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Le populisme bon marché et la Coupe du Monde – Par Larbi Bargach Larbi
Les critiques se fondent sur les insuffisances dans des secteurs sociaux importants, utilisées non sans opportunisme pour dénigrer toutes les initiatives des gouvernants, même les plus prometteuses. Les investissements sont décriés, quelques soient leurs efficacités économiques et, ou leurs rentabilités futures, au nom d'un argument voulu implacable : celui des priorités et de leur hiérarchisation
Les débats autour de l’organisation de la Coupe du Monde 2030 au Maroc illustrent une fracture bien connue : celle entre les tenants du progrès et les adeptes du statu quo. Dans un texte incisif, Larbi Bargach met en garde contre ce populisme qui oppose investissements sociaux et projets structurants, au risque de freiner l’élan d’un pays en pleine transformation. Il explique dans cette chronique comment la Coupe du Monde n’est pas une dépense somptuaire, mais un levier stratégique d’émergence économique, sociale et culturelle.

Par Larbi Bargach
Populisme et priorités : une opposition trompeuse
Les populistes des pays du Sud global font preuve d’une remarquable habileté lorsqu’ils soulignent, avec force, les défaillances et insuffisances des infrastructures sociales de leurs pays d’origine. Leurs critiques sont fondées, l’insuffisance de la couverture sociale constitue l’un des défis majeurs du sous-développement. Toutefois elles ne manquent pas d’opportunisme lorsqu’elles sont utilisées pour dénigrer toutes les initiatives des gouvernants, même les plus prometteuses. C’est ainsi que tous les efforts déployés pour, améliorer la gouvernance, diversifier l’économie et accroître la productivité du travail, sont systématiquement ignorés, mesurés à l’aune des standards sociaux des pays du Nord. Les investissements sont décriés, quelques soient leurs efficacités économiques et, ou leurs rentabilités futures, au nom d'un argument implacable : celui des priorités et de leur hiérarchisation. On veut « organiser la Coupe du Monde, construire des stades somptueux alors que l’on manque d’écoles, d’hôpitaux et de routes », étant le slogan culte utilisé à tout bout de champ. C’est comme si les financements des budgets d’investissements répondaient tous des mêmes logiques. Cette vision, pour le moins naïve, de l’affectation des budgets occulte, délibérément l'incroyable visibilité que cela donne au royaume et, volontairement les retombées lointaines du projet.
Des critiques récurrentes, du golf à la Coupe du Monde
Tout le monde est d’accord pour dire que la santé, l’éducation des populations et l’amélioration des salaires les plus bas, sont des priorités universelles. Faut-il pour autant tout arrêter pour ne consacrer les investissements qu’à cet aspect du volet social ? Assurément non c’est de la pure démagogie. Pourtant cette rhétorique s’impose, de manière irréfutable et convaincante, auprès d’un public confronté, au quotidien, aux difficultés de la vie.
Il y a quelques années, ceux qui tenaient ce discours s’étaient attaqués au tourisme golfique, devenu depuis, une branche active du tourisme national. Ce sport, longtemps qualifié, avec dédain de bourgeois, s’appuie sur des infrastructures de qualité, un climat favorable et une forte promotion à l'échelle internationale. Son image a changé. Plus de quarante golfs intégrés, dans des complexes immobiliers avec hôtels de luxe, proposent des services hauts de gamme. En développant le golf, le Maroc a acquis des réflexes environnementaux et un savoir-faire notamment dans la gestion et le traitement des eaux usées. Une compétence très utile pour le traitement d’autres espaces communs tels les jardins publics, les espaces verts et tant d’autres structures qui participent à l’embellissement et au rayonnement des villes marocaines et de l’agriculture de pointe.
Un chantier d’infrastructures qui tire l’économie vers le haut
Aujourd’hui c’est autour de l’organisation de la Coupe du Monde 2030, avec l’Espagne et le Portugal, que se focalisent les attaques malveillantes. L’extraordinaire opportunité, offerte au Maroc, d’accélérer son passage vers l’émergence économique est vendue, par ces apôtres du surplace, comme une menace existentielle. C’est bien du contraire qu’il s’agit :
- L’organisation de la Coupe du Monde a créé une dynamique économique interne multisectorielle. Au-delà des stades, le Maroc est en chantier au point de connaitre, et c’est une première, un déficit de main d’œuvre. La construction des stades, confiée à des entreprises marocaines, a révolutionné le secteur des travaux publics au Maroc. La fierté de voir des entreprises marocaines réaliser des miracles en termes de qualité, de prix et de délais est éclipsée par la puissance des discours sinistres inadaptés. Pourtant ces prouesses techniques, réalisations en temps records d’édifices extrêmement compliqués, laissent grandes ouvertes les portes du marché africain aux champions marocains des Travaux Publics.
