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Le Polisario : Chronique d’une mort annoncée – Par Mohamed Benabdelkader
Après Al-Qaïda, Al-Chabab, Daech, Abou Sayyaf, les Gardiens de la Révolution Islamique, le Hezbollah, Hamas, Boko Haram, AQMI et d’autres, le glas semble ces jours-ci sonner pour le POLISARIO
Ce qui est tragique dans la chute du Polisario, ce n’est pas tant que le Polisario soit discrédité comme groupe terroriste, mais bien que des décennies durant, certains aient réduit l’internationalisme de gauche à la caricature du guérillero sahraoui combattant pour la liberté d’un prétendu peuple, et méritant tout le soutien inconditionnel. Présenté pendant un demi‑siècle comme un mouvement de libération, le Polisario, explique Mohamed Benabdelakder, apparaît aujourd'hui aux yeux de la communauté internationale comme un acteur impliqué dans le terrorisme, la contrebande et la déstabilisation du Maghreb et du Sahel. Une fin programmée qui remet en cause le récit romantique du guérillero sahraoui.

Mohamed Benabdelkader, homme politique, ancien ministre de la Réforme, de l’Administration et de la Fonction publique et également ancien ministre de la justice
Depuis le début de l’année 2025, plusieurs voix politiques et médiatiques, aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine, se sont élevées pour demander la désignation du Front Polisario comme organisation terroriste. Ces appels s’appuient sur des accusations de liens avec des groupes extrémistes, des actes de violence contre des civils, et des activités illicites dans la région du Sahel et du Sahara.
Après Al-Qaïda, Al-Chabab, Daech, Abou Sayyaf, les Gardiens de la Révolution Islamique,
Hezbollah, Hamas, Boko Haram, AQMI et d’autres, le glas semble ces jours-ci sonner pour le POLISARIO, ce dénommé Frente Popular para la Liberación de Saguia el-Hamra y Río de Oro, qui tire son nom d’un acronyme espagnol tout en prétendant gouverner une « république arabe », affichant ainsi l’un de ses paradoxes les plus saisissants et ironiques, qui illustre parfaitement l’identité fabriquée et bricolée de ce prétendu « mouvement de libération national ».
Le mensonge est toujours destiné à périr
Lors de son discours à l’occasion de l’ouverture de la session législative en octobre dernier, le Roi Mohamed VI avait proclamé, concernant la question du Sahara marocain, qu’« Aujourd’hui, Dieu soit loué, la Vérité, qui finit toujours par supplanter toute autre considération, s’est révélée avec eclat… » et d’ajouter que « Dieu a dit : la Vérité est venue et le mensonge a péri. Le mensonge est toujours destiné à périr. Véridique est la parole de Dieu »
Et voilà que le glas de la vérité sonne de plus en plus fort annonçant la fin d’une imposture, voire l’effondrement d’une bande separatiste qui, longtemps présentée comme un acteur incontournable de la « cause sahraouie », voit aujourd’hui sa nature se démasquer, son mensonge périr et son image s’effondrer devant l’opinion publique internationale, révélant une réalité aussi sombre et dérangeante que l’illusion séparatiste qu’elle nourrissait.
Plusieurs rapports et responsables politiques ont évoqué des connexions entre le Polisario et des réseaux djihadistes, notamment ceux de l’Iran, le Hezbollah, et des groupes actifs au Sahel. Des accusations font état de la participation de membres du Polisario à des trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains, ainsi qu’à la radicalisation dans les camps de Tindouf. Ont été également évoquées les attaques contre des Civils, notamment des frappes terroristes aveugles contre la ville de Smara en 2023, des actions contre des civils dans les années 1970-1980, sont citées comme preuves d’une stratégie de terreur menée par les milices du polisario, et contre laquelle des associations de victimes, notamment espagnoles, se sont mobilisées réclamant justice pour les actes commis contre leurs ressortissants. Des parlementaires américains (notamment le député Joe Wilson), européens (le député français Pierre–Henri Dumont) et latino-américains (le député argentin Alvaro Gonzalez) ont publiquement soutenu l’idée d’une désignation terroriste du Polisario, citant des rapports de think tanks américains et européens.
Classé terroriste
Avant d’examiner ce que représentent pour la question du Sahara marocain les récents appels à
inscrire le Front Polisario sur la liste des organisations terroristes, il est essentiel de replacer cette qualification dans le contexte plus large des dynamiques des relations internationales. En effet, la désignation d’un groupe comme « terroriste » est apparue dans les relations internationales principalement dans le contexte de la lutte contre des actes violents visant à déstabiliser les États et la communauté internationale. Cette pratique s'est renforcée à partir des années 1990, notamment avec la reconnaissance par le Conseil de sécurité des Nations unies en 1992 que le terrorisme international constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales.
Le contexte majeur a été accentué après les attentats du 11 septembre 2001, qui ont conduit à une intensification des efforts internationaux pour définir, prévenir et combattre le terrorisme. Le Conseil de sécurité a alors adopté plusieurs résolutions qualifiant le terrorisme comme une menace grave à la sécurité mondiale, justifiant des mesures coercitives, y compris des sanctions et l'emploi de la force.
L’enjeu principal de la classification d’une organisation comme terroriste consiste justement à permettre aux États et organisations internationales de justifier des mesures ciblées, telles que sanctions, opérations militaires et coopération en matière de renseignement, tout en isolant politiquement ces groupes armés et en soulignant leur caractère infâme.
La pratique de classer une organisation comme terroriste est donc née de la nécessité pour la communauté internationale de répondre à une menace asymétrique qui remet en cause la souveraineté des États et la sécurité globale, avec un enjeu majeur de coordination politique, juridique et sécuritaire à l’échelle mondiale. Encore faut-il rappeler que la qualification d'une organisation comme terroriste diffère entre les gouvernements nationaux et les instances régionales et internationales en raison de l'absence d'une définition universelle du terrorisme en droit international, ce qui permet à chaque entité de développer ses propres critères et listes, le cas le plus emblématique est celui de Hamas classé comme terroriste par l'UE, les États-Unis et le Canada, mais non listé par l'ONU en raison de désaccords au Conseil de sécurité.
Cette différence d’approche, faut-il le souligner, entraîne des divergences dans les listes d'organisations désignées comme terroristes, reflétant les priorités sécuritaires et géopolitiques ainsi que les souverainetés juridiques nationales et régionales dans l'application de cette qualification. Il est également important de préciser que la qualification d’un groupe comme terroriste n’est pas qu’un acte déclaratif ; elle s’accompagne de procédures juridiques et législatives précises qui selon les niveaux (international, national) implique une décision formelle (résolution internationale, décret national), une inscription sur une liste officielle avec des critères précis, des mesures juridiques (gel des avoirs, sanctions pénales) et administratives (contrôles, fermetures) et un encadrement procédural garantissant les droits fondamentaux dans la poursuite des infractions.
Et le glas sonna pour le Polisario
Au mois avril dernier, le représentant républicain Joe Wilson avait annoncé son intention de déposer un projet de loi au Congrès américain visant à inscrire le Front Polisario sur la liste noire des organisations terroristes étrangères du département d’État. Cette initiative marque un tournant stratégique dans la politique américaine, elle est soutenue par plusieurs élus influents des deux chambres, et s’appuie sur des analyses liant le Polisario à des activités terroristes et déstabilisatrices dans la région du Maghreb et du Sahel, notamment des liens présumés avec l’Iran et des groupes djihadistes.
Ce projet de loi vise à criminaliser le Front Polisario et à le désigner officiellement comme organisation terroriste, ce qui irait au-delà de la procédure administrative classique de désignation par le département d’État. Il s’agit donc d’une démarche législative qui, si elle est adoptée, renforcerait juridiquement cette qualification et les mesures associées (sanctions, gel d’avoirs, poursuites pénales) dans le droit américain
En Amérique latine, plusieurs personnalités politiques et think tanks appuient la demande de désignation du Front Polisario comme organisation terroriste, s’appuyant notamment sur un rapport du Hudson Institute qui établit des liens entre le Polisario, le Hezbollah, l’Iran et des groupes djihadistes dans le Sahel. En Argentine, le député Alvaro Gonzalez a publiquement soutenu cette classification, tandis qu’au Pérou, des élus dénoncent le soutien iranien au Polisario et son implication dans des attaques contre le Maroc. Au Paraguay, des sénateurs rejoignent cet appel, soulignant la menace que représente le Polisario pour la sécurité régionale. Ces voix latino-américaines s’inscrivent dans un mouvement international qui vise à reconnaître le Polisario non plus comme un simple groupe séparatiste, mais comme un acteur impliqué dans des réseaux terroristes transrégionaux.
En France, plusieurs voix politiques appellent à qualifier le Front Polisario d’organisation terroriste, s’appuyant sur des analyses qui dénoncent ses liens présumés avec des groupes extrémistes comme le Hezbollah et l’Iran, ainsi que sur des actes de violence et des activités illicites dans la région sahélo-saharienne. Le député Pierre-Henri Dumont a publiquement demandé cette désignation, soulignant que le Polisario agit désormais comme un vecteur de déstabilisation géostratégique, notamment via des connexions avec des réseaux terroristes transrégionaux et des trafics illicites dans les camps de Tindouf.
Au parlement européen plusieurs questions ont été soulevées à ce sujet. La plus récente remonte à 2023, lorsque l’eurodeputé Thierry Mariani a adressé une question écrite à la Commission européenne, lui demandant si elle considérait les attaques contre les civils à Smara comme des actes terroristes et si elle envisage de suspendre le financement des camps de réfugiés de Tindouf, contrôlés exclusivement par le Front Polisario.
Dans ses réponses à cette question et d’autres similaires, la Commission a indiqué qu’elle « ne dispose pas d’informations sur une éventuelle collaboration entre le Polisario et des groupes terroristes dans la région », mais qu’elle « continuera de suivre de près l’évolution de la situation », et sans annoncer la suspension du financement des camps de retenus de Tindouf, elle a promis de maintenir « un suivi attentif de la situation et des conditions d’utilisation de l’aide »
En attendant que la Commission européenne prenne pleinement conscience du risque sécuritaire que le polisario représente dans la région, des sources de renseignement espagnoles ont récemment révélé qu’une douzaine de Sahraouis, nés dans les camps de Tindouf en Algérie et ayant participé au programme « Vacances en paix » en Espagne, ont basculé dans la radicalisation djihadiste avant d’accéder à des postes de direction au sein de l'État islamique au Sahel. Les mêmes sources préviennent que ces individus qui parlent couramment l'espagnol et ont une expérience des familles espagnoles, pourraient être capables de commettre des attentats sur le sol européen. Cette nouvelle révélation des services de renseignement confirme un risque réel et croissant de radicalisation djihadiste parmi les membres du front polisario aux camps de Tindouf, identifiés comme des lieux de recrutement et de radicalisation pour les groupes djihadistes au Sahel et au Maghreb, en raison de l’instabilité, de la pauvreté et de l’influence des idéologies extrémistes. Les experts et les services de renseignement préviennent que, cette situation pourrait évoluer rapidement si les groupes djihadistes operant dans la région décidaient de s'en prendre à des intérêts occidentaux. La présence de membres du polisario à la tête d'organisations comme l'État islamique accroît sérieusement le risque que des individus pro polisario en Europe soient mobilisés pour commettre des attentats.
N’oublions pas dans ce contexte qu’entre 1973 et 1986, le Front Polisario avait mené 289 attaques terroristes contre des bateaux de pêche et des citoyens espagnols, qui ont paradoxalement été reconnus par l'État espagnol comme des « victimes du terrorisme », sans que les auteurs soient officiellement et jusqu’aujourd’hui identifiés comme terroristes.
Les preuves croissantes de radicalisation djihadiste dans les rangs du Polisario, ainsi que les rapports de renseignement indiquant des liens avec des réseaux terroristes transnationaux, remettent directement en question ceux qui, en Espagne, ont traditionnellement maintenu une vision favorable du Polisario en tant que « mouvement de libération nationale » sans percevoir le risque que représente cette organisation criminelle pour la paix et la sécurité en Espagne.
La position des services de renseignement et des analystes internationaux est de plus en plus critique, avertissant que la radicalisation de certains individus liés au Polisario et les liens avérés avec des acteurs transnationaux impliqués dans la violence, représentent un risque réel pour la sécurité régionale et, potentiellement, pour la stabilité européenne. Cela oblige les amis espagnols du Polisario à réfléchir à la complexité du conflit et aux risques de soutenir un acteur dont la réalité actuelle va au-delà du simple séparatisme fonctionnel.
Les récents appels à inscrire le Front Polisario sur la liste des organisations terroristes traduisent une évolution majeure dans la perception internationale de ce mouvement séparatiste qui a longtemps été considéré comme un acteur politique et militaire dans un conflit de décolonisation. Il est désormais perçu par plusieurs acteurs internationaux comme impliqué dans des activités déstabilisatrices transrégionales, notamment la contrebande d'armes et le recrutement de combattants. Ces appels à classer le Front Polisario comme organisation terroriste représentent un tournant décisif dans le conflit, dans la mesure ou la volonté d’un certain nombre d’États de qualifier ce mouvement comme une menace sécuritaire régionale et internationale, conduit sincèrement à le discréditer comme partie prenante au processus politique onusien.
La caricature du guérillero sahraoui
Il a donc fallu attendre tout un demi-siècle pour que le monde puisse enfin se rendre à la réalité et reconnaître ce que les marocains savaient depuis toujours : que cette prétendue lutte du Polisario pour « l’indépendance » du Sahara n’était en réalité qu’une grotesque imposture. Mais mieux vaut tard que jamais, pour que le masque tombe et que l’imposture dont se réjouissaient certains, laisse place à la triste vérité.
Les images de la chute, qu’elles soient physiques, morales ou symboliques illustrent souvent la fragilité humaine face à la puissance des dieux comme dans la mythologie gréco-romaine, ou face aux conséquences de la démesure ou de la transgression. Lorsque la chute implique une rupture brutale avec un ordre établi, générant des conséquences émotionnelles, symboliques ou narratives, elle acquiert une dimension tragique qui révèle de fortes tensions entre aspirations humaines et limites imposées par la réalité. La dimension tragique emerge aussi de la violence du contraste entre un avant et un après (la chute de Bagdad, la prise de Grenade, la Nakba, l’effondrement de l’URSS...) incarnant une fracture identitaire et des traumatismes durables.
Par contre, la chute du polisario impliquant la fin d’un agenda politique anachronique, parce qu’elle est lente, progressive, agonisante et inévitable, ne semble provoquer aucune perception tragique, même si elle finira par avoir des conséquences profondes à long termes. Mais ce qui est à mon humble avis réellement tragique dans l’effondrement du rêve séparatiste, ce n’est pas tant que le Polisario soit discrédité comme groupe terroriste, mais bien que des décennies durant, certains aient réduit l’internationalisme de gauche à la caricature du guérillero sahraoui combattant pour la liberté d’un prétendu peuple, et méritant tout le soutien inconditionnel. Voilà la vraie tragédie: un mythe fabriqué et entretenu qui a aveuglé des générations de gauche européenne et latino-américaine, transformant un conflit géopolitique en une pantomime idéologique, au détriment de la vérité et de la justice. Le Polisario n’a pas seulement trahi son propre rêve, il a aussi piégé ceux qui ont cru en lui sans jamais vraiment regarder derrière le masque.