. Sur la question du Sahara marocain, plusieurs puissances mondiales – au premier rang desquelles les États-Unis, la France et l’Espagne – ont reconnu la marocanité du territoire et soutenu le plan d’autonomie. À cela s’ajoute l’organisation, avec l’Espagne et le Portugal, de la Coupe du monde de football 2030, qui consacre le Royaume comme acteur respecté et incontournable sur la scène internationale.

Jamais Mohammed VI n’a accordé la moindre importance aux rumeurs recyclées périodiquement dans certains médias. Sa philosophie du pouvoir repose sur le travail, la persévérance et l’action concrète, loin des polémiques et des paroles creuses. C’est cette constance qui, paradoxalement, irrite le plus ses détracteurs.

L’agacement suscité par la stabilité marocaine explique les attaques répétées contre ses institutions sécuritaires, intérieures comme extérieures. Ces campagnes passent parfois par des relais locaux marginaux aux allégeances étrangères, parfois par des plumes occidentales convaincues que quelques articles suffiraient à semer le doute au sein du Royaume. Mais le Maroc sait, mieux que quiconque, qu’il n’est pas exempt de défis sociaux. Il ne les nie pas : il y répond par le développement, par les réformes et par l’élargissement constant de la base de la prospérité.

Une monarchie au cœur de l’identité nationale

En tant qu’héritier d’une monarchie vieille de douze siècles, le Roi sait que le Maroc doit affronter des défis structurels et nourrir des ambitions à long terme. Il n’a cessé de le rappeler dans ses discours, bien avant que des observateurs extérieurs ne prétendent le lui signaler. Dans son dernier discours du Trône, le 30 juillet, il a ainsi insisté sur la nécessité de mettre fin au Maroc à deux vitesses, en réduisant les inégalités sociales et territoriales.

L’attitude de certains cercles européens, persistant à traiter la monarchie marocaine avec condescendance ou dans une logique de chantage, traduit une incompréhension profonde. Ils n’ont pas saisi que la monarchie est pour les Marocains un socle identitaire et un facteur d’unité nationale. Ils ignorent que les Marocains, attachés à leur Roi, défendent leur pays dans la prospérité comme dans l’épreuve.