• Maroc 2030 n’a pas empêché une grande politique de mise à niveau sociale. A ce niveau, le tournant de l'INDH en 2018 n'est pas toujours compris. En décidant de s'attaquer prioritairement aux causes de la lenteur du développement humain, c'est-à-dire les carences de l'éducation dès la petite enfance et de la santé mère-enfant, le Maroc prépare les générations à venir. Derrière ce chantier royal germe l'idée qu’il ne faut plus laisser des jeunes à l'écart et de faire en sorte qu'ils soient aptes à contribuer au développement de leur pays. Cette vision royale rejette un Maroc à deux vitesses. Beaucoup reste à faire, on peut même dire que le Maroc a juste franchi les starting-blocks, mais occulter les réalisations en cours, n’est pas correct sur le plan intellectuel. Des records d’investissements à caractère social sont enregistrés, que l’attribution de la Coupe du Monde a accéléré. Outre la grande usine de fabrication de vaccins anti Covid-19 et autres vaccins à Benslimane et le méga complexe hospitalier Ibn Sina de Rabat en phase d’achèvement, jamais le Maroc n’a construit autant de cliniques, privées certes, mais avec une rentabilité assurée grâce à l’adhésion massive à l’AMO par de nouvelles tranches de la population. La formation de médecins et autres membres du corps médical est activée. Le renouvellement des élites, très lent on en convient, devient possible grâce à l’école de la performance. Le nombre de futurs polytechniciens marocains bat des records historiques. Le chantier de l’éducation est également ouvert. Il a été victime par le passé de plusieurs réformes populistes, arabisation des programmes dédiés aux franges défavorisées de la société, dévalorisation du corps enseignant, mal formé et peu motivé, multiplication des écoles privées dont les promoteurs, attirés par l’argent facile ont contribué à créer l’école à plusieurs vitesses. Le corps des enseignants, responsable de l’avenir humain du pays est gagné par l’absentéisme et l’enseignement à la carte. Il s’est syndiqué pour le pire, c’est-à-dire juste pour renforcer son poids. Ce lourd passé entrave notre regard sur les avancées en cours, sachant que des écoles pilotes sont déjà opérationnelles conduites par une nouvelle génération d’enseignants bien formés et mieux payés aussi.
• La Coupe du Monde c’est aussi des infrastructures de base à développer. Ports, aéroports, autoroutes, hôtels. Le TGV, si décrié lors de son lancement, est devenu un mode de transport populaire, une quasi navette entre Kénitra et Tanger. Cette réalité n’empêche pas la critique de son extension vers Marrakech, pourtant prometteuse pour les ambitions touristiques du pays. Le nombre de lits d’hôtels explose dans presque toutes les villes et le tourisme, qui a vécu en juillet une petite crise de croissance, devient une activité prometteuse génératrice de devises et d’emplois stables. Toutes ces avancées que chacun perçoit au quotidien n’empêchent pas le dénigrement de ceux qui promettent la mise en place d’une société d’assistés.
Créer avant de distribuer : la leçon ignorée des grandes réformes
Les leçons de la chute du mur de Berlin et, surtout de la révolution chinoise de Deng Xiaoping, n’ont pas été retenues par les adeptes des idéologies dominantes des années 60 et de celles, populistes des années Khomeini et des frères musulmans. L’idée que la création de richesse doit précéder sa distribution n’a pas encore imprimé chez tous les responsables. L’idée que cette distribution préalable et illogique, même lorsqu’elle est financée par des ressources rentières, génère une société d’assistés n’est pas encore ancrée chez certains. La Coupe du Monde débarrassée de ses résistances idéologiques va générer une dynamique de création de richesse multisectorielle. Ce n’est pas une conviction c’est un champignon qui pousse devant nos yeux que certains veulent garder fermés